Aöny Solitaire - Chapitre 1

Chapitre 1 : Amnésique

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Auteur : Ratchet_Dadou

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J’ouvris les yeux. Je me retrouvai étendue sur une petite barque de pêche, couchée sur un grand filet. Je remarquai en tâtant ma ceinture que je portais sur moi un pistolet-laser. Et soudain, mon subconscient m’envoya des fragments de mémoire qui me permirent de savoir comment utiliser cette arme. Une chose était sûre : je possédais celle-ci depuis longtemps.

Je me mis assise sur la barque. J’étais au milieu de l’océan. Où exactement ? Que m’était-il arrivé ? Ce petit bateau m’appartenait-il ? Soudain une voix derrière moi me fit sursauter.

-Tu es réveillée ! Pourquoi ai-je dû te sortir de l’eau, ma petite sirène ?

Je me retournai rapidement, prête à sortir mon arme de ma ceinture. Je vis un vieil homme se tenant debout à côté de moi. Il avait une tête plutôt grande, une barbe courte et des yeux plissés. Ses cheveux avaient l’air de commencer à se faire rares et il portait une tenue de pêcheur. Il n’avait pas l’air méchant, mais je me méfiais.

-Qui êtes-vous ? Murmurai-je.

-Je m’appelle Dave Irhim, répondit-il calmement – je pense qu’il ne voyait pas mon arme –. Je ne suis qu’un humble pêcheur d’Olluny. Je t’ai vue, flottant sur les vagues, inconsciente. Ne sachant si tu étais morte ou vivante, j’ai décidé de te repêcher. Et là, j’ai vu que tu respirais encore. Je pourrai te ramener chez toi si tu me fais confiance.

Je n’étais pas encore convaincue, mais je me permis de lui raconter quelque vérité. Avais-je le choix ?

-Je suis Aöny Solitaire. Je n’aimerais seulement que vous me rameniez sur la terre ferme, n’importe où.

-Pourquoi t’abandonner sur une plage quelconque ? De-manda Dave en écarquillant les yeux. Viens dans mon village. Ce n’est pas la première fois que j’accueille de gentils étrangers.

Cette fois, toute méfiance en moi avait disparue. De toute façon, pour le moment, je n’avais nulle part où aller et je ne pouvais aller nulle part vu que je ne connaissais pas mes capacités à la nage. Et puis, si cet homme me voulait du mal, je pouvais toujours me défendre avec mon pisto-laser. Je lui dis alors :

-Très bien, ramenez-moi dans votre village.

Dave prit alors deux pagaies, une dans chaque main, s’assit sur sa barque et commença à ramer en disant :

-Tu ne le regretteras pas, jeune fille. Dis, je suis né et j’ai vécu ici ; je n’y ai vu que des humains et j’ai entendu parler d’autres espèces ; de laquelle viens-tu ?

-Des humains ? M'enquis-je. C'est quoi ?

-Hum… Ce sont les gens de mon espèce, nous nous faisons appeler "humains". D'autres espèces de notre famille, les humanidés, vivent également dans la région. Tu n'es sûrement pas une humaine, toi, avec tes oreilles et ta queue. De quelle espèce viens-tu ?

Comme je lui faisais maintenant confiance, comme je l’ai déjà dit, je décidai de tout lui avouer.

-Je… je ne sais pas, expliquai-je. Je suis complètement amnésique depuis que je me suis réveillée ici. Désolée.

-Tu ne te souviens vraiment de rien ? Demanda Dave, bien surpris.

-Non, de rien.

-Tu m’as bien dit ton nom.

-C’est la seule chose dont je me souvienne.

-Oh, c’est bête, ça ! Ne t’en fais pas, je vais te ramener sur la terre ferme.

Je restai donc assise dans le bateau en face de Dave, me retournant parfois car j’attendais avec impatience de voir une île au loin. Étrangement, durant ce voyage, nous ne nous échangeâmes aucun mot. En fait, je vis que je n’étais pas trop bavarde.

Après dix minutes de voyage, je me retournai comme je l’avais déjà fait des dizaines de fois et aperçus une plage et, plus loin, un petit village. J’étais tellement contente de ne plus être perdue au milieu de grandes masses d’eau que je ne pus m’empêcher de murmurer en souriant :

-Terre, terre !

Je restais dans cette position, contemplant le paysage terrestre. J’entendis un rire de Dave derrière moi. Le pêcheur m’envoya :

-Et tu n’es pas au bout de tes surprises. Bienvenue à Olluny.

Nous nous rapprochions lentement et progressivement du village. Cette dernière partie du voyage dura un bon bout de temps ; je ne sais plus combien exactement.

Nous accostâmes enfin. Dave se mit debout sur sa barque après avoir pris une solide corde déjà attachée à l’embarcation. Il marcha ensuite sur le sable de la plage et attacha solidement la corde à de gros rochers non loin de là. Puis, sans quitter sa position, il me fit signe de la main que je pouvais désormais quitter le bateau sans problème. Je le rejoignis au pas de course. Il mit une main sur mon épaule – ce qui fit renaître un peu de méfiance en moi, car un hypocrite est aussi bien capable d’accomplir ce geste qu’un poisson de nager – et me conseilla :

-Suis-moi, je te ramène chez moi.

Il se retourna et se mit à marcher en direction d’Olluny sans ne plus me jeter un coup d’œil, ne serait-ce que pour s’assurer si je le suivais. Je marchais derrière lui. J’étais trop occupée à réfléchir pour lui poser des questions. Comment m’étais-je retrouvée dans l’eau ? D’où viens-je ? Peut-être que j’habitais dans ce village. Non, ce n’était pas possible, sinon Dave m’aurait reconnue, même s’il me connaissait à peine. À moins qu’Olluny ne fût un très grand village, voire une petite ville…

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Une fois arrivés à Olluny, le pêcheur m’informa sans s’arrêter ni même se retourner :

-Nous nous connaissons tous ici depuis au moins quarante-cinq ans et la plupart des hommes de ce village sont de vieux amis à moi. Ils sont sympathiques, mais ils ne refusent jamais de se lancer dans une bonne bagarre. Ne t’en fais pas : je veillerai à ce que rien ne t’arrive.

J’appris alors que je ne viens pas d’Olluny. Étrangement, lorsque Dave avait parlé de se bons vieux amis, j’avais ressenti un amusement intense, comme si leur caractère me plaisait beaucoup et que, moi aussi, je n’hésitais jamais à entrer dans un combat amical. Pourtant, je me voyais toujours si timide…


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Décrivons maintenant un peu Olluny. Les maisons y étaient faites en bois et quelques autres en pierre. Elles ne contenaient qu’un étage, et rarement deux. Elles avaient toutes un jardin. Elles étaient si espacées qu’on pouvait très facilement voir la mer calme au loin. Il n’y avait que des chemins marqués par des milliers de gravats qu’on pouvait uniquement prendre à pied. La verdure inondait tellement ce village que je faillis regretter de ne pas y habiter tellement la végétation l’embellissait.

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Lorsque nous passâmes dans un petit carrefour où se dressaient plusieurs bâtiments tels la poissonnerie, la taverne, des marchés, etc., une voix derrière nous appela :

-Ho, hé ! Dave !

Le pêcheur se tourna vers l’appel, puis sourit. Il leva les bras en disant :

-Hé, salut !

Je me retournai à mon tour, curieuse. J’aperçus un autre humain. Il était environ du même âge que Dave, mais il avait à peu près ma taille et était assez gros. Il avait une barbe très courte et des cheveux qui, au contraire, étaient en pagaille. Il portait un habit si foncé que cela se rapprochait grandement du noir.

L’arrivant nous rejoignit, tout heureux. Les deux copains se saluèrent en se tapant dans la main. En me voyant, le petit gros demanda :

-Qui est cette fille ? Ne me dis pas que c’est la tienne !

Tous deux se mirent à rire. Moi, je ne fis qu’un sourire poli pour un peu les accompagner. Le nouveau venu me regardait en riant. Soudain, il devint bouche bée et sembla bouleversé, comme s’il venait de voir un dragon derrière moi. Je mis quelques secondes pour comprendre que c’était mes oreilles en pointe qu’il fixait avec tant d’étonnement.

-Où… où as-tu… tu trouvé une s-si spl-splendide cré… créature ? Bredouilla-t-il. Je… je ne pensais pas qu’i-qu’il… qu’il y aurait des…

-Rassures-toi, Ives : j’ai eu le même choc quand je l’ai vue, répondit Dave. Je l’ai trouvée au milieu de la mer. Elle flottait sur l’eau et elle était inconsciente. Je ne pouvais pas la laisser comme ça !

Le pêcheur s’avança vers Ives, de sorte qu’il fût entre nous deux, et nous présenta chacun à l’autre.

-Voici Ives, un vieil ami comme tant d’autres ici. Ives, je te présente Aöny, cette jeune fille.

Nous nous rapprochâmes l’un de l’autre et, avec le regard de chacun qui semblait dire quoi faire à l’autre, nous nous serrâmes la main. Je remarquai que celle d’Yves tremblait un peu d’émotion, tandis que moi, je restais immobile, le regardant avec calme. On peut facilement imaginer qu’il n’avait que vu des humains dans sa vie.

-Euh, Mademoiselle, c’est un honneur de rencontrer quelqu’un comme toi. Je n’arrive pas à croire que je serre la main d’une… d’une…

J’avais remarqué que le mot qu’il n’arrivait pas à sortir de sa bouche était le nom de mon espèce. Il me fallait absolument savoir ce dernier, coûte que coûte !

-D’une quoi ? Insistai-je.

-Euh, d’une…

-Laisse-la, nous interrompit Dave, on n’a pas beaucoup de temps. Je dois la ramener chez moi et il faut que personne d’autre que toi et moi ne la voie. C’est clair ?

-D’accord, fit le petit gros en secouant la tête, visiblement encore ému.

Dave se mit à partir en disant :

-À plus tard ! Viens avec moi, Aöny.

Avant de le suivre, je fis signe d’au revoir à Ives avec mon bras. Celui-ci nous répondit :

-Salut.

Puis je suivai à nouveau mon hôte. J’étais perplexe. Était-ce un hasard où le faisait-il exprès ? À chaque fois que son ami allait prononcer le nom de mon espèce, voilà qu’il l’interrompait ! Pourtant, Dave semblait ne pas connaître non plus ma race. Il devait me cacher quelque chose. Mais apparemment, pour le moment, je devais rester à l’abri des regards des habitants d’Olluny. J’avais donc prévu de questionner le pêcheur quand nous serions chez lui. Je me tus alors pendant tout le dernier trajet de la première journée dont je me souviens.

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-Voici ma maison, me dit Dave lorsque nous nous étions arrêtés devant le petit jardin d’une maison en pierre grise et au toit tirant sur le rouge qui, comme seulement quelques-autres, possédait deux étages, plus cinq fenêtres.

Il s’approcha de la porte d’entrée. Il ouvrit la porte, me laissa passer et la referma derrière lui. Je me retrouvai dans une toute petite pièce qui servait d’entrée. Devant moi, je pouvais prendre trois directions : vers une pièce plus grande, à gauche, une autre de même taille, à droite, et des escaliers de bois aux grandes marches, devant. Dave passa devant moi et commença à monter les escaliers.

Une fois que nous fumes tout en haut, nous nous retrouvâmes debout dans une pièce de taille moyenne où se dressait un lit ordinaire. L’oreiller était situé vers l’Est. Le lit était placé au milieu du mur Est. On voyait une fenêtre vers le Nord. Quelques objets divers existaient dans la pièce : une petite table de nuit près du lit, une armoire plaquée au coin reliant les murs Nord et Est, ainsi qu’un minuscule tapis brun-gris au centre de la pièce. On voyait par la fenêtre une clairière entourée de chênes et de feuillus. Le ciel signalait que la nuit n’allait pas tarder à tomber.

-C’est ta nouvelle chambre, m’expliqua mon hôte. Cette pièce est d’habitude réservée à mon neveu quand il vient chez moi. Ne t’en fais : il ne reviendra pas avant quelques mois.

-Vous avez un neveu ? Demandai-je sans lui laisser le temps de continuer.

-Oui, c’est le fils de mon frère. Bon, je te laisse tranquille, maintenant.

Il se dirigea vers la porte en me disant, sans me regarder :

-À plus tard, Aöny.

-Attendez ! L’arrêtai-je. Je veux vous dire encore quelque chose.

Il se retourna et me regarda droit dans les yeux. Je me sentis alors un peu bizarre. Depuis que je le connaissais, il ne m’était jamais paru aussi sérieux. À croire qu’il savait exactement ce que j’allais lui demander.
-Je t’écoute, dit-il d’une voix calme.

J’en restai interdite et stupéfaite. Même si je n’avais passé qu’une demi-journée avec lui, il n’était pas dans son état normal. Et je le savais. Je ne sais pas comment. Je le savais, c’était tout. Je lui demandai alors :

-M. Irhim, quand votre ami Ives voulait dire le nom de mon espèce, vous avez décidé de partir. Pourquoi ne pas au moins attendu qu’il le prononce ?

À mon grand soulagement, l’air du visage de Dave redevint normal. Le pêcheur se mit même à me sourire amicalement. À nouveau, je ne me méfiais plus du tout de lui.

-Ne te gêne pas, appelle-moi Dave.

Il ne souriait plus, mais son visage était toujours comme celui que je connaissais. Il me répondit :

-Rassure-toi : je ne connais pas non plus le nom de ton espèce. J’étais tellement pressé que je ne pouvais pas rester sur place deux minutes. Je ne veux pas que beaucoup de monde te voie pour le moment. Ne t’en fais pas : je demanderai demain à Ives ce qu’il voulait dire et j’apprendrai ensuite de quelle espèce tu fais partie.

-Mais pourquoi je ne peux pas me montrer pour le moment ? Insistai-je.

-La nuit va tomber er je n’ai plus beaucoup de temps. Je vais sortir et te laisser seule chez moi. Je ne rentrerai que tard dans la nuit et j’aurai besoin de repos. Je répondrai à toutes tes questions demain. Bonne nuit d’avance, Aöny.

-À demain, Dave, répondis-je.

Dave sortit de ma nouvelle chambre et referma la porte. Je l’ai dit, je ne me méfiais plus de lui, mais un léger doute, infime, s’emparait de moi. Ce doute disait : « Mais cache-t-il quelque chose, finalement ? ». Mais je n’y fis pas attention.

Je m’assis sur mon nouveau lit, où je pensais que j’allais dormir pendant des mois, voire des années. Je n’avais nulle part où aller et je ne me sentais pas malheureuse ici. C’était décidé, je voulais vivre à Olluny avec mon nouvel ami. Je sortis mon pisto-laser de ma ceinture et l’examinai tout en me rappelant que je ne l’avais encore montré à personne aujourd’hui. Comment réagirait Dave s’il le voyait ?

L’arme était de couleur marron. Elle avait une petite détente noire et un viseur, mais mon subconscient me dit que je n’avais jamais vraiment eu besoin de ce dernier.

« Je le garderai précieusement » me promis-je, émerveillée par une telle arme.

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