La Scarlett Capsule - Chapitre 2

Auteur : Hecktoplasme

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Galaxie d'unia, Grande Cité de Luvia. Une grande planète-cité, capitale du nouvel empire Lombax. Une aube qui point, diffusant sa lumière à travers une chambre richement décorée. Un lit énorme dans lequel dort une créature poilue et minuscule.

-Princesse, il est grand temps de vous lever, annonça une voix robotique féminine.

La boule de fourrure grogna et se cacha sous sa couette carmin avant de s'étirer comme le ferait un félin.

-Oui oui, c'est bon... ça va, je suis levée. Dis Jenna, quel est le programme du jour ?

-Vous avez un shooting photo de sept heures et demi à onze heures et quart puis vous irez manger avec votre père au « Petit Creux » de onze heures quarante-cinq jusqu'à midi et demi avant de choisir votre rendez-vous de cette semaine. Ensuite, à dix-sept heures vous devez prendre une navette pour l'Académie Militaire de Frémionne. Vous rentrerez vers vingt-deux heures chez vous puis vous irez dormir.

La jeune femme soupira, sa tête dépassant de sa couette.

-C'est pas une vie, ça, bailla-t-elle tout en râlant. Et demain, c'est quoi le programme ?

Elle sortit de son lit, aussi légère et délicate qu'une plume.

-Demain matin vous aurez quartier libre.

Son regard s'illumina en entendant ces quelques mots, devenus trop rares.

-En revanche, l'après-midi vous devrez apporter les modifications ordonnées par le président Sullivan à la Scarlett Capsule.

-Oh non, pas lui, pesta la Lombax.

-Princesse Kiara, il s'agit du président, tout de même !

-Ouais ouais, je m'en fiche. Programme-moi un rendez-vous avec la coiffeuse ainsi qu'une pédicure, tu seras gentille.

-Il en sera fait selon vos désirs.

-Merci, maintenant diffuse ma playlist du lundi.

Une chanson à la mode se fit rapidement entendre à travers l'immense pièce qui servait de chambre à la dénommée Kiara. La Lombax mit ses lunettes, rondes, sur son museau beige, qu'elle remua avec délicatesse avant de se diriger vers sa salle de bain.

-Mets la douche à température ambiante. Aujourd'hui j'ai envie de porter ma robe blanche à fleurs.

-Préférez-vous la courte ou bien la longue ?

Kiara se déshabilla, posa ses lunettes sur le rebord de l'une de ses deux vasques, semblant immensément grandes comparées à sa taille minuscule et se glissa sous l'eau chaude. Elle poussa un petit gloussement de plaisir.

-La courte, je veux aussi la paire de chaussures numéro deux-cent-vingt-six et je veux ton avis sur la meilleure paire de bijoux à porter avec.

-Votre montre rose ainsi que votre collier et bracelet en titanium me semblent être la meilleure option.

-Très bien, je veux tout ça prêt d'ici cinq minutes. Et maintenant j'aimerais être un peu seule, s'il-te-plaît.

La jeune femme soupira à nouveau tout en choisissant son savon. Elle hésita une bonne minute entre « fleur de konodendron » et « eau de Lesporia » avant de se rabattre sur « essence d'améralite ». Elle frotta son pelage vigoureusement avant de se rincer et d'activer son séchoir sonique. Une fois sortie de la douche, elle s'observa encore une bonne minute dans le miroir. On aurait dit une peluche. Elle détestait sa plastique qu'elle jugeait trop parfaite à son goût. Son pelage, angora, était plus blanc que la neige. Son museau, petit et beige était mis en valeur par de subtiles tâches et rayures brunes. Trois sur ses oreilles, courtes et tombantes qui se terminaient par cette même couleur. Le reste de son corps ne comportait aucune autre rayure mais ses extrémités ainsi que sa poitrine semblaient avoir trempé dans ce même brun chocolat. Ses yeux présentaient une hétérochromie totale qui se traduisait par un œil gauche vert d'eau et l'autre bleu cristallin mais aussi par une vue déplorable ainsi qu'une pupille dysfonctionnelle qu'elle se devait de cacher derrière le port de lentilles. Mais ce qui la marqua le plus c'était cette Lombax aux yeux vairons dans le miroir, cette Fa. En effet, ce que Kiara pensait être une malédiction était en réalité vu comme une bénédiction par les Lombax de l'Ancien Temps. Les Fa, des Lombax exprimant une hétérochromie, étaient un peuple matriarcal et vénéré sur Fastoon. Faire naître un enfant Fa permettait à l'enfant de vivre une belle vie hors de la misère et de la pauvreté. Au fur et à mesure, trois catégories de Fa résultèrent de la consanguinité de ce peuple ainsi que du hasard génétique. La première était les Fa dits « purs », dont l’un des deux parents sont eux-mêmes des Fa « purs » ou « Zru'ui » en langue Fa. Les Zru'ui exprimaient donc une hétérochromie totale ainsi qu'une queue atrophiée pour les mâles ainsi que les femelles. Les « Nouveaux », « Esr'ui », qui ne montraient pas de signe d'anomalie caudale ainsi que les « R'ui », dont l'hétérochromie était partielle. Notre héroïne, quant à elle, faisait partie de la première catégorie, sa mère étant la dernière héritière du trône Fa. En plus de son héritage exceptionnel, elle était aussi minuscule, signe de grande beauté chez les Lombax.

-Des fois j'aimerais être un peu plus comme Lucie, soupira-t-elle.

Cette Lucie était sa meilleure amie. Une Lombax aux traits moins nobles puisque très grande. Les deux jeunes femmes étaient devenues amies lors d'un match du frère jumeau de Lucie, un basketteur extrêmement connu dans la galaxie d'Unia.


Académie militaire de Frémionne. Au crépuscule. Une escouade de jeunes Lombax et de Cazars sortit de la douche, nus, se séchant chacun leur tour.

-Eh, Kanbeï, t'oublie pas que demain matin on a rendez-vous après le p'tit déj, résonna une voix grave et mature.

Elle provenait d'un Lombax de taille moyenne, pas très grand, à la fourrure blanche. Ses yeux bleus brillaient comme des lasers malgré la lumière faiblarde de la salle de bain du groupe Epsilon. Il était le seul habillé puisque les lieutenants se lavaient après que leurs cadets soient sortis de la salle de bain.

-Oui lieutenant Sullivan, je n'oublierai pas.

-Mon lieutenant, pourquoi Kanbeï est-il convoqué demain, demanda un Cazar un peu trop curieux.

Sullivan le fusilla du regard tout en restant appuyé, les bras croisés, contre le mur.

-Mêle-toi de tes affaires ou je te fais récurer la salle de bain des filles ET des garçons avec la langue.

-Mais...

Le dénommé Kanbeï fit une tape sur l'épaule de son camarade, lui indiquant de laisser tomber. Le jeune homme, qui semblait à peine adulte entreprit d'enfiler son pyjama. Sa fourrure était de la même couleur que le sable du plus aride des déserts des lunes de Luvia et contrastait avec la magnifique lueur émeraude de ses yeux vifs, quoique innocents. Il fit exprès de sortir après tout le monde afin de discuter avec le lieutenant de la brigade Epsilon.

-Max, t'étais pas obligé d'être aussi méchant avec Jérôme...

-Ah parce qu'en plus tu connais son prénom, cracha l'autre avec mépris.

-Bah oui, on est ensemble depuis l'âge de dix ans, à force, c'est un peu normal, non ?

-Pourquoi tu t'embêtes avec les Cazars ? Ils nous sont inférieurs et tu le sais très bien.

-C'est faux et puis je croyais que tu aimais bien Mélo !

Max, Maximilien de son vrai nom, fit la moue en fronçant les sourcils.

-Ouuuuuuuui, mais, lâcha-t-il en mettant l’emphase sur le « mais », Mélorie c'est pas pareil, elle n'est qu'à moitié Cazar, en plus d'être sacrément bonne. Cela dit, c'est déjà une moitié de trop. Si tu veux mon avis, son père devait être bourré pour vouloir coucher avec sa mère.

Kanbeï agita les oreilles, agacé et choqué. Il ne supportait pas la xénophobie de Maximilien mais savait qu'il était inutile d'essayer de le faire changer d'avis à ce sujet.

-Oui bon, ça va, je te laisse, on doit se lever tôt demain. Je vais me piauter, si ça ne te gêne pas.

Max fit un signe de tête et le cadet s'éclipsa sans un mot. Une fois qu'il fut sorti, une Lombax se faufila dans la salle de bain, pourtant masculine. Le jeune homme s'autorisa un sourire en voyant l'intruse.

-Personne ne t'a vue, j'espère, demanda-t-il, taquin. Vu ta taille, je suis sûr que si.

-T'es pas sympa, cracha-t-elle, je fais l'effort de venir te voir dans cet endroit sordide et toi tu te moques de moi ?

-Mais enfin, Lucie, tu sais que je plaisante, tu es le plus beau poteau de l'univers et c'est pour ça que je t'aime.

Maximilien s'approcha et se mit sur la pointe des pieds pour embrasser sa « petite » amie. Lucie était une splendeur sauvage, géante et indomptée. Ses yeux jaunes étaient effrontés, taquins et surtout sincères. On pouvait lire en elle comme dans un livre ouvert. En l’occurrence on y voyait de l'agacement ainsi que de l'amour pour ce petit Lombax aigri. Soudain elle repoussa son amant alors qu'il commençait à se faire un peu trop entreprenant à son goût.

-Tu as pensé à dire à R/K que demain matin il n'avait pas séance de tir mais qu'on avait un meeting ?

-Ouais ouais, râla-t-il, déçu d'avoir été éconduit de la sorte. Et toi ? Tu l'as dit à Mélorie ?

-Yes ! Je suis bien contente de revoir Kiara, elle me manque.

-Kiara, Kiara Smith ? demanda-t-il tout en levant une oreille et en fronçant ses sourcils rouges et broussailleux.

Lucie acquiesça.

-Alors ça y est, on a enfin la composition de l'équipe... je me demande ce qu'à mon géniteur en tête...

Maximilien était le fils du président de l'Empire Lombax, un homme détestable mais incontesté qui inspirait la crainte et la terreur parmi ses citoyens. Même s'il le détestait, Max avait bien plus de points communs qu'il ne voulait bien l'admettre avec son père.

-Bon, souffla Lucie, je te laisse, désolée mais j’ai encore mes cadettes à aller border.

-Mais t’en va pas, geint Max, déçu.

-Je ne t’écoute déjà plus, bye bye !


-Oui, parfait ! Tu es si belle !

Kiara râla intérieurement alors que la prenait en photo.

-On a bientôt fini ? Je commence à fatiguer à force de faire semblant de sourire.

-Encore une tenue et tout sera fini. Tu es si rigoureuse, tu inspires le respect, ma chère !

-N'importe quoi, marmonna-t-elle tout en prenant le chemin vers sa loge.

Elle détestait ces photographes. Elle détestait leur hypocrisie. On lui fit enfiler un costume rouge et alors qu'on lui noua la cravate autour du cou, elle se demanda qu'elle aurait été sa vie si elle avait pris plus du physique de son père, somme toute assez banal plutôt que de l'immense beauté de sa mère. Sans doute plus simple. On attacha ses longs, très longs cheveux en un magnifique chignon banane et on fit boucler ceux qui poussaient sur ses joues. Elle en avait marre d'obéir à ce mode de vie impossible que lui imposait son rang. Ses parents, bien qu'aimants, ne l'avaient pas protégée de l'attention provoquée par son physique si atypique. À part Lucie et son frère jumeau, Owen, seule Jenna, son assistante artificielle, pouvait prétendre au statut d'amie. Le reste n'était composé que de lèches-bottes qui vendraient pères et mères pour une minute de son attention. On la laissa boire et elle consulta son communicateur dernier cri -tellement dernier cri qu'il n’était pas encore sur le marché, de chez Smith. La jeune femme avait reçu un message de Lucie. « Ça craint, Max m'a fait une sale griffure sur le bras, quel sauvage celui-là, lol. Bonne nuit, hâte de te voir, love. » Kiara leva les yeux au ciel, amusée. « Quel animal ! Moi aussi j'ai hâte de te voir. Dis, aux prochaines vacances tu veux aller dans ma station balnéaire ? Bisous, bonne nuit. » Mine de rien, recevoir un message de sa meilleure amie l'avait assez requinquée pour terminer cette séance photo sur les chapeaux de roue !


Kanbeï fut réveillé par la sonnerie de l'Académie, forte et bruyante. Contrairement à ses camarades, ça ne le dérangeait pas plus que ça puisque c'était son quotidien depuis sa plus tendre enfance. Il passa sa tête sous son lit pour saluer Jérôme qui grognait.

-Dis mon pote, tu prendras la séance de tir en vidéo steuplait ? J'aimerais bien analyser les résultats, si ça ne te dérange pas, of course.

-Eh beh. T'es vraiment un acharné du boulot, toi, lança le Cazar qui refaisait son lit. Tu ne comptes pas partir une fois ton diplôme obtenu ? Tu vas t’enrôler ?

-Ouais, pourquoi ? Tu quittes ?

-Bah oui, comme presque tout le monde ici. Tu ne veux pas avoir une vie tranquille ? Avoir une famille ?

-Écoute, l'armée c'est ma famille et je ne me vois pas vivre ailleurs qu'ici. Et puis j'ai hâte d'avoir mes propres cadets sous mes ordres.

Ses yeux brillaient. Jérôme arborait un air décontenancé.

-D'accord d'accord, je te fais ça.

Dans un coin de la pièce Max surveillait ses cadets. Puisqu'il était leur supérieur, il avait le droit à sa propre chambre, certes petite mais qui lui conférait un peu d'intimité. Il était déjà prêt et en tenue.

-Moins de blabla, plus de rangement. Je veux vous voir prendre votre petit déjeuner dans dix minutes, les morveux.

-Il abuse, chuchota Jérôme qui enfilait son caleçon. Il n'a que quatre ans de plus que nous.

Kanbeï descendit de son lit et attrapa sa tenue. Elle était composée d'un treillis gris et de bottes noires et épaisses.

-Laisse tomber, c'est Sullivan, tu le connais. Il est comme ça.

-Comment tu peux être ami avec un type pareil ? Franchement, ça me dépasse.

-Bah, il est sympa, quand il veut.

R/K enfila ses habits et se dirigea vers la salle de bain des cadets, alla aux toilettes, se lava les mains, la figure et se brossa les dents avant de marcher d'un pas décidé vers la cafétéria. Lucie et Maximilien étaient déjà présents. Ils avaient gardé de côté une place pour lui et une autre pour Mélorie qui se glissa derrière lui pour lui cacher la vue avec ses mains. Le jeune homme renifla et reconnut son amie à l'odeur sucrée qu'elle dégageait.

-Coucou R/K, lança-t-elle, enjouée.

-Salut Mélo, tu as eu le mémo toi aussi ?

-Yes. De toute façon c’est moi qui reçois tous les mémos ici, c’est pour ça qu’on me surnomme « Mémorie » !

Le jeune homme éclata de rire. Ils se dirigèrent vers la file pour prendre leur repas du matin. Mélorie était une très belle femelle hybride Lombax-Cazar. Ses oreilles de Cazar et son absence de queue en faisait un mélange assez rare et très équilibré entre les caractères physiques des deux espèces. Elle en était très fière. Même si les Cazar d'Unia n'était pas bien perçus, vus comme des parasites qui avaient profité du chaos engendré par la Fuite pour avoir une occasion de se refaire une nouvelle vie aux frais de la princesse, elle en tirait une sorte de surpuissance. Son pelage chocolat au lait et ses grands yeux améthyste lui valaient mille compliments de la part de sa promotion. Même Max n'était pas insensible à ses charmes. Seul Kanbeï y semblait hermétique. Ce qui la dérangeait beaucoup. Malgré cela, ils étaient très proches depuis que Mélorie avait intégré l'Académie. Frémionne formant des soldats mais étant aussi une école réputée où il était bien vu d'y envoyer ses enfants pour leur éducation. À dix-neuf ans ils devaient choisir s'ils souhaitaient s’intégrer dans la vie civile ou au contraire, rester dans l'armée. Le jeune homme avait déjà fait son choix depuis bien longtemps mais la jeune femme hésitait encore sur le sien.

-J'ai hâte de savoir pourquoi en doit aller à une réunion avec le Président, souffla Mélorie, pour faire la conversation.

-Peut-être parce qu'on est les meilleurs de notre promotion ? C'est ce que Lucie m'a dit en tout cas. Mais sinon j'en sais rien, on va bien voir.

Ils récupérèrent leur butin et s'installèrent près de leurs supérieurs.

-Tu exagères, R/K, chouchou, tu aurais pu coiffer ta fourrure mieux que ça, pesta Lucie qui était parfaitement toilettée et apprêtée. C'est le Président et le Maréchal St.Clair qu'on va avoir le plaisir de voir, pas Zouzou le Crassou.

R/K baissa les oreilles, honteux. Maximilien ricana tout en buvant une gorgée de youzhi, l'équivalent du café dans la galaxie d'Unia.

-Oh mais tu n'as pas le loisir de rire, toi ! Ton cadet n'est pas présentable et c'est de ta faute. Regarde Mélo', elle est impeccable. Par chance j'ai toujours un peigne sur moi.

Elle entreprit de coiffer Kanbeï qui râlait comme un putois. Les cadets aimaient beaucoup la jeune femme qu’ils percevaient comme une figure maternelle et bienveillante. Soudain, une petite voix hurla le prénom de la Lombax. Tout le monde tendit les oreilles et se retourna vers la source du bruit. Il s'agissait de Kiara. R/K qui tenait le bras de Lucie pour l'empêcher de le coiffer ouvrit ses yeux en grands, abasourdi par la vision qui s'offrait à son regard. Elle était divine. Des courbes parfaites, de longs cheveux bruns qui lui tombaient jusqu'aux mollets, un petit museau beige ainsi qu’une toute petite taille. Il croyait rêver. Mélorie aussi fut subjuguée mais ne put s'empêcher d'insulter intérieurement cette gosse de riche incapable de ne pas se mettre en scène. En plus elle était en robe, c'est de la triche ! Elle aussi serait à tomber si elle portait la même tenue ! Lucie enleva la main du cadet de son bras, rangea son peigne et se leva, courant d'un pas léger, sportif, vers son amie.

-Wow ! Tu as encore grandi ? Tu es si belle même si cette coupe ne te va pas tant que ça, darling, souffla Kiara qui faisait semblant de ne pas être dérangée par l'attention que lui portait l'ensemble de la cafétéria. Laisse-toi pousser les cheveux, comme quand on s'est connues.

Elle se devait de rester dans le personnage.

-Et toi alors ? Tu n'as pas pris un centimètre ! Et pour mes cheveux, tu sais très bien que si je les avais longs comme les tiens, ça serait une horreur. Je suis militaire, je ne tiens pas un stand de crêpes, moi !

Les deux firent sembler de bouder avant d'éclater de rire. R/K se pencha vers Maximilien -qui était appuyé sur son coude, ennuyé et sirotant sa boisson- et lui demanda qui elle était.

-Elle ? C'est la princesse Fa, Kiara Smith, la fille d'Anton Smith et d'Aza-lee Fa. Me dis pas que tu ne sais pas qui c'est ?

Le jeune homme fit non de la tête. « Ouf, sauvée ! » Pensa Mélorie, jalouse comme une teigne. Max fit de gros yeux avant de lui tirer les oreilles.

-Mais tu vis dans quel monde mon pauvre vieux ?! C'est quand même grave de ne pas reconnaître la dernière princesse Fa de l'univers ! Comment on peut être comme toi espèce de crétin des bois !

-Mais arrête ! Tu me fais mal, geint Kanbeï.

Kiara passa sa tête derrière Lucie, la bouche entre-ouverte, ses oreilles aux aguets, intéressée par la plainte. Elle reconnut bien-sûr Maximilien mais préféra concentrer son regard sur ceux qu'elle ne connaissait pas. R/K lui apparut comme un mâle assez beau, quoiqu’assez banal, un peu comme son père, même si son paternel avait le mérite d'avoir le poil blanc, ce qui le rendait un petit peu exceptionnel en soi. Ce mâle-là n'avait que la structure de son visage de vraiment unique. Le pelage doré ? Du déjà-vu ! Les yeux verts ? Grand classique. Vraiment, pas vraiment de quoi fouetter un chat. Par contre, la femelle valait vraiment le coup d’œil. Pas tout-à-fait Lombax, pas tout-à-fait Cazar, vraiment, une splendeur. Le pelage marron était vraiment exceptionnel chez les Lombax et ne s'obtenait que par hybridation avec un ou une Cazar. En soi, cette femelle était comme elle et cela la rassurait un peu.

-C'est qui ? demanda-t-elle.

-Ah oui, ce sont mes amis. Tu connais déjà Max mais viens, je vais t'introduire.

Kiara grommela en entendant le prénom de Maximilien. Lucie prit la main de son amie et l’amena à son petit groupe. Kanbeï la trouva encore plus belle vue de près.

-J'ai l'honneur et l'avantage de te présenter Mélorie Adams et Kanbeï dit R/K, mes cadets. Regarde comme ils sont beaux et bien élevés !

-Oui, enfin « ton cadet » est con comme une valise sans poignée, murmura Maximilien, qui n’avait pas bougé de position.

-Salut, siffla Mélorie, croquant dans son fruit.

-Bon...bonjour, bafouilla le jeune homme.

Maximilien lui fit un signe de tête auquel elle répondit. Ils ne s'appréciaient pas beaucoup, encore moins lorsque leurs parents avaient eu en tête de les marier ensemble.

-Salut. C'est vous les heureux élus ?

-Oh ouais, répondit R/K, on a été choisi pour la séance d'orientation. Et toi, tu fais quoi, ici ?

Kiara fit claquer sa langue, agacée.

-Ce n’est pas une journée d'orientation, pauvre idiot. On a été choisis pour faire partie d'un projet visant à améliorer la sécurité de notre galaxie.

La mine choquée de Mélorie et R/K la fit sortir de ses gonds.

-Mais c'est pas vrai ! Vous ne lisez pas vos mails ?!

Lucie prit une mine grave.

-Laisse-les. Ils ne savaient pas, on ne leur a rien dit. On est pas tous comme toi, on a pas ta liberté d'expression. Maintenant, si tu veux bien, baisse d'un ton.

La jeune femme baissa ses oreilles, honteuse.

-Ça a l'air d'être une sacrée connasse, celle-là, pensa Mélorie. Tant mieux, Kanbeï est à moi.

-Pardon... je ne voulais pas être impertinente... j'ai pas dormi durant le voyage, je suis à fleur de peau, veuillez ne pas m'en tenir rigueur. Oh ! J'ai omis de me présenter, même si je pense que vous savez tous qui je suis.

Lucie lui tendit son fruit et Kiara croqua dedans. Max pointa du doigt son cadet.

-Bah figure-toi que notre ami ici présent ne sait pas qui tu es. Désolé princesse, tu n'es pas connue partout.

Kiara le fusilla du regard. Vraiment, Maximilien lui sortait par les pores.

-Oh tiens, ché marrant, fit-elle, en train de mâcher avant d'avaler. Je m'appelle Kiara Smith et je serai le mécano et la pilote en second de notre équipe. Par contre il est hors de question que vous m'appeliez « princesse » ou « votre majesté » ou que vous me vouvoyiez.

Kanbeï et Mélorie s'échangèrent un regard surpris mais ne pipèrent mot, sentant qu'il ne valait mieux pas l'ouvrir.

-Oh et tant que j'y suis, je me demandais, tu n'as pas de nom de famille ?

-Moi ? Non non, Kanbeï est mon nom de famille.

-Comme le héros qui nous a permis de prendre la Fuite ?

-Lui-même.

-Alors quel est ton prénom ? Ton surnom c'est R/K... Robert ? Raoul ? Roger ? Romain ? Rémy ?

-Je n'ai pas de prénom.

-Oh...

-T'en fais pas, va, ce n'est pas grave. C'est comme ça d'être orphelin. Mais tu peux m'en trouver un, si tu veux.

Kanbeï lui offrit un magnifique sourire malgré sa timidité.

-Mmmhhh... Je ne te connais pas assez pour ça mais je vais y réfléchir, c'est promis.

Kiara lui retourna son sourire et le petit groupe entreprit de débarrasser la table pour se rendre dans la salle de conférence. On les fit entrer et s’asseoir chacun à une place précise. Évidemment, le Président n'était pas là en personne mais le Maréchal St.Clair oui. Ce Lombax au pelage doré et aux yeux bleus était un ancien Prétorien amer et détruit par la perte de Fastoon. Cela ne l’empêchait pas d'avoir une attitude sympathique envers les cinq recrues postées devant lui. R/K l’appréciait beaucoup, pour lui, il était comme un père.

-Bien, les enfants, si vous êtes là, c'est parce que vous avez des aptitudes exceptionnelles et que vous avez été jugés inspirants par notre gouvernement et c'est ce pourquoi notre illustre président vous fera l'honneur de vous parler en holo-cam d'ici une petite minute alors soyez dignes de sa présence.

Maximilien fronça les sourcils alors que l'appel débuta. Le Président était un vieux Lombax, de taille moyenne et ressemblant trait pour trait à son fils à part la couleur du pelage qui était gris perle.

-Bonjour.

Les cinq se levèrent et saluèrent religieusement leur chef suprême.

-Bien, nous pouvons débuter la conférence. Si vous êtes ici c'est parce que nous vous avons trouvé une utilité à chacun d'entre vous pour notre grand dessein. Nous voulons monter une équipe de héros pour rassurer notre peuple et VOUS serez ces héros. Vous avez été sélectionnés parmi les meilleurs des meilleurs et vous ne pouvez décemment pas refuser notre offre.

Brut, froid, direct. Tous eurent des frissons dans le dos tellement cet homme était antipathique.

-Nous comptons lancer ce projet d'ici trois mois, pour célébrer les quinze ans de la Fuite. Vous aurez donc trois mois pour vous préparer pour votre futur rôle. Est-ce bien clair. Évidemment que ça l'est. Je vais vous communiquer par mail les tenants et aboutissants de votre mission. Bien, vous devriez les avoir reçus. Maintenant je vais vous donner vos rôles et le Maréchal St.Clair vous expliquera le reste. Maximilien Sullivan.

Max se raidit.

-Vous serez le capitaine de votre équipe et le pilote attitré de votre vaisseau.

-Bien, monsieur le Président, qu'il en soit ainsi.

L'Homme se tourna vers Lucie.

-Lucie Freeman, vous serez la pilote de terrain ainsi première mitrailleur de bord.

-C'est un honneur, monsieur le Président.

-Inutile de vous donner votre rôle à vous, votre majesté. Vous savez déjà tout. Quant à vous, Kanbeï, vous serez un mitrailleur de bord et surtout le sniper. Et vous.

Il y avait du dégoût dans sa voix.

-Vous serez celle chargée de l'armement, Mélorie Adams. Bien, maintenant que nous avons fait le tour je vous laisse. Au revoir.

Et il les laissa en plan. Kiara gonfla les joues de colère, Lucie philosopha, Mélorie se sentit insultée, R/K se demanda si c'était normal et Maximilien fit la moue. Cet appel sembla irréel, inconcevable. Eux, des héros ? Kiara était à peine rentrée dans la vie active, R/K et Mélorie n'étaient même encore diplômés et Lucie et Maximilien avaient encore quelques années devant eux avant d'être promus.

-Bon, les enfants, je sais que c'est une grosse responsabilité mais pensez aux avantages. Vous vivrez deux jours par semaine dans un vaisseau tout neuf et grand luxe, vous aurez des appartements privés- même si cela ne doit pas vous défriser, princesse-, vous serez nourris et habillés gratuitement en plus de toucher un très bon salaire. Franchement, c'est un avenir radieux qui vous attend. On vous demande juste d'être bien habillés et de sourire. Voilà tout. Bien, pour vous quatre, je vous invite à faire vos affaires le plus vite possible puisque vous serez transférés dans deux jours. Quant à vous, mademoiselle Smith, vous pouvez disposer. Ce fut un réel enchantement de vous avoir parmi nous.

Kiara se leva, fit un joli sourire et s'en alla.


Durant les trois jours qui suivirent, R/K resta abasourdi par la nouvelle. Jérôme avait beau lui demander ce qu'il se passait, rien ne put sortir. Il exécuta chacun de ses gestes comme s'il était une machine. Adieu à sa carrière de sniper anonyme mais doué. Adieu anonymat rêvé. Adieu vie toute tracée. Lui ? Un héros ? L'idée de parler à Kiara était déjà trop dure pour lui -à part ce moment d'adrénaline qu'il avait eu quand ils se sont rencontrés- alors devenir célèbre... mais attendez ! Il allait pouvoir côtoyer cette splendeur au quotidien, quelle bonne nouvelle ! Cela lui redonna la motivation de préparer son unique carton et sa seule valise. Puisqu'il avait du temps, il se décida à enfin lire le courrier du Président.

« Capitaine Kanbeï... » Il avait été promu sans rien faire ?! Il n'en revenait pas. « ...vous avez été choisi pour devenir le sniper de la Scarlet Capsule car nous estimons que vous êtes la meilleure recrue possible pour ce rôle. Vos exploits lors de la bataille de Senmizû ont prouvé votre valeur. Avant de devenir un des membres de cette équipe montée par nos soins, vous allez vous soumettre à un entraînement rigoureux afin de faire de vous un personnage charismatique et aimé de tous. Vous aurez votre planning dans vos quartiers de la Grande-Cité de Luvia. Encore félicitations. Keith Sullivan, Président de la fédération Lombax d'Unia. »

Le jeune homme fut tiré de sa lecture par Maximilien qui venait de terminer de charger ses cartons dans le vaisseau qui allait amener le petit groupe vers leur nouveau « chez-eux ».

-T'es prêt ?

-Oui oui. Dis, t'en penses quoi, de toute cette histoire ?

-Je n’en pense rien, sinon que c'est une chance pour toi d'enfin séduire. Ça ne te fera pas de mal, espèce de sauvage. Allez, mets tes affaires dans le vaisseau, Luvia c'est loin.

-J'arrive. Et les autres ?

-Les autres ne sont pas au courant. Ils pensent qu'on part en mission alors tu la boucles et tu montes dans le vaisseau.

Le voyage jusqu'à Luvia se fit sans encombre. Le Lombax au pelage doré fut subjugué quoique effrayé par la vue qui s'offrait à lui. La ville était grande, vivante, haute, colorée. Tout ce que Frémionne n'était pas. Les mille couleurs dansaient et formaient un spectacle merveilleux pour les pupilles de celui qui n’avait jamais eu l’occasion de les apercevoir. Sa réaction enfantine fit rire ses amis qui eux connaissaient la capitale comme leur poche.

-Dis Lucie, demanda Mélorie, c'est quoi le programme de ce soir ?

-Kiara nous a dit qu'elle s'occupait du repas donc on va arriver, se poser, se laver et manger puis on va aller se pieuter. Dès demain on sera occupés comme on ne l'a jamais été. Cette ville de ne dort jamais.

Leur vaisseau les déposa et repartit vers Frémionne. Ils entrèrent dans un énorme penthouse sublimement meublé. Kiara n'était pas encore là mais Jenna les « attendait ».

-Bienvenue messieurs Kanbeï et Sullivan et mesdemoiselles Adams et Freeman.

R/K poussa un cri de stupeur.

-Ne vous affolez pas. Je suis Jenna, l'assistante artificielle de sa majesté la princesse Kiara et aussi, à partir d'aujourd'hui la vôtre. Demandez-moi n'importe quoi et je le ferai. Mademoiselle Smith m'a demandé de vous avertir que des montres connectées vous attendent dans vos chambres respectives et qu'elle aura un peu de retard car elle a eu un léger souci lors de son dernier rendez-vous programmé mais qu'elle arrive avec votre repas. Avez-vous besoin de quelque chose ?

-Que tu préviennes, la prochaine fois, ironisa le Lombax.

Encore une fois, sa réaction fit rire ses compères.

-Un vrai génie de l’ampoule, fit remarquer Mélorie.

-Je ne connais pas cette référence. Cependant vous conseille de vous changer de vous laver.

 Jenna leur indiqua leurs quartiers et se mit en veille. La chambre de Kanbeï était au premier étage. Il monta donc les escaliers lumineux et rentra dedans. Elle était immensément grande. Trop grande à son goût et très impersonnelle avec ses murs blancs et ses meubles noirs mais elle était confortable. Il posa son carton sur sa commode et s'assit sur son lit pour enlever ses chaussures.

-Voilà ma vie, donc. Moi qui croyais que le plus grand confort auquel j'aurais pu avoir droit était celui de la chambre qu'on octroie aux officiers... ahahahah...ah. Dis, Jenna ?

-Oui, monsieur Kanbeï ?

-Appelle-moi R/K. Je n'ai pas d'autres vêtements que ma tenue actuelle, est-ce que par hasard on aurait reçu les nouveaux uniformes ?

-Non, pas encore, monsieur R/K.

-Mince.

-Cela dit, vous pouvez commander votre tenue pour ce soir. Votre compte indique que vous avez Trente mille boulons disponibles.

-Combien ?!

En effet, jusqu'à leur diplôme, les cadets n'étaient pas payés.

-Oui, il s'agit de votre salaire mensuel. Voulez-vous commander ? Vous avez encore une heure avant l'arrivée de la princesse Kiara.

-Bah... Ok, je suppose.

Cette nouvelle vie était déjà pleine de surprises. Il feuilleta rapidement les premiers résultats qu'il avait tapés dans la barre de recherches et s'acheta pour la modique somme de cent boulons une paire de baskets en toile vertes, un t-shirt rouge ainsi qu'un pantalon noir. Kanbeï prit sa douche, mis ses nouveaux vêtements arrivés par téléportation et se coiffa un peu, espérant impressionner Kiara en étant à la fois cool et naturel.

Pourvu qu'il puisse réussir à lui parler...


Lucie rentra dans sa chambre. On aurait dit celle qu'elle avait chez ses parents avant leur déménagement. Les murs étaient couleur banane, assortis à ses rayures. Elle retira joyeusement ses chaussures et se dépêcha d'enlever son treillis avant de se jeter dans son nouveau lit. La jeune Lombax lâcha un soupir de bonheur en se frottant la joue contre son dessus de lit orange.

-Adieu Frémionne, adieu les connards de l'Académie ! Je suis libre...

D'amères larmes roulèrent le long de ses joues avant de se perdre dans sa fourrure taillée à ras. Elle avait dû travailler plus dur que tout le monde, enfin, plus dur que ses camarades masculins et la voilà dans un projet qui allait faire d'elle une figure acclamée et respectée. Le rêve ! Mais elle ne se leurrait pas, Lucie savait pertinemment que si elle avait été choisie c'était grâce à son frère jumeau. Non ! Il ne faut pas rameuter de vieux démons ! La Lombax se tapota les joues et força un sourire exubérant.

-Jenna, prépare-moi ma robe rouge et mes talons noirs, s'il-te-plaît.

-Bien, mademoiselle.

Elle se rua dans sa salle de bain, ravie d'avoir enfin de l'intimité. La blondinette s'offrit un bon bain bien chaud. Une fois la gigantesque baignoire vidée, elle en sortit et s'ébroua, mettant de l'eau partout.

-Y a pas à dire, certains côtés désuets de notre espèce sont quand même géniaux. Quelle sensation !

Notre héroïne s'enroula dans une serviette de bain et revint dans sa chambre où l'attendaient ses vêtements. De sa valise elle en sortit une très jolie culotte en dentelle rouge ainsi qu'un corset de maintien du même ton puis enfila une très jolie maxi robe d'un rouge vif pourvue d'une fente remontant le long de sa jambe droite. Lucie s'admira un court instant dans le miroir géant qui faisait face à son lit.

-Qui est donc cette magnifique créature ? Ah mais c'est moi !

Elle éclata de rire.

-Bon, c'est pas le tout mais les bijoux maintenant. Voyons le cadeau que tu nous as fait, Kiara chérie...

Il s'agissait d'une très jolie montre connectée très féminine. Le bracelet était en fait une très jolie chaînette noire surmontée de pierres précieuses.

-Je te reconnais bien là ! Je sais très bien ce je vais porter avec ton cadeau.

Elle attrapa une boite et en sortit un collier délicat ainsi que des créoles du même métal que sa montre. Un instant plus tard Lucie avait terminé de se parer. Il ne manquait plus que ses cheveux. Ils étaient courts et ébouriffés mais après un moment de négociation avec sa brosse à poils elle réussit à les dresser en un très joli carré lisse. Encore un avantage de sa nouvelle carrière : adieu les cheveux pratiques, la jeune femme pourrait enfin les faire repousser ou les colorer si l’envie lui en prenait.

-Eh ben, si ton sauvageon ne te fond pas dans les bras ce soir, je ne sais pas ce qui pourra le faire craquer, ma belle, franchement, t'assure.

Elle était prête.

La chambre de Maximilien était vierge de toute fioriture. Un lit, une table de chevet, une penderie, un bureau, c'est tout.

-Je sais bien que tu ne me portes pas dans ton cœur mais tu aurais pu quand même décorer un peu, râla-t-il.

Le Lombax retira son ancienne tenue et enfila un pantalon habillé, une chemise blanche ainsi qu'une paire de chaussures de soirée noires.

-Et dire que je vais devoir me la farcir tous les jours.

Max sortit une jolie montre à gousset de son sac à dos et l'ouvrit. Dans l’intérieur du couvercle s'y trouvait une photographie d'une très belle jeune Lombax dans la fleur de l'âge. Elle avait un pelage blanc comme la neige, de grands yeux pleins de vie et des rayures rouges.

-Mama... comme j'aimerais que tu sois là. Papa n'est pas gentil avec moi, viens m'aider, mama...

Amberly Sullivan, née Azimuth était une célèbre pilote de la garde Prétorienne ainsi que la sœur du Traître Azimuth. Keith Sullivan, un politicien en faveur du Plan de Retraite Lombax vers la galaxie d'Unia, en était épris et ils se marièrent avant d'avoir Maximilien. Maximilien était le cadet d'une fratrie de quatorze enfants et certainement celui qu'Ethan détestait le plus pour plusieurs raisons. Il le tenait pour responsable de la mort sa mère alors qu'il n'était encore qu'un petit garçon dont les oreilles venaient à peine de se décoller. Amberly faisait partie des nombreuses victimes du génocide organisé minutieusement par Tachyon.

-Évidemment que tu ne peux pas m'aider, n'est-ce-pas, mama ? Après tout, je t'ai tuée, pas vrai, mama ? C'est ce que papa dit et il a raison... mais je te promets que je vais faire de mon mieux...

De grosses larmes pleines de tristesse finirent leur course contre la photo.

-... je te promets de devenir le meilleur pilote et le meilleur fils pour papa... comme ça tu me pardonneras, hein, mama ?

-Mais oui, maman, je suis bien arrivée. Non maman, je ne me suis pas faite virée.

Mélorie agita ses oreilles, agacée. Elle avait sa mère au téléphone.

-Mamaaaaaaan, c'est une promotion je te dis. Oui oui, je viendrai t'expliquer mais la semaine prochaine. Oui oui, c'est ça, on se voit bientôt, bisous.

Elle raccrocha alors qu'on sonna à sa porte. Elle retira le champ de force et à sa plus grande joie, c'était R/K. Son cœur chavira lorsqu'elle le vit. Qu'est-ce qu'il était beau dans sa tenue civile. Le parfum émanant de son pelage arriva jusqu'à ses naseaux et elle se sentit partir.

-Ça va ? Tu n'as pas l'air bien.

Quelle voix ! Elle n'en pouvait plus d'amour.

-Oui oui, ça va, lâcha-t-elle, le souffle court. Qu'est-ce que tu me voulais ?

-Bah... je voulais avoir ton avis, tu me trouves comment ?

-Tu es vraiment trop canon, cria la jeune femme.

R/K fit de grands yeux et Mélorie se reprit.

-Ahem, je veux dire, ça va, tu es beau, pourquoi ?

-Eh ben en fait...

Allait-il enfin lui confesser son amour ? Mais oui, pourquoi se serait-il fait aussi beau ? Un tas d'idées perverses lui traversèrent l'esprit sur l'instant mais elle se refusa à elles. Non, leur amour serait beau et timide, comme lui. Et puis un amour qui naît d'une amitié d'enfance. Y avait-il quelque chose de plus pur que ça, à part lui, bien sûr.

-J'aimerais bien plaire à Kiara.

QUOI ?! Mais ce n'était pas possible !

-Ah, souffla-t-elle, glaciale. Je sais pas, peut-être, tu aurais dû aller voir Lucie ou Sullivan.

-Lucie se parle à elle-même et pourquoi Max ?

-Bah, tu n'es pas au courant ? Ils étaient fiancés à un moment.

Le monde s'écroula sous les pieds du jeune homme et il écarquilla tellement les yeux qu'il tenait plus du poisson grabule que du Lombax. Mélorie se plongea dans incompréhension de son ami et vit une occasion de l'utiliser à son avantage.

-Oui et c'est lui qui l'a larguée. 'Parait qu'elle l'a mal pris et qu'elle en est encore follement amoureuse.

Et pour la touche finale...

-Désolée... j'espère que tu trouveras quelqu'un de bien pour toi... tu sais que je déteste briser tes rêves mais je me devais de te le dire...

Évidemment, elle mentait. C'était Kiara qui avait rompu après qu'ils eurent été pris en photo par des paparazzis lors d'un de ses rendez-vous arrangés. Mais elle connaissait Kanbeï comme sa poche et savait qu'il n'irait pas leur demander ni chercher sur l'ultra-net. Quelle aubaine. Mélorie prit son ami dans ses bras, lui caressant la tête « pour le consoler ».

-J'ai tellement de la chance de t'avoir comme amie...

Elle ressentit comme un pincement au cœur et commença à ressentir des remords.

Kiara arriva peu de temps après. Elle rit en voyant la petite troupe richement apprêtée.

-Vous savez qu'il s'agit uniquement d'un petit dîner comme ça, entre nous ? Vous faites bien trop d'honneur pour ce qu'on va manger. Alors, j'ai pris des bouchées de grabule, du azu -une sorte de céréales ayant un goût se rapprochant du riz-, des côtes de viton -de la viande rouge-, des légumes, du soda, de l'alcool pour les plus courageux d'entre nous et en dessert je nous ai pris un gros gâteau à la crème que ma mère nous a fait. Elle vous embrasse, au fait.

-Eh ben, tout ça, ironisa Maximilien.

-Ben je ne connais pas encore vos goûts. Et puis tu sais, si t'es pas content tu peux te foutre ta queue au cul et faire l'hélicoptère avec, cracha Kiara, les oreilles en arrière.

-Kiara...

Lucie envoya un regard accusateur à la jeune femme. Mélorie ne put s’empêcher de rire un peu face à la violence de la phrase de Kiara. Jamais personne n'aurait osé parler comme ça à Max lorsqu'il était encore à l'Académie.

-Eh beh, tu devrais baiser un coup, ça te rendrait aimable, siffla le Lombax, en retour.

-Dit-il.

Lucie sentit la moutarde lui monter au nez. Elle attrapa Kiara d'un bras et Max de l'autre.

-Écoutez moi bien tous les deux, j'en ai rien à foutre que vous vous détestiez ou que vous soyez les enfants de riches dignitaires, si vous ne vous arrêtez pas maintenant, je vous en fous une à chacun. Me suis-je bien faite comprendre ?

Mélorie s'arrêta net de rire et se rappela, horrifiée, des bagarres de couloir entre Lucie et certains autres lieutenants des groupes Bêta, Téta et Delta. Elle avait toujours gagné. R/K avait le regard dans le vide, encore sonné par la révélation de son amie.

-Oui Lucie.

-Oui, tu as été très claire.

La géante les fit redescendre.

-Bien, maintenant on va manger le bon repas que nous apporté Kiara et passer une bonne soirée. Sommes-nous tous d'accord avec ça ?

Tout le monde acquiesça.

-À la bonne heure.

Elle avait retrouvé son sourire habituel.

R/K sembla absent durant tout le repas et alla directement se coucher, un peu déçu. Il n'avait jamais eu d'attirance pour une fille avant Kiara. Mais qu'est-ce qu’il s'imaginait ? Comment une fille pareille pourrait s’intéresser à lui ? Il n'avait même pas de prénom. Aucune famille ne l'avait réclamé après la Fuite. Il était juste un soldat anonyme, rien de plus.

Fastoon, ??? avant la Fuite. Un rire. Une famille heureuse, un petit garçon souriant qui joue dans la mer.

-Ma..ma. L'eau, l'eau !

-Oui...

Une Fa qui prend son enfant dans les bras et qui l'appelle par son nom mais on ne le comprend pas. Une Fa qui frotte sa joue contre la sienne. Une Fa qui sent bon. Une voix qui rit. Une voix grave qui rit.

-Ton fils sait dire autre chose que « mama » maintenant.

La Fa rit aussi. Elle rit. « Mama » rit. La Fa repose son enfant. L'eau est bonne, marrante et elle sent. Elle ne sent pas comme la Fa.

-C'est aussi ton fils, pas vrai... ?

La Fa redit le nom mais on ne le comprend pas. La Fa aime cet enfant. Elle lui a donné un prénom. Il y a un homme. Il n'est pas un Fa. C'est aussi un Lombax mais pas un Fa. Le Lombax s'approche de sa famille et les prend dans ses bras. Son poil est ras. Sa fourrure est dorée, dorée comme celle d'un désert. Ses oreilles sont grandes.

-Oui, je suis l'heureux papa de cet enfant...

L'homme est heureux. Il le dit. Il sent le soleil. La Fa ne sent pas le soleil et elle ne sent pas la mer non plus.

-Emly, tu penses qu'il sera heureux, plus tard ?

-Oui, on sera toujours là pour lui. Toujours.

La Fa, « Mama », « Emly » le dit, c'est que c'est vrai.

-Et toi...

Elle redit encore une fois ce nom.

-... Tu seras toujours là pour nous ?

Le petit garçon ne comprend pas. Soudain le décor change ! Il y a plein de bruit, tout est en feu, le petit garçon a peur mais il a grandi. Un petit peu. La Fa court avec le petit dans ses bras. Son petit. La Fa ne sent pas comme à la plage, elle sent le sang et la mort. Elle sent comme un champ de bataille. Il est terrifié, elle aussi. La Fa tombe, écrasée par bâtiment qui s'écroule. Par chance, elle arrive à jeter son petit pour le mettre hors de danger. Il a mal et va vers elle pour se plaindre.

-Maman, bobo...

La Fa ne répond pas, elle ne répond plus. L'enfant crie et R/K se réveille en hurlant, son lit trempé de sueur et rempli de poils dorés. Il pleure, complètement terrorisé. Ce rêve était affreux, tout se mélange dans sa tête. Son souffle est court, irrégulier.

-Oh, la ferme R/K !

C'est la voix de Maximilien. Étrangement, cela eut le mérite de le calmer. Le Lombax tourna la tête vers son réveil. Cinq heures du matin. Quelqu'un vient sonner à sa porte mais il ne veut pas ouvrir. Il referme les yeux et se recouche. Qu'est-ce-que l'esprit est tordu, parfois.

Fin du chapitre 1.

Six heures du matin, Kanbeï se réveilla pour de bon.

-Bonjour monsieur R/K, voulez-vous voir le ciel ce matin ?

Il prit une grande inspiration.

-Oui, s'il-te-plaît. Et appelle-moi R/K.

-D'accord, monsieur R/K.

-Non non, juste R/K. Pas de monsieur qui tienne.

-Très bien, j'enregistre l'information.

Et il soupira d'aise.

-Dis, quel est mon emploi du temps d'aujourd'hui ?

-Sa majesté a prévu une séance de shopping avec tous les membres du projet à neuf heures, ensuite vous aurez un cours sur la posture donné par sa majesté Aza-Lee en personne à midi puis à quatorze heures vous déjeunerez avec elle, après vous aurez une séance de sport avec l’entraîneur personnel de Owen Freeman. Votre journée se terminera par un dîner avec vos camarades.

Le Lombax fit la moue.

-Eh beh, c'est chargé aujourd'hui. Merci Jenna.

-De rien, mons... R/K, R/K.

On l'appelait R/K à cause de son nom de famille, Kanbeï et du héros Lombax, Ratchet Kanbeï. Cela coulait de source. C'était un homme bon, un combattant de la vérité ainsi que l'idole de notre ami. Malheureusement, il avait péri lors de la Fuite avec l’entièreté de sa famille. Quel dommage. Au moins, il avait la chance d'avoir le même nom de famille que lui. Dans la société Lombax, le prénom était quelque chose de sacré, de réfléchi et jusqu'à leur adoption, les orphelins abandonnés sous X n'avaient pas le droit d'en avoir un et cela était le cas de notre héros. Personne n'avait voulu de lui, à part le Maréchal St.Clair. « Tu sais, quand tu seras devenu quelqu'un, tu pourras te choisir un prénom. » Ses mots résonnaient encore dans sa tête aujourd'hui. Il s'était battu trop durement, avait étudié trop durement en ce but. Il attendait impatiemment la reconnaissance de ses pairs et de jour en jour, son envie d'avoir un prénom était grande. Le jeune homme se rappela aussi qu'il avait demandé à Kiara de lui trouver un prénom. Heureusement qu'elle ne s'était pas formalisée ! Quelle horreur, cela le fit grincer des dents.

-Bon, c'est pas le tout...

Il se mira dans la vitre qui venait de passer du mode opaque au mode translucide. Le monde dehors était magnifique, coloré et vivant. Et lui aussi était magnifique coloré et vivant. Tant pis si Kiara était encore amoureuse de Max, ils pourraient quand même être amis et qui sait... peut-être qu'un jour il pourrait se trouver une femme avec qui faire sa vie. Après tout, elle n'était encore qu'une inconnue.

-...mais faut s'activer.

-Ptain, j'aime pas le matin.

Kiara était en short et débardeur de nuit, ses lunettes sur le nez, des chaussettes hautes aux pieds, les cheveux en bataille, vaguement rassemblés en une queue de cheval.

-Surtout quand je fais des cauchemars. Et toi Jenna, bien dormi ?

Elle avala une gorgée de son youzhi. Elle le prenait sucré avec un nuage de lait végétal.

-Je ne dors pas, princesse, vous le savez bien.

-Ah oui, c'est vrai, répondit-elle, d’un ton las et monotone. Tu voudrais quelles features pour ta prochaine mise-à-jour ?

-Je ne sais pas, princesse, celle qui vous siéra.

-Appelle-moi Kiara, va.

-D'accord, princesse Kiara.

Kiara fronça les sourcils et avala une autre gorgée.

-Cet après-midi je vais te brancher au Scarlett Capsule. Je vais en profiter pour rénover la structure de ton IA et je vais régler cette sale habitude de m'appeler princesse ou majesté à tout bout de champ.

-Comme il vous plaira, princesse Kiara.

Kiara s’énerva pour de bon.

-Ça m’énerve, ça m’énerve, ça m’énerve, râla-t-elle tout en se tartinant un morceau de brioche avec du beurre végétal. En plus j'ai rendez-vous avec un loser ce soir, rha. Je suis pas un ptain de morceau de viande.

Les larmes lui montèrent aux yeux. Pile à ce moment-là, R/K traversa le champ de force. Il portait sa tenue de la veille, faute de mieux.

-Salut.

-Bonjour.

Le ton était un peu étrange, bizarre, gêné. Il vint s’asseoir en face d'elle. Pendant une bonne minute les deux ne pipèrent mot.

-Et toi, tu as bien dormi ou tu vas aussi me répondre que tu ne dors pas ?

Kiara avait les yeux mi-clos.

-De quoi ?

Le jeune homme plongea son regard dans celui de son interlocutrice et remarqua que la pupille gauche de Kiara restait figée et était recouverte d'un voile laiteux.

-Tu as remarqué ? Pas grave, je m'en fiche. Si tu veux savoir, la consanguinité c'est mal. Je suis presque aveugle sur un œil. Je porte des lentilles pour que ça ne se voit pas. Pardon de t'horrifier avec ça, surtout au petit-déj.

Kanbeï fronça les sourcils à son tour.

-Pourquoi ça devrait me faire peur ?

-Parce que c'est moche ?

-Je ne trouve pas ça laid et puis tu sais, mes profs sont des vétérans de la guerre contre les Cragmites donc les handicaps, je connais.

Le silence revint. Pendant ce temps, il l'observa sous toutes les coutures. Sa petite taille. Les petites mouchetures au niveau de ses pommettes, ses longs cils noirs, ses jolis sourcils bruns -certains Lombax les teignent pour les faire paraître plus fins ou plus épais ! -, ses oreilles tombantes avec leurs pointes qui rebiquent, ses yeux en amande. Le gris de l'intérieur de son iris gauche. La finesse de ses mains malgré une certaine usure inexpliquée, comment ses bras semblaient être gantés par de la fourrure brune, le début de sa poitrine plastronnée par ce même poil couleur chocolat. Ses seins plantureux, sa taille marquée, la largeur de ses hanches. Ses jambes musclées. Comment ses oreilles réagissaient au son des vaisseaux passant près des vitres. Tout cela c'était Kiara et tout cela était magnifique. Le Lombax pensa à Lucie. Lucie avait des yeux plus ronds, un museau plus large avec une forme plus carrée, un visage moins fin, moins long. Son poil était d'un ton plus gris que celui de Kiara. Leurs rayures étaient différemment placées, Lucie en ayant trois par joues et deux par oreilles. En parlant de ses oreilles, ces dernières pointaient vers le haut et étaient plus longues. Et Lucie était blonde, pas brune. Tout un tas de différences, donc. Mais Mélorie aussi était très différente de Kiara. Déjà, Mélo' n'était pas totalement une Lombax mais elle en avait quelques traits. Les rayures sur ses oreilles ressemblaient plus à celles de Lucie mais avec la couleur de celles de Kiara et celles de ses joues n'étaient que de deux au lieu de trois chacune. Il y avait aussi Maximilien qui était très différent de Kiara. Déjà, c'était un mâle et il avait une longue queue là où Kiara avait une petite queue ressemblant à un pompon. Le pelage de Max tirait un peu plus sur le crème que celui de Kiara et le bleu de ses yeux n'avait rien à voir avec les bleus des yeux de la jeune femme. Non, vraiment, rien à voir.

-Tout va bien ? Ou tu comptes me fixer toute la journée ?

R/K se tira de sa transe, très gêné. Il avait cette capacité à receler toutes les différences entres des individus, jusqu'à la teinte de leur pelage ou le type de celui-ci dans un rayon de deux kilomètres.

-Oh désolé, désolé !

Il mit ses mains jointes devant son visage, implorant son pardon.

-C'est pas grave.

Elle lui fit un joli sourire. Maintenant qu'elle le regardait de plus près, il était plutôt beau, ses grands yeux rayonnaient et étaient complimentés par les dorures situées dans ses iris. Son museau était humide et humait l'air de l'endroit. Ses oreilles étaient dressées, aux aguets. Il tenait plus de l'animal inconnu et sauvage que la plupart des Lombax qu'elle avait l'occasion de croiser.

-Dis, je peux avoir un verre de lait, s'il-te-plaît ?

-Oui oui, bien sûr, c'est dans le frigidaire situé derrière toi.

Kanbeï se leva et elle admira la finesse de ses muscles sculptés par des années d’entraînement intensif. La jeune femme s'autorisa même à admirer le postérieur de son camarade. Oui, c'est ça, il était plutôt beau. Elle le compara rapidement à Owen, lui aussi était grand et musclé mais leur regard était différent.

-Au fait, tu n'as pas été beaucoup bavard hier, est-ce que tout allait bien ? Ou bien c'était le ship-lag ?

-Oui, je n'ai jamais vraiment voyagé, ahah.

-Je vois. Je suis désolée de ne pas avoir demandé à ce que ta chambre soit décorée, j'ai pensé que tu aimerais choisir ta déco toi-même.

-C'est gentil.

Elle était gentille, finalement.

-Dis, apparemment, tu vas voir ma mère aujourd'hui.

-Oui.

-Tu vas voir, elle est giga cool même si elle fait un peu peur. Par contre si elle commence à te complimenter sur le cartilage de tes oreilles, n'aies pas peur, c'est parce qu'elle est chirurgienne. Et si elle te hurle dessus, ça aussi c’est normal.

-Euh... D'accord... J'y ferai attention alors.

Ils s'échangèrent un sourire.

-Non, je ne veux pas !

Une petite fille au pelage blanc et aux rayures blondes luttait contre trois jeunes Lombax plus âgés qu'elle. Un quatrième restait planté là, à essayer de la « convaincre ».

-J'ai dit non, laissez-moi tranquille !

Sa voix était cassée à force de crier et de pleurer mais cela fut vain, il lui arracha un baiser.

-Eh, regardez, j'ai embrassé la géante !

Lucie se réveilla en sursaut, donnant un coup de coude dans le bras de Maximilien qui dormait encore. Elle était dans sa chambre. Sa tête lui faisait un peu mal. Peut-être qu'elle et son petit copain avaient abusé de la bouteille d'alcool que Kiara avait ramené. Max se réveilla aussi, en râlant.

-Kanbeï puis toi, dites-le si je vous ai fait quelque chose, bordel.

-Ouais, tu râles dès le matin.

La jeune femme eut droit à un regard noir de la part de son partenaire.

-Oh ça va, ça va, pardon. Ça te va ?

-Non, je veux un câlin et un bisou magique.

Elle se colla contre lui. Le contact des deux fourrures était très agréable.

-Tu as encore rêvé de ça, pas vrai ?

Lucie ne répondit pas et il poussa un soupir.

-Je suis désolé.

-C'est pas grave, viens, on va prendre une douche.

Mélorie se réveilla tranquillement, naturellement, ravie de sa nuit. Elle était persuadée d'avoir fait un rêve prémonitoire concernant son futur avec R/K. La jeune femme serait celle qui lui donnerait un prénom. Comme cela était romantique. Mélo sifflota tout en prenant sa douche et continua jusqu'à ce qu'elle soit habillée, parfumée et équipée. Son bon moral vira à la tempête quand elle vit R/K et Kiara discuter ensemble. Il la remarqua et lui fit signe de venir.

-Coucou.

-Bonjour.

-Salut.

Son ton était froid envers Kiara mais bouillant envers Kanbeï. Mais la Lombax n'était pas stupide, elle l'avait vue faire sur Frémionne et avait demandé à Jenna d'enregistrer tout ce qui la concernait de près ou de loin et elle l'avait entendue mentir mais faisait semblant de ne rien savoir, en attendant de savoir comment aborder la situation.

-Tu as bien dormi ?

-Oui, très bien.

-D'accord.

La tension était électrique et resta ainsi jusqu'à ce que le couple arrive.

-Bonjour la compagnie, lança Lucie, enjouée.

-B'jour.

-Bonjour vous deux, salua le reste de la Scarlett Capsule.

-Au fait, lâcha Kiara, il n'y a pas grand-chose à manger ici, il faudra transmettre à Jenna ce que vous voulez manger et elle ira faire les courses pendant que nous on ira faire du shopping.

-Au fait, on va où ? Parce que « faire du shopping », c’est vague.

-Hollow Creek.

Kiara termina sa boisson, la mit dans le lave-vaisselle et marcha sur le pied de Maximilien avant de se diriger vers chambre. Il râla comme un putois, pour son plus grand plaisir. Qui pouvait imaginer que ces deux-là furent très amis à une époque.

-Faudra peut-être que tu t’excuses un jour, fit remarquer Lucie, indifférente.

-Non mais tu plaisantes, pour quoi faire encore ?!

-Parce qu’elle t’aime encore, lâcha R/K d’un ton si naturel que cette affirmation eût l’effet d’une bombe.

Mélorie commença à paniquer alors que Maximilien et Lucie éclatèrent de rire en cœur.

-Kiara, amoureuse de lui ? Non mais tu plaisantes, cria la Lombax, se tenant les côtes.

Maximilien réussit à se calmer et arbora un regard sérieux.

-Elle ne m’a jamais aimé tu sais et je doute qu’après ce que je lui ai fait elle puisse un jour me pardonner. J’étais jeune, j’étais con et je voulais rendre mon père fier.

-Ce qui indique que tu ne l’es plus, peut-être, souligna Lucie partant de nouveau dans un fou rire.

Il la fusilla du regard.

J’ai dit qu’on était ensemble et qu’on allait se marier, ce qui était faux. On était amis, oui, mais jamais elle ne m’a vu comme un mec pour elle et moi non plus, d’ailleurs.

Mélorie voulut mourir, son petit stratagème ne pouvait plus fonctionner. Maximilien se tourna vers Lucie.

-Par contre, je pense vraiment qu’Owen et elle devraient se laisser une chance. C’est tellement une force tranquille qu’il arriverait à la canaliser. Elle est pas méchante pour de vrai, elle joue juste les gros durs. Dis-lui que tu aimes un de ses robots et elle deviendra plus douce que la chose la plus douce que tu n’aies jamais vue.

Lucie acquiesça.

-Par contre je ne sais pas pour Owen. On a aussi mauvais caractère l’un que l’autre, on est pas jumeaux pour rien. Il lui faudrait plutôt quelqu’un comme toi, le bleu.

Elle pointa R/K qui devint rouge comme une pivoine. Mélorie manqua de s’étouffer.

-Et pourquoi lui, s’insurgea-t-elle.

Maximilien lui fit un sourire fourbe qui voulait dire « je sais » et qui la fit descendre d’un ton.

-Parce que son mauvais caractère permet, je ne sais comment, d’aider les autres à s’affirmer et il en a besoin. Regarde-le, dès qu’une fille lui parle, il en peut plus.

-Mais c’est pas vrai, regarde-nous, on est amis et il est normal avec moi.

-Normal, à ses yeux t’es pas une fille. Regarde-le, il n’est plus avec nous là, y a le cerveau qui reboot.

Cette fois seulement Maximilien éclata de rire, Mélorie étant vexée et R/K perdu dans une réalité parallèle où il avait une chance avec la dernière princesse.

-Eh oh, le tombeur, j’ai juste dit que vous étiez compatibles, redescends sur Fastoon et calme tes hormones.

Lucie était en train de le secouer comme un prunier quand Kiara descendit les escaliers, prête. Elle avait attaché ses yeux en queue de cheval haute à l’aide d’un scrunchie épais, bleu pervenche. La Lombax portait une robe d’été assortie ainsi que des talons compensés. Ses griffes antérieures étaient peintes en rouge.

-Bon, on y va ?

Centre commercial Hollow Creek, neuf heures et demi. Un petit groupe composé de dix membres du personnel, cinq agents de sécurité et cinq conseillers, attendait la Scarlett Capsule.

-Bienvenue au centre commercial de Hollow Creek, je m'appelle Justine et mes collègues et moi allons nous assurer que vous trouverez ce qu'il vous faut ici. Nous allons nous séparer en deux groupes, mesdemoiselles et votre majesté, vous venez avec moi et vous, messieurs, je vous laisse aux bons soins de Liam. Nous nous retrouverons ici dans deux heures. Bonne séance à vous.

Les trois jeunes femmes partirent avec Justine qui les amena à Gigi Jolie, une célèbre marque de prêt-à-porter.

-Bien, nous avons reçu l'ordre de vous rhabiller intégralement, fit Justine en désignant Mélorie et Lucie. Évidemment, comme cela est un relooking imposé par le gouvernement, tout sera pris en charge donc ne vous souciez pas du prix.

Lucie haussa un sourcil et Mélorie eut les yeux brillants.

-Vraiment aucune limite de prix, demanda Lucie, les bras croisés.

-Aucune.

Lucie et Mélorie laissèrent échapper un cri de joie, en s'enlaçant. À l'académie, les femmes étaient obligées de porter une tenue réglementée et n'avaient pas le droit à la coquetterie. Jamais, même pendant les vacances. Cela était très dur pour des adolescents qui se cherchent encore. Kiara les observa, interloquée. Pour elle, ce genre de séances étaient presque banales et sans intérêt. Une robe de gala par ici, une combinaison de travail par là.

-Justine, on commence par qui ?

-Par mademoiselle Adams, cela devrait aller vite. Il n'y a pas beaucoup de travail à faire sur elle. Elle est petite, mince, belle, ça sera un jeu d'enfant... en revanche, pour vous, mademoiselle Freeman, nous devons mettre en valeur votre beauté sauvage et changer votre handicap en point fort.

-Mon « handicap » ?

Lucie fronça les sourcils.

-Votre grande taille, c'est laid.

-Vous allez voir si...

Kiara fit signe à Lucie de ne pas s'énerver.

-...laissez tomber. Bon ben, je fais quoi en attendant ?

-Izura va vous accompagner chez le coiffeur.

La dénommée Izura s'avança et fit signe à Lucie de venir avec elle.

-Izura... C’est pas Fa, ça, comme prénom ?

-Mes parents admiraient les Fa, répondit la conseillère, d’un ton froid.

Lucie fit une drôle de tête, ne s’attendait pas à la froideur de son interlocutrice. Les deux jeunes femmes, plus l'un des vigiles se dirigèrent d'un pas rapide vers le fameux salon de coiffure de l'une des nombreuses filles du président Sullivan, Luna. Luna se tenait prête, les bras tendus.

-Chéééérie, s'écria-t-elle, ravie. Je suis si contente de te voir pour de vrai. Maxou m'a tellement parlé de toi. C'est dingue ce que tu es grande. Et puis tu es belle. Et puis tu as de beaux seins, mon frère à bon goût. On va bien s'entendre toi et moi. Comment tu arrives à tolérer une teigne pareille, moi, je l'aurais largué y a des années. Mais on est pas là pour parler de moi, ahah. Non, vraiment.

La blonde eut la tête qui se mit à bourdonner tandis que la Lombax l'enlaça. Trop de phrases en si peu de temps, tout l'inverse de Max.

-Euh... ravie aussi. Mais qui êtes-vous ?

-Ah oui, pardon, où avais-je la tête. Je suis l'une des grandes sœurs de Maximilien, Luna Sullivan. On dirait pas parce qu'il ressemble beaucoup à sa mère et que moi je ressemble à la mienne.

Il était vrai que Luna et Maximilien ne se ressemblaient pas du tout. Luna était petite, ronde, au pelage charbon et aux yeux rouges alors que Max était de taille moyenne et maigrichon. Elle dégageait de la chaleur rien qu’à travers son sourire alors que lui était plus froid qu’un glaçon.

-J'espère que l'on sera amies, soupira Luna. Désolée pour mon enthousiasme mais j'avais vraiment hâte de te rencontrer.

Lucie lui adressa un sourire.

-Ce n'est grave, je suis ravie de te connaître aussi. Bon, apparemment tu dois me coiffer, on y va ?

Les yeux de la célèbre coiffeuse s'illuminèrent et elle lui indiqua de s'installer au niveau des lavabos pour lui laver les cheveux.

-Tu aimerais quel genre de coupe ?

-Ben en fait j'aimerais avoir les cheveux longs à nouveau, ça fait des années et ça me manque...

-Ça tombe bien, je sais pile la coupe qu'il te faut.

Mélorie sortit de la cabine vêtue d'un magnifique chemisier assorti à ses yeux et d'une jupe crayon noire. Kiara applaudit, émerveillée.

-Ça te va super bien ! Bravo Justine, dix sur dix.

Mélorie leva les yeux au ciel, ce que Kiara ne manqua pas de remarquer.

-Bon, maintenant que nous sommes seules, on va pouvoir discuter, c'est quoi ton problème ?

-Comment ça ? J'ai aucun problème avec toi, moi.

Kiara se leva et s'approcha doucement de la jeune femme qui recula d'un pas.

-Tu mens, je sais très bien que tu ne peux pas m'encadrer. Je peux vivre avec ça mais j'aimerais bien savoir pourquoi, parce que je ne t'ai rien fait.

La métisse battit de l'oreille gauche, agacée. Bon, quitte à faire, autant être honnête.

-R/K.

-Mmh ?

-Je suis amoureuse de lui.

Kiara ouvrit grand les yeux, attentive.

-Et donc ? Quel est le rapport avec moi ? Il t'aime bien, il me semble et moi je ne le connais pas et il ne m’intéresse pas.

Quelle réponse spontanée, elle n’avait pas hésité une seconde. Mélorie ne comprenait pas pourquoi elle n’avait pas même pas pris le temps d’y réfléchir.

-Le problème c'est que tu es belle et que tu es une princesse. Tu es ma rivale.

-Même si je ne veux pas sortir avec lui ?

La jeune femme acquiesça.

-Je vois. Moi, j'aimerais être ton amie alors je vais te donner un bon conseil. Au lieu d'être en colère contre moi et de me voir comme ton ennemie, tu devrais plutôt lui demander de sortir avec toi. Je n'y suis pour rien si tu es incapable de lui demander. Aussi, ne pigne pas si quelqu’un te le “vole”, tu ne pourras t’en prendre qu’à toi-même.

Mélorie pesta intérieurement, elle n'avait pas vu les choses sous cet angle-là.

-En plus de ça, tu sais très bien que je ne peux pas te le piquer à moins qu'il en fasse la demande auprès de mes parents. Comme tu l'as dit, je suis une princesse, la personne avec qui je vais me marier ne dépend pas de moi mais de la politique. Alors, copines ?

-Copines.

-Wow, tu es sublime, Lucie. Tu es vraiment très belle.

Lucie s'admira dans la glace. Luna avait fait un travail exceptionnel. Elle avait réussi à discipliner les mèches rebelles sur le front de la Lombax pour en faire une jolie frange. Les longues extensions blondes venaient adoucir le profil effronté de la jeune femme. On aurait dit une tout autre personne. Les larmes lui montèrent aux yeux. Cela faisait des années qu'elle ne s'était pas sentie aussi elle-même.

-Merci, c'est magnifique...

Seize heures. Kiara entra dans son atelier, sa clé dans une main, un sachet contenant de la junk food de l'autre.

-Jenna, prête à passer au niveau supérieur ?

-Toujours, votre majesté.

-Alors c'est parti.

La jeune femme fit entrer une équipe de robots mécaniciens.

-Jenna, tu connais la musique.

L'IA lança une play-list pop et Kiara se mit au travail. Tout se goupilla comme une symphonie. Elle ouvrit le vaisseau et entra à l'intérieur pour en modifier le réseau électrique afin qu'il puisse accueillir une entité comme Jenna. Ensuite, elle croqua dans son burger avant de bidouiller les contrôles du véhicule spatial. Après la jeune femme se dirigea vers les quartiers de survie. Toutes les cabines étaient prêtes. Parfait. Elle prit une gorgée de son soda. D'ordinaire notre princesse en bleu de travail ne s'autorisait pas ce genre d'écarts dans sa diète mais pas quand elle travaillait sur un projet aussi titanesque.

-Jenna, je vais te débrancher un peu pour pouvoir t’intégrer à UI du vaisseau.

Et elle le fit. Kiara se retrouva rapidement dans le noir de son atelier avant que l'IA de son père ne prenne le relais.

-Bonjour messieurs dames, je suis NEMO, l'intelligence artificielle créée par monsieur Smith.

R/K fit un bon de stupeur alors qu'il courrait sur un tapis de course, menant à sa chute inexorable.

-Bonjour NEMO, ça fait un bail.

-Bonjour, mademoiselle Smith. En effet, cela fait deux ans que vous n'avez pas eu besoin de mes services.

-T'en fais pas, ça ne prendra pas longtemps. J'ai besoin de reprogrammer Jenna. Appelle mon père.

La porte de l'atelier s'ouvrit, faisant tendre l'oreille à Kiara. Des pas lourds rencontrèrent la soute du vaisseau.

-Ça ne sera pas utile, bonjour mon petit ange.

Un sourire franc apparu sur le visage de celle qui n'était plus tout-à-fait une enfant et elle se retourna vers lui. Anton Smith était un Lombax au poil blanc neige et aux rayures rouges. Son visage était marqué par le stress de ces dernières années. Ses yeux bleus légèrement ridés souriaient en eux-mêmes.

-Papa !

Les deux s'enlacèrent et frottèrent leurs joues l'une contre l'autre.

-Tu veux intégrer Jenna au vaisseau, c'est ça ?

La jeune femme acquiesça.

-Et tu en es où ?

-J'en suis à la reprogrammation.

-La partie la plus complexe donc, je vais t'aider.

Lucie sonna à la porte d'un appartement de la partie huppée de la planète. Elle portait un perfecto en cuir, un short en jean ainsi qu'un top bleu marine.

-T'en fais pas ma belle, ce ne sont que tes parents...

L'isolation des premières années à Frémionne l'avait poussée à prendre l'habitude de discuter seule. Une Lombax de taille moyenne ouvrit la porte. Elle semblait avoir la cinquantaine, son pelage était doré avec des rayures brunes. Il lui manquait un morceau d'oreille droite, compensé par une prothèse. La femme fondit en larmes en voyant la jeune femme située devant elle.

-Salut, maman, lança Lucie, d'un ton hésitant.

-Ma petite fille...

La Lombax fendit sur sa fille pour la serrer dans ses bras qui protesta un peu, à la fois touchée et gênée.

-Lloyd, Justine, Denise, Anna, Joris, Lucie est revenue !

Un bruit de fracas se fit entendre au loin, faisant baisser les oreilles de la jeune femme. Un troupeau poilu accourut pour finir leur course sur les deux femmes. Lloyd était un cinquantenaire au pelage entièrement blanc et au visage marqué. Ses yeux jaunes brillant d'amour. Justine, Denise et Anna étaient des enfants dont les parents biologiques avaient été tués durant la Fuite. Justine était la plus grande avec ses dix-sept ans, Denise la benjamine avec ses seize ans et Anna, la cadette, qui n'avait que quelques jours quand la tragédie s'est produite. Joris était quant à lui un garçonnet mi-Lombax, mi-Cazar adopté par les Freeman car il fut abandonné à cause de son métissage. Les Freeman aimaient leurs enfants plus que tout au monde. Au total ils avaient adopté huit enfants et en avaient eu deux naturellement. À eux dix ils formaient une belle et grande famille.

-Que fais-tu ici, ma petite fille, demanda le père, ému.

-Papa, je ne suis une petite fille, je fais deux mètres !

-Oui mais pour nous, tu resteras toujours une petite fille tu sais, rit la mère.

Tous se relevèrent et rentrèrent dans la maison. Joris demanda à être porté par Lucie.

-Tiens d’ailleurs, Ju, j’ai vu une fille qui avait le même prénom que toi ce matin.

Cet appartement lui paraissait si familier mais en même temps si étranger. En effet, la jeune femme avait quitté sa famille pour suivre la formation offerte par l'Académie de Frémionne il y a une dizaine d'années et ne la retrouvait qu'une fois par an, pour ses congés. Il y a quatre ans de cela, Owen, le jumeau de Lucie leur avait offert un plus grand logement dans un meilleur quartier de la capitale et même si celui-ci sentait pareil que l'ancien, Lucie ne s'y sentait pas chez elle. Pire ! Elle s'y sentait extrêmement mal à l'aise. La petite famille se regroupa dans le salon. Sur un mur il y avait un énorme portrait des Freeman au grand complet. La jeune femme l'observa attentivement de gauche à droite et de haut en bas Victoire, la mère, y portait un très joli tailleur noir avec des talons. Lloyd portait un costume du même ton. Linda, la deuxième plus aînée portait une robe mauve très basique. Elle était une belle Lombax malheureusement abîmée par la Fuite. Tout le côté droit de son corps était robotisé. Son pelage doré rappelait celui de Victoire. Ses yeux éteints ne brillaient déjà plus et ne brilleront plus jamais. Lucie eut un pincement au cœur. Elle lui manquait terriblement et s'en voulait ne pas avoir pu aller à son incinération. À sa droite, Quentin, à qui il manquait une jambe. Il avait un sourire craquant et son pelage d'une douceur incomparable faisaient craquer toutes les filles. Bien qu'ils n'étaient pas si proches au vu de la différence d'âge qui les séparaient, la jeune femme aimait passer du temps à ses côtés pour boire un verre. Elle se promit d'ailleurs de le contacter sous peu pour se prévoir une sortie ensemble. Ensuite il y avait Edgardo. Ahlala, Edgardo ! Une phrase, un paragraphe, un récit ne pourraient pas relater correctement et entièrement le personnage ! C'était, pour faire simple, un bon vivant. Au milieu il y avait Rita et son épouse Wanda. Le portrait avait été pris à leur mariage. Elles rayonnaient. Et tout à droite il y avait Lucie et Owen. Les deux se ressemblaient beaucoup. Lui souriait à pleines dents et elle semblait ailleurs. En bas à gauche il y avait Justine, Denise, Anna et Joris qui n'était encore qu'un bébé, là, dans ses bras d'une de ses sœurs. C'était il y a deux ans. Avant la disparition de Linda. Lucie déroba son regard de ce portrait trop douloureux. Justine remarqua l'air perturbé de sa sœur. Elle était une belle jeune fille, petite, fine et surtout une Esr’ui. L'adolescente alla chercher des verres tandis que Denise partit prendre des petits gâteaux.

-Et maintenant, on voit si ça marche.

Kiara opina du chef et dans une synchronisation parfaite ils lancèrent Jenna. Une petite mélodie se fit entendre et de nouveau une panne de courant survient avant que la lumière ne revienne. Ils avaient réussi.

-T’es vraiment le meilleur, s’exclama Kiara, les yeux brillants.

-Tu sais, ce n’était pas grand-chose, j’ai juste eu à reconfigurer la carte neuronale de Jenna. D’ailleurs, regarde.

Il pointa une zone sur un hologramme représentant le “cerveau” de Jenna.

-En fait tu t’es trompée d’une virgule en codant cette partie-là. Tu devrais te relire plus souvent. Ton code est brouillon, Kiara.

La jeune Lombax fit la moue.

-Moi mon truc c’est les machines et toi le tien c’est de perfectionner et réinventer des IA. Chacun son domaine.

-Tu as sollicité mon aide, je te donne juste mon expertise. Et mon travail c’est de perfectionner les IA afin de pouvoir remplacer des zones neuronales trop abîmée, pas de jouer les apprentis Cragmites. Maintenant si tu t’estimes supérieure, je me dois quand même de te rappeler qu’il manque encore pas mal de choses sur le Scarlett et que ta deadline est demain alors tu ferais mieux de te remettre au travail.

-Et donc tu dis qu'on t'a affectée à la sécurité de Luvia, mais quel honneur !

Victoire frémit de fierté. Elle aurait eu la même réaction si elle avait appris que son enfant avait trouvé un job en tant qu'homme-sandwich mais cela faisait quand même plaisir à Lucie.

-Oui, fit la jeune femme en un petit rire, jouant avec son petit frère. Dites les filles, vous avez toutes grandi, vous allez bientôt me manger la soupe sur la tête, toutes, là.

Justine se mit sur la pointe des pieds pour tapoter la tête de sa grande sœur. Denise et Anna se jetèrent elle pour la chatouiller.

-Pas...

-Moyen...

-Qu'on...

-Soit...

-Aussi...

-Gigantesque...

-Que...

-Toi...

-UN JOUR !!

-Ah bah ça c'est pas gentil, répliqua Lucie, un peu agacée.

Elle en avait marre qu'on la traite de géante et de qualificatifs du même genre. C'est vrai quoi, qui est la personne qui a décidé qu'être petit c'était mieux, hein ? La jeune femme croqua dans un gâteau par dépit. Linda tendit un verre à sa sœur. Elle semblait préoccupée.

-Tu es sûre que ça va ? Tu fais une drôle de tête.

-Tu...tu es toujours amie avec la princesse Kiara ?

-Ben oui, pourquoi ?

-Tu... tu pourrais lui demander si je pourrais avoir un entretien avec sa majesté l'héritière-mère ?

-Bien sûr mais pourquoi ?

-Parce-que... j'aurais des questions à lui poser.

Kiara rentra dans l'appartement de la Scarlett Capsule, elle avait encore deux heures avant son rendez-vous arrangé. Son communicateur indiqua qu'elle avait reçu un message de Lucie dans le groupe de l'équipe. « Désolée, mes parents insistent pour je mange chez eux, on se voit demain. »

-Ah. Bon, je pense que je vais aller nager, moi, du coup.

La jeune femme se dirigea au sous-sol du penthouse, dans les vestiaires. Elle n'avait vraiment pas envie d'aller à ce rendez-vous et elle connaissait la rengaine. Le gars n'allait pas écouter un traître mot de ce qu'elle raconterait, voudrait la draguer et se plaindrait qu'elle n'en ait pas envie. Ces hommes ne cherchaient pas une partenaire de vie mais une place de choix dans les industries Smith et cela la dégoûtait au plus haut point. Celle qui était vue comme une princesse féconde ne les voyait que comme des insectes à écraser. Alors qu'elle commença à se déshabiller, Kiara vit des vêtements dans un vestiaire. Des sous-vêtements issus de Frémionne ? Ça ne pouvait pas être Maximilien, le connaissant, il ne porterait que des sous-vêtements de marque. Ils étaient décolorés par les cycles de machines et légèrement usés. Alors cela ne pouvait être que R/K. Elle décida de ne pas s'en occuper et se revêtit un maillot de bain une pièce rouge carmin, sa couleur fétiche. Ensuite, la Lombax attacha ses cheveux en queue de cheval et se mit en route vers la douche pour se désinfecter. Une fois ceci fait, elle entra dans l'énorme pièce contenant la piscine chauffée et remarqua Kanbeï, en grande difficulté face à son robot entraîneur qui le traînait par la queue pour qu'il rentre dans l'eau. Décidément, la cohabitation se promettait intéressante.

-Nan, je veux pas, je suis un militaire, pas un marin, au secours, geint-il.

Kiara éclata de rire. Surpris, R/K lâcha prise et termina dans l'eau. La Lombax le rejoignit en sautant de manière gracile dans l'eau. Quelle sensation ! Ciel que cela était grisant.

-Eh ben alors, on a peur de l'eau ?

-Ahahah, t'es pas drôle.

Première fois que R/K osait répondre franchement à Kiara, ce qui n'était pas pour lui déplaire. Elle nagea pour le rejoindre.

-Ah moi je trouve que je suis hilarante. Pourquoi t'es là, tu ne sais pas nager ?

-Si si, sauf que ta mère a hurlé quelque chose avant de me frapper à l'épaule et après elle a dit que j'avais besoin de nager et de me détendre et d'apprendre à vivre.

-Je ne sais pas pourquoi, je ne suis pas étonnée, c'est bien le style de maman.

-Oui mais pourquoi elle a fait ça ?

-Parce que tu as pris une balle dans l'épaule gauche il y a... six mois, tout au plus.

-Mais comment t'es au courant ?! T'es trop forte !

Sa bouche était grande ouverte. Kiara éclata de rire à nouveau.

-Non non, elle m'a envoyé un message tout à l'heure.

-Ah ? Bon...

-Mais du coup pourquoi tu n'aimes pas l'eau ?

-Je fais souvent un cauchemar dans lequel je me noie.

-Tu as vécu la Fuite, non ? Je n'ai rien pu lire dans ton dossier.

-Comment tu y as eu accès ?

-J'ai demandé à lire les dossiers de tout le monde avant d'accepter de participer à cette mission. Tu es orphelin et tu n'as aucun souvenir qui remonte d'avant la Fuite. Tu serais né trois ans avant la fuite d'après l'estimation de tes os.

Kiara savait que cette estimation était fausse. D'après sa mère, ils auraient tous les deux à peu près le même âge, ce qui indiquait que R/K avait vu le jour cinq ans avant avant la Fuite. Pourquoi cette erreur ? Mais elle se garda bien d'en parler au principal intéressé avant d'avoir de plus amples informations.

-C'est très impressionnant. Sinon tu penses quoi de la coupe de cheveux de Lucie ? Moi j'aime bien les filles aux cheveux longs.

-Ça lui va bien. Tu sais, quand on s'est connues, elle avait les cheveux encore plus longs que ça.

-Ça fait combien de temps que vous vous connaissez ?

-J'avais onze ans, Lucie douze. On était au premier match de la ligue 1 junior de basket. C'était le premier match d'Owen, son frère. Lucie était encore de taille moyenne à ce moment-là. Un gamin m'a attrapée et a essayé de m'embrasser. J'ai hurlé mais personne ne m'a entendue, sauf Lucie. Elle l'a cogné tellement fort qu'elle lui a cassé la truffe. Malheureusement le gamin c'était pas n'importe qui. Darren Hilton.

-Qui ?

-Le fils du ministre de l'économie. Ses parents ont menacé Lucie d'empêcher Owen de devenir pro, en échange de leur pardon, elle devait aller à Frémionne. Depuis, on est inséparables.

-Eh beh... je reconnais bien Lucie, rit-il. Mais cette histoire est horrible.

-Je ne sais pas si je devrais te le dire mais Lucie voulait devenir danseuse de ballet à la base. Rien à voir avec la montagne de muscles qu'elle est devenue.

Kiara soupira.

-J'ai rendez-vous avec le fameux Darren tout à l'heure, je n'ai pas envie. J'aurais trop envie de le frapper...

Un bruit de gifle retentit. Kiara tomba au sol, sonnée. Son assaillant, un Lombax petit et musclé se tenait devant elle.

-Comment oses-tu sortir le prénom de cette traînée ?! Elle m'a cassé la truffe !

-Tu avais... tu avais essayé de m'embrasser de force !

-On était des mômes, c'était pour rire.

Il tourna le dos à Kiara.

-Et puis de toute façon, quand tu deviendras ma femme, je ferais plus que d'essayer de t'embrasser.

Elle eût envie de vomir. Cet abruti rit. Un rire gras.

-Faudrait-il encore que j'accepte, siffla-t-elle, en colère.

-Oh mais tu accepteras, comment refuser ? Je suis beau, aussi intelligent que toi et je n'ai plus qu'à le demander à mes parents, réfléchis déjà à ta robe. Et puis si les tiens refusent, y a toujours le chantage...

-Et si je dis aux miens que tu viens de me frapper ?

-Je dirais que c'était un accident, que je suis fou de toi. Je suis intouchable. Considère-toi comme la future madame Darren Hilton. Hâte de voir ce que tu vaux au lit, double-face.

Darren s'en alla, laissant Kiara gisant au sol, la joue gonflée. Son premier réflexe fut de composer le code de Lucie avant de se raviser. À la place, elle appela un autre numéro.

-Oui, allô, chantonna une voix chaleureuse, Owen Freeman à l'appareil.

Kiara se mit à pleurer.

-Eh, petit ange, pourquoi tu pleures ? C'est de joie j'espère.

-Tu peux venir me chercher ? J'ai besoin de mon meilleur ami...

La jeune femme entendit un bruit de verre brisé et de chute.

-Allô... ?

-J'arrive, j'arrive, mais t'es où, demanda-t-il, pressé.

-Au Steak Saignant...

-Ah ben j'arrive tout de suite, petit ange !

Le voyage jusqu'à l'appartement d'Owen se fit dans le silence. Kiara ne cessa pas de renifler, honteuse, recroquevillée.

-Qui t'a fait ça ?

La brunette ne pipa mot. Le Lombax avait le coude appuyé contre la vitre, les sourcils froncés, jetant de temps en temps un regard vers son amie.

-Tu dois me le dire. Tu as vu comment ta babine est enflée ? On t'a agressée.

-Je ne peux pas te le dire...

-Et pourquoi ça ? Tu es une princesse pour l'amour de Fastoon. Tu n'avais pas de garde du corps ?

-Non, tu me connais, je veux être vue comme la personne que je suis et une princesse en détresse.

-Oui, je sais, Kiara. Mais regarde ta joue... je mourrais de désespoir s'il t'arrivait quoi que ce soit...

-Tu es gentil...

-Je suis pas gentil, c'est la pure vérité, tu es si chère à mes yeux. Tu sais, Kiara, on en a parlé avec Lucie et on aimerait que tu arrêtes d'aller à ces rendez-vous arrangés. Tu es jeune, si tu dois tomber amoureuse, ça se fera naturellement. Oui, après, tu vas dire que ça ne nous regarde pas mais on est tes meilleurs et surtout, seuls amis.

Kiara tourna la tête vers Owen. Elle l'avait toujours trouvé mignon mais sans plus sauf que maintenant ils avaient grandi. Il ressemblait beaucoup à Lucie, du pelage aux rayures sauf que son visage était plus marqué, masculin tout en restant délicat. Il avait tout du géant doux. Il portait un sweat rose, bleu et jaune, un short de sport rouge ainsi qu'une paire de baskets rouges et blanches. Ses pieds étaient grands. Bien plus grands que ceux de sa sœur. Le vaisseau de luxe arriva sur l'une des lunes de Luvia. Owen aida Kiara a descendre et ils rentrèrent dans l'immense villa de luxe du jeune homme. Tout était richement décoré en bois de Frémionne et de toutes les couleurs.

-C'est bien trop grand pour une personne seule, tu ne penses pas, demanda la brunette.

-Ben oui, j'avais demandé à mes parents de venir vivre avec moi mais ils ont refusé.

-Tu peux aller t'installer dans le salon, je vais aller te chercher de quoi te changer et nettoyer ta blessure. Après tu pourras aller te reposer dans la chambre d'ami.

Sa voix était grave et inquiète. Kiara s'exécuta et s'installa dans le canapé grand luxe de son ami. Tout semblait être gigantesque à côté d'elle. Owen revint peu de temps après, lui tendant un sweat rouge.

-Tu t'es souvenu de ma couleur, souffla-t-elle.

Il souriait à pleines dents.

-Comment pourrais-je l'oublier, tu es à tous mes matchs, toujours habillée en rouge.

-Comment tu sais que je viens à tous tes matchs ?

-Parce que la plus belle de tout le stade, c'est toujours toi.

Kiara plongea son regard dans celui d'Owen, elle n'y vit qu'une infinie douceur.

-Tu ne penses pas ce que tu dis, fit-elle en riant.

-Tu veux parier combien ?

-Ce que tu veux.

-Une partie de « Danse Jusqu'au Bout de la Nuit ». Mais juste une seule, j'ai un match demain soir. Mais ça, tu es au courant, n'est-ce-pas ?

-Pari tenu. J'ai prévu d'y venir, ne t'en fais.

-Bon alors tu as perdu, change-toi, on va s'éclater. Dis, tu veux boire quelque chose ?

-Tu as du vin ?

-Mais tu as quel âge enfin ?!

Owen éclata de rire.

-Mais c'est trop bien comme boisson, c'est le nectar qui crie « sexe fougueux jusqu'au bout de la nuit » !

-Est-ce une invitation, demanda le jeune homme, toujours mort de rire.

Kiara devint rouge comme une tomate, ses oreilles tombant de honte.

-T'es trop mignonne quand tu dis des trucs que tu n'assumes pas. Enfin, peu importe, change-toi, je vais te chercher ça.

Le jeune homme se dirigea d'un pas léger et aérien jusque dans sa cuisine tandis que Kiara retira sa robe et enfila le pull d'Owen. Sur elle, on aurait dit une robe. C’était très confortable. Elle porta ses manches à sa truffe et le renifla, les yeux fermés. Il sentait comme Owen, ce qui était normal mais aussi comme Lucie.

-Je peux revenir ?

-Oui oui.

Le Lombax revint avec deux verres, un pour le vin et une gourde, ainsi qu’avec une bouteille de vin d'un excellent cru. Il tendit un verre à son amie. Soudain, le communicateur de Kiara sonna. C'était Lucie. Owen lui fit signe de décrocher en faisant le clown.

-allô ? Kiara, Kiara ! T'es où ? Il est tard.

-Je suis chez mes parents, je rentre demain matin, ne t'en fais pas.

-Ou rentre pas, comme tu veux, lança Maximilien.

-Passe une bonne soirée, cria Mélorie.

-Dors bien, s'exclama R/K.

La jeune femme ne put s'empêcher de sourire. C'était donc ça, avoir des amis.

-Bonne soirée à vous aussi, je ramène le repas de midi ! Bisous bisous.

Elle raccrocha.

-C'était qui, tu as l'air de bien l'aimer, dis.

-Ce sont des amis.

-Tu as des amis à part moi et Lucie ? Non, jure !

-T'es con, sourit-elle.

-C'est comme ça que tu m'aimes, non ?

La jeune femme fronça les sourcils. Décidément, ce soir il était vraiment étrange.

-Bon, on joue, petit ange ?

Les deux Lombax dansèrent comme si leur vie en dépendait sur des titres pop très en vogue. Au bout d'une vingtaine de minutes, Kiara s'écroula sur le canapé et soupira un grand coup.

-J'arrête là, je suis éclatée.

-Petite nature va, fit Owen, en la bousculant avec sa jambe, un peu moqueur. Tu devrais bosser ton cardio.

-Mais on vient de faire dix chansons d'un coup, n'importe quel Lombax normal serait fatigué !

-Mais tu n'es pas une Lombax normale et moi non plus d'ailleurs.

-Tu es vraiment bizarre, ce soir, toi. Pourquoi cette avalanche de compliments ?

-Tu veux la vérité ?

-Ben oui, sinon je ne te demanderai pas.

Owen poussa un soupir et s'installa près de son amie. Il tourna la tête vers elle.

-Oh et puis merdouille. Ça fait des années que je suis amoureux de toi.

Kiara écarquilla ses yeux vairons. Owen, son Owen, amoureux d'elle ? Elle ne l'aurait jamais cru. Elle l'avait toujours trouvé mignon mais est-ce qu'elle était amoureuse de lui ? Elle n'en savait rien. Mais il l'attirait. Beaucoup. Quand il l'appelait « petit ange », elle se sentait fondre. Quand il lui faisait un sourire, elle se sentait partir. Est-ce que c'était ce que Mélorie ressentait en pensant à R/K ? Mais est-ce qu'il s'agissait vraiment d'amour ? Il se releva, mit sa capuche sur sa tête, résigné. Pourquoi voudrait-elle de lui, il n'était qu'un ami d'enfance après tout.

-Mais tu sais, si tu ne m'aimes pas, c'est pas grave, mes sentiments ne regardent que moi.

Oh et puis zut ! Elle verrait bien si elle en était amoureuse. Kiara se releva du canapé, utilisa la table basse comme tremplin et se posta sous le museau d'Owen.

-Dis, je peux t'embrasser, demanda-t-elle.

Pris au dépourvu, il acquiesça. Ce baiser était maladroit. Très maladroit mais aux yeux d'Owen il était parfait.

-Ah ben ça alors...

-Bon par contre je vais te poser une question, la suite de cette soirée va dépendre de ta réponse.

-Euh, oui, bien sûr, tout ce que tu veux.

-Si j'arrête d'aller à mes rendez-vous arrangés, tu deviendras mon compagnon de manière officielle ?

Le visage du jeune homme s'illumina.

-Ah ben bien sûr, j'en serais ravi !

-Eh ben je suis d'accord pour devenir ta compagne.

-C'est cool.

-Ça l'est.

Un blanc se fit rapidement entendre.

-Mais pour l'instant j'aimerais que ça reste entre nous, j'ai des choses à régler avant d'en parler à la presse.

-À la presse, carrément, s'exclama Owen, surpris.

-Mais tu t'attendais à quoi, ta meuf est une princesse.

Les mots de Kiara retentirent dans la tête du jeune homme et sa queue battait de contentement. Il était très clairement sur un petit nuage. Il adorait « son petit ange ». Il lui avait donné ce surnom quand ils étaient au collège. Quand il est entré chez les pros juniors, on l'avait transféré au prestigieux collège Ratchet Kanbeï, dans la section sport-études et Kiara lui avait prêté son mouchoir un jour où il s'était blessé à la truffe. Depuis, et grâce à Lucie, ils étaient devenus très amis. Il avait toujours admiré son intelligence et sa créativité hors du commun ainsi que son sale caractère qu'il trouvait très plaisant. Owen s'en fichait bien qu'elle soit princesse ou issue des bas-fonds de Luvia, belle ou laide, il l'aimait telle qu'elle était.

-Allô Luvia, ici Kiara, tu vas bien ?

-Désolé, j'suis juste trop content.

Il lui attrapa les mains. Elles étaient si petites par rapport aux siennes. Et si délicates malgré les calures sur sa main gauche. Celles d'Owen étaient très abîmées par le sport et le basketball, il lui manquait d'ailleurs quelques poils à cause des frottements. Kiara ferma les yeux pour mieux ressentir l'histoire de son petit ami à travers ses doigts. Une des seules choses qu'ils lui restaient de la culture Fa. L'idée lui vint d'essayer demain sur R/K pour voir si elle pouvait en tirer quelques infos en plus.

-Qu'est-ce que tu fais ?

-Tu devrais boire plus d'eau et utiliser de la lotion pour tes poils. Tu es soucieux malgré ton bonheur apparent. Tu as des soucis ?

-Ma sœur me manque.

-Je croyais que vous vous parliez par communicateur au moins une fois toutes les semaines ?

-C’est quelque chose que tu ne peux pas comprendre, on a un lien, elle et moi. Et j’ai besoin de la voir en vrai. Enfin, c’est bientôt, la Célébration, j’espère qu’on se verra à cette occasion.

Il l’ignorait encore mais Kiara avait déjà prévu leurs prochaines retrouvailles. Le mois précédent, elle avait acheté quatre places de plus que d’ordinaire et espérait se rapprocher de ses coéquipiers en passant de petits moments comme celui-là. Et maintenant elle avait hâte d’y être.

Notes de fin de chapitre :

Eh oui, ces dernières sont de retour parce que c'est ma fan fic et que je fais ce que je veux, mouhahaha ! Plus sérieusement, j'aime beaucoup ce format où je peux donner mes retours sur le chapitre et la suite des événements. Donc j'ai décidé de les remettre. En jaune. Parce que j'adore le jaune. Bon. Ben voilà, la petite peste est casée. J'ai été très mal à l'aise en écrivant ce chapitre pour la simple et bonne raison que je déteste écrire des histoires d'amour et qu'en plus de ça, la Scarlett Capsule n'en est pas une. Cependant je me réjouis déjà du chapitre 5. Petit indice : Lucie, fitness et match de basket. Voilà voilà, à la prochaine !Lucie se leva du mauvais pied ce matin-là. Elle enfila un jogging ainsi qu’un t-shirt un peu large mais un peu juste au niveau de la longueur. Cela devait être celui de Maximilien. Lui ronflait encore. Après tout il n’était même pas cinq heures du matin. La jeune femme l’embrassa sur le front et quitta la pièce pour aller déguster un bon thé bien chaud sur le balcon. Luvia était resplendissante. Un coin dormait encore tandis que l’autre frétillait déjà d’activité. L’air était un peu frais mais agréable. Quand elle était encore à Frémionne, Lucie se demandait souvent à quoi aurait ressemblé son adolescence si elle n’avait pas frappé ce garçon ce jour-là. Elle soupira.

-Tiens, t’es réveillée, demanda R/K, se glissant sur le balcon pour s’assoir à ses côtés.

Elle acquiesça.

-Et toi ? Il est encore tôt, tu devrais retourner dormir. Cet après-midi on essaie les uniformes de combat, on va devoir faire une simulation pour savoir si ça nous va.

-Justement, je n’ai pas sommeil. Tu trouves pas que ce projet est dingue ? Je comprends pourquoi on a été choisis, toi et moi. Je veux dire, c’est pas comme si tu affichais publiquement que ton frère est une giga star.

-Attends une seconde, je croyais que tu ne connaissais rien aux équipes de sport.

-J’ai passé la nuit à essayer de me mettre à la page. J’en ai marre de me faire traiter de bouffon par Max.

-Ce n’est pas parce que tu n’as connu que Frémionne toute ta vie que tu es un bouffon. Regarde-toi, t’es une machine de guerre, tu sais comment survivre en terrain hostile, tu as l’esprit d’équipe et puis tu es le mec le plus gentil que je connaisse. Moi je sais pourquoi nous avons été choisis. Parce qu’on s’est battus pour avoir enfin un peu de reconnaissance. Tu es plus que « R/K l’orphelin ». Tu es un type génial et j’ai adoré t’avoir comme cadet.

R/K afficha un sourire timide.

-Merci, j’ai adoré être sous tes ordres aussi, tu sais. Au fait, j’ai bien conscience d’être bizarre quand Kiara est là.

Lucie fit un signe de tête.

-Je sais pas pourquoi mais elle me rend tout chose…

-Par pitié, garde tes hormones pour toi, fit la jeune femme, faussement choquée, en tirant la langue.

-Mais t’es bête !

-Désolée.

-… enfin bref. J’ai la nette impression de l’avoir déjà connue mais c’est impossible, pas vrai ?

-Je ne sais pas, tu sais, on avait plein de mondes habités avant la Fuite. Moi j’ai eu de la chance, je venais des colonies.

-Oui, le pelage blanc sans rayures rouges, c’est le signe des Lombax coloniaux même si désormais ça ne veut plus rien dire.

-Tiens, je vois que quelqu’un a bien étudié le cours d’anatomie Lombax.

-Je suivais plusieurs unités à la fois. Après-tout, comme je rentrais pas durant les vacances, j’ai eu plein de temps pour tout bien étudier.

-C’est vrai. Enfin bon, un jour on retrouvera ta famille, t’en fais pas.

Elle lui tapota l’épaule affectueusement.

-Et puis si pas tu peux toujours devenir un Freeman si tu veux, fit-elle avec un petit rire.

-J’y songerai.

Lucie avait toujours eu cette attitude envers lui. Elle était comme une sœur à ses yeux. La blondinette savait comme l’embêter mais elle savait aussi l’aider quand il le fallait.

Aza Lee était une femme moderne, exemplaire, intelligente, puissante. Sa voix puissante et claire, quoique charmante grâce à ce petit accent qu’elle n’avait jamais perdu, était respectée de tous. Même Keith n’osait pas lui tenir tête. Adorée par Anton, leur couple était un exemple à suivre.

-Mais maman, puisque je te dis que c’est juste un orphelin quelconque !

La Lombax se retourna et fit signe à Kiara de se taire. Elle était un peu plus grande qu’elle, son visage était moins poupon, plus fin. Ses grands yeux en amande vairons, un vert d’eau présentant la même anomalie que sa fille et l’autre marron mettaient sa fourrure gris perle en valeur.

-Je te dis que je connais cette excroissance au niveau de l’épaule.

-Ça ne veut rien dire. Oui il n’est pas né l’année indiquée dans son dossier mais ne veut pas dire que c’est le fils de quelqu’un que tu connais.

-Et qu’est-ce que tu en sais ?

La Lombax se remit à avancer, visiblement troublée.

-De un, il n’est pas Fa…

Elle singeait les chiffres avec ses doigts.

-… de deux le vaisseau avec toutes les guerrières Fa et leurs familles a explosé à cause de Tachyon et de trois et même si c’était lui, ça ne veut pas dire que les Fa ont survécu !

Aza Lee se stoppa et se mit à trembler et se retourna en hurlant.

-Ça veut dire que nos sœurs sont encore peut-être en vie ! Ça veut dire que je pourrais t’enseigner notre culture ! Ça veut dire que peut-être qu’elles ont besoin de nous !

Elle s’écroula, ses yeux envahis par des larmes amères au goût affreux de regret.

-Je ne suis qu’une incapable, à cause de moi il n’y a plus d’espoir pour notre peuple…

Kiara se jeta dans les bras de sa mère.

-Maman, ce n’est pas de ta faute. C’est de la faute d’Alistair Azimuth et de Tachyon. Tu n’y es pour rien…

-… allez bande de larves, je veux vous voir au top de votre forme, cria Lucie faisant les cent pas devant Max, R/K et Mélorie qui faisaient des pompes dans le salon du Scarlett condo.

-Je croyais que c’était moi le chef, pesta Maximilien, à bout de souffle.

Elle l’ignora et se posa sur son dos, le faisant s’écrouler au sol.

-Tu pourras faire le chef quand tu l’auras mérité.

-Mais ça te vient d’où ce sale caractère ?

-C’est à force de coucher avec toi, tu dois déteindre sur moi.

Mélorie pouffa de rire, trébuchant de fait. R/K, quant à lui, restait concentré même s’il était plié de rire à l’intérieur.

-Mais pourquoi vous vous marrez, râla le chef de la Scarlett Capsule.

-Parce que tu as oublié que Lucie est notre responsable fitness, ironisa R/K.

Maximilien se débattit du mieux qu’il pouvait jusqu’à ce que Lucie se lève d’elle-même. Pile à ce moment-là Kiara rentra dans l’appartement.

-Eh ben, qu’est-ce qu’il se passe ?

La jeune femme fendit sur la Lombax, le démon dans le regard, l’attrapa et la souleva.

-Il se passe qu’il est l’heure du sport.

-Ben non, il est midi.

Kiara se retrouva à faire des pompes, des abdominaux et des squats, en râlant de concert avec Maximilien. Même s’ils le savaient déjà, ça leur fit du bien de se rappeler que quand Lucie avait une idée dans la tête, elle ne l’avait pas ailleurs.

Lucie regarda l’heure et à treize heures laissa la Scarlett Capsule aller se laver et manger les plats que Kiara avait ramenés. Vers quinze heures, un vaisseau-limousine vint chercher les cinq jeunes gens pour les emmener dans les laboratoires de recherches du gouvernement. Keith se tenait là, en costard cravate noirs, chaussures cirées. Il affichait une expression neutre. Il se laissa à un soupir et arbora un sourire superficiel. L’homme était accompagné d’une Lombax au pelage brun et aux rayures blanches. Sûrement une descendante d’un hybride Lombax-Cazar. La Scarlett Capsule descendit du vaisseau et salua le président comme il se doit, c'est-à-dire d’un timide signe de tête poli.

-Bien le bonjour, jeunes gens. Vous savez pourquoi nous-sommes ici aujourd’hui ?

Tous hochèrent la tête.

-Bien, ne perdons pas de temps.

Le petit groupe marcha longtemps, bercés par le bruit de leurs pas dans un très long couloir assez peu éclairés. Ils arrivèrent après une dizaine de minutes dans le labo dédié à la Scarlett Capsule. Kiara le connaissait déjà, elle y était venue une fois pour y déposer un terminal pour Jenna. Il n’y avait personne à part une des scientifiques du complexe.

-C’est normal que ce soit vide, demanda Maximilien.

Keith soupira.

-Fils, vous êtes ici pour essayer des tenues, il n’y a pas besoin d’y avoir foule.

-Oui, vous avez raison, excusez-moi.

Les oreilles du jeune homme remuèrent un peu, montrant sa contrariété. Son père parlait si bien et toujours en si peu de mots et surtout il ne l’appelait jamais par son prénom. Au mieux il avait le droit à un « fils » et au pire à « traitre d’Azimuth ». Azimuth faisant à la fois référence à sa mère et aussi surtout à son oncle. La Lombax inconnue indiqua aux filles l’emplacement des vestiaires ainsi qu’une valise chacune contenant leurs uniformes. À l’intérieur se trouvait deux uniformes bien distincts, un de combat et un d’apparat. Les filles décidèrent d’un signe de tête de commencer par celui de combat. Il était découpé en cinq parties distinctes. Tout d’abord, elles enfilèrent les sous-vêtements composés d’une culotte haute et d’un soutien-gorge à manches longues puis les chaps-bottes qui remontèrent jusqu’à la taille. Kiara observa les bottes de ses comparses puis les siennes. Ses oreilles commencèrent à s’agiter.

-Eh, pourquoi les vôtres sont normales et les miennes ont des talons, pesta-t-elle.

-Surement pour qu’on puisse te filmer correctement pour l’holo-tv, répondit Mélorie en fermant l’attache de ses chaps. Je sais pas si tu as remarqué mais tu n’es pas particulièrement grande et Lucie, au contraire l’est.

Lucie eut un petit rire en voyant l’air décontenancé de Kiara.

-Tu marques un point. Bon, Vous êtes à l’aise, vous ?

-Je trouve ça un peu trop sexy pour le moment, fit remarquer Lucie.

Elles continuèrent d’enfiler leur tenue. Après le soutien-gorge et les chaps venait le body qui s’enfilait par-dessus. Les jeunes femmes remontèrent la fermeture éclair jusqu’au col roulé. Ensuite les gants pour finir par le gilet pare-balles venant se greffer au body. Lucie fit quelques mouvements pour essayer sa tenue, bien que très moulante, elle épousait bien le corps et lui donnait l’impression d’être nue. Toutes les pièces étaient rouges avec des bandes blanches sur les chaps.

-Wow, tu as un sacré corps, fit remarquer Mélorie, admirative.

-Tu n’es pas mal non plus, rit la blondinette.

Kiara opina du chef, du même avis.

-Vous êtes des bombasses et j’ai hâte de botter des culs à vos côtés.

Lucie fit un beau sourire. Elle reconnaissait bien là sa meilleure amie. Sous ses allures de peste se cachait une petite Lombax au cœur tendre.

-Qu’est-ce-qui se passe, demanda Mélorie.

-Oh ça c’est rien attends de voir quand elle est bourrée, un vrai cœur d’artichaud, ironisa la Lombax au regard doré.

Kiara fit la moue, entre la vexation et l’amusement. Bon, il était temps de passer aux accessoires. Une ceinture, un sac à accrocher à la cuisse droite ainsi qu’une paire de lunettes connectées. Elles étaient fin prêtes. Elles sortirent du vestiaire en même temps et prirent la pose en effectuant un tour sur elles-mêmes. Maximilien ne fit attention ni à Mélorie ni à Kiara, son regard était obnubilé par Lucie. « Sa géante », comme il s’amusait à la surnommer était vraiment ravissante. L’uniforme mettait en valeur ses longues jambes galbées et musclées, ses hanches larges, sa taille marqué et sculptée dans le plus noble des matériaux. On aurait dit les légendaires guerrières Fa, sans peur et sans reproche.

-Wow, trop la classe, s’écria R/K admiratif. Regardez-moi cette matière ! C’est quoi, des fibres de raritanium montées en hexagones pour une plus grande souplesse et légèreté ?

La scientifique eût les yeux qui s’illuminèrent.

-C’est tout-à-fait ça ! Ravie de voir un connaisseur. Mieux que ça, nous l’avons grâce au secret de fabrication des tenues des guerrières Fa, il est pratiquement indéchirable et permet d’amortir les coups ainsi que les tirs, il s’agit du dernier cri en termes de tenue de combat !

Fa par ci, Fa par-là, Kiara claqua sa langue. Elle en avait marre qu’on en revienne toujours à un peuple en voie d’extinction. Pouvait-on vraiment parler de peuple à ce stade ? Il n’y avait même plus de reine ni de véritables princesses donc à quoi bon essayer de les fourrer dans n’importe quelle discussion ?

-Au fait, votre majesté, nous avons customisé votre costume selon les spécifications annotées dans votre dossier médical écrites par sa sérénissime excellence.

-Ah, c’est pour ça les talons ?

-Non, c’est juste pour qu’on puisse vous filmer correctement lors de vos apparitions publiques.

Lucie éclata de rire, de concert avec Mélorie. Les deux se tapèrent dans les mains. Kiara soupira et leur donna une petite tape à chacune, un petit sourire au coin des lèvres. La Lombax au pelage brun indiqua aux garçons qu’il était temps pour eux d’essayer leurs uniformes. Ils entrèrent les mêmes vestiaires que les filles. R/K huma un peu le lieu. Sa truffe remuant légèrement.

-Pervers.

-Hein, quoi ?! Mais non !!

-Détends-toi, je plaisante. J’adore l’odeur du parfum de Lucie, dès que l’as dans la tête, impossible de l’en sortir. C’est comme elle en fait.

-Dis, comment t’as su que c’était elle et pas une autre, demanda R/K, curieux.

-Comment je l’ai su ? Lors de notre première dispute. C’était au bal de fin d’année. J’étais seul, prêt du buffet à volonté…

-Ça d’ailleurs, râla R/K en ouvrant le contenant de la valise, j’ai toujours trouvé injuste que tu puisses passer ta vie à t’empiffrer sans jamais prendre de gras !

Maximilien prit un air agacé.

-…pardon.

-… bref. Je disais donc, j’étais en train de becter tranquillement quand une connasse a renversé son verre sur mes affaires. Je me suis donc retourné et là je l’ai vue. Grande, très grande. Des modèles comme elle, on en fait plus. Evidemment, je la connaissais, on a fait nos classes ensemble avant de passer cadet mais je ne lui avais jamais parlé. Elle me faisait pitié à l’époque et elle ne faisait pas cette taille, surtout. Elle avait essayé de faire un chignon avec ses cheveux mais c’était limite. Mon regard s’est plongé dans le sien et là j’ai su. De tels yeux, tu n’en vois pas beaucoup. Je ne te parle pas de leur couleur mais de l’étincelle. On aurait dit celle qui brillait dans les yeux de ma mère. Et puis même de visage. Regarde-là et ose me dire que tu as déjà vu un visage pareil ? Enfin bref. Tu me connais, j’ai commencé à hurler. Elle s’est confondue en excuses. Je lui ai dit que j’en avais rien à foutre. Elle m’a trainé par le col jusqu’aux toilettes et elle a nettoyé mon treillis. Après on a discuté et deux mois après on était en couple.

La queue de R/K battait d’impatience de savoir la suite.

-Oui mais qu’est-ce que tu aimes chez elle ?

-Son caractère de merde et son magnifique sourire. Elle m’en fait baver parfois mais j’ai conscience d’être comme je suis. Je pense que ma mère et Lucie auraient pu être très copines. En tout cas je sais que je veux épouser cette femme un jour. Allez, habille-toi avant que la meuf flippante de tout-à-l ’heure vienne nous passer un savon.

Le jeune homme acquiesça et s’exécuta. Dans la valise il trouva évidemment l’uniforme d’apparat mais il se concentra surtout sur la tenue de combat. Comme celle des filles, elle était rouge écarlate mais au lieu d’être découpée en une multitude de pièces, ici il n’y en avait que trois. Une combinaison, un t-shirt blanc ainsi qu’un gilet pare-balles. Niveaux accessoires, on y trouvait à peu près la même chose que pour les filles mais R/K avait une pièce en plus, un sac-à-dos pour y ranger son fusil-flux. Une fois prêts ils sortirent du vestiaire pour avoir l’avis de leurs co-équipières ainsi que celui du président.

Grand stade de Luvia, dix-neuf-heures cinquante. Plus que cinq minutes avant l’entrée des joueurs sur le terrain. Owen était assis sur un banc dans les vestiaires. Il soupira avant de se relever, avala une gorgée d’eau et rejoignit son équipe. Il fit un check à Franklin, son meilleur ami. Les cheerleaders étaient là. Une femme fit un signe de la main au jeune homme depuis les gradins. C’était… Angie. Angie était une belle Lombax au pelage noir et aux rayures blanches avec laquelle il était sorti à une époque. Il serait malvenu de dire que leur histoire s’était bien finie.

-Vivi n’est pas avec elle, pensa-t-il. En même temps, il n’a que deux ans, pas sûr qu’un stade bondé à cette heure-là soit une bonne chose.

Le géant soupira.

-Eh beh, t’as encore un ticket avec elle, on dirait, lança Franklin.

-Ça ne m’intéresse pas.

-Rho mec, t’exagères. C’est Angie pour l’amour de Fastoon !

-Justement, c’est Angie. Mais de toute façon je ne suis pas dispo en ce moment donc t’as qu’à tenter ta chance, toi.

-J’aimerais bien mais c’est aussi la mère de ton fils…

-Tu sais, ce n’est pas ça qui me dérangerait. Ça me ferait plaisir que Victorien aie un super beau père comme toi. En ce qui me concerne, moi, j’ai déjà quelqu’un de toute façon.

Owen tapota sur l’épaule du Lombax et se mit en position quand un petit clic se fit entendre dans son oreillette. Il entra sur le terrain comme s’il était en terrain conquis. Les très nombreux spectateurs scandaient son nom ainsi que celui de ses coéquipiers. Dans les gradins se trouvait la Scarlett Capsule au grand complet. Maximilien portait un sweat rouge et un pantalon en toile. Il dévorait un hot dog avec appétit. Kanbeï, quant à lui, portait une veste en jean et un t-shirt gris. Le jeune homme était émerveillé par le spectacle qui se déroulait sous ses yeux. C’était trop la classe de pouvoir assister à un match des Guêpes de Luvia contre les Souris des sables de Frémionne. R/K était un grand fan des Souris des sables dont la plupart des joueurs venaient de l’Académie. Mélorie était venue parce que tout le monde y venait. Elle n’était pas particulièrement fan de basket, elle préférait la boxe. La jeune femme portait une robe patineuse rose pâle avec un châle noir. Kiara, quant à elle portait le sweat qu’Owen lui avait prêté avec un short en jean. Elle était très concentrée sur le match.

-Allez les Guêpes, hurla-t-elle lors d’une remontée de terrain. Explosez-les !

-Effrayant, pensa Max en la voyant remuer comme un beau diable.

Pour finir il y avait Lucie. La blondinette se rongeait les sangs, très inquiète. Pas pour le match, elle savait très bien qu’Owen allait gérer. Justement, il venait de marquer un panier à trois points. Non, ce qui la préoccupait c’était la perspective de le revoir et de lui parler. L’idée de s’enfuir lui traversa l’esprit une dizaine de fois. Les larmes lui montèrent aux yeux. Kiara remarqua le désarroi de sa meilleure amie et lui donna un petit coup de coude pour attirer son attention.

-Eh, chérie, tout va bien, lui demanda-t-elle en essuyant une grosse larme qui roula sur le pelage de la blondinette.

-J’ai peur, j’ai si peur. Et s’il ne voulait pas me parler ?

-Mais vous vous parlez au communicateur au moins une fois par semaine, pas vrai ?

-Oooooui… mais c’est pas pareil, souffla-t-elle, mal à l’aise. La dernière fois qu’on s’est vus en face à face je lui ai dit des choses terribles que je regrette…

-Connaissant Owen, c’est oublié. Et puis hier il m’a dit qu’il avait hâte de te revoir.

Kiara sirota une gorgée de son soda et Lucie eût une sorte d’épiphanie.

-Comment ça ? Tu l’as appelé hier ?

La Lombax avala une gorgée de travers en détournant la tête. Elle sentait le regard inquisiteur de sa meilleure amie et n’osait pas le soutenir.

-N-non… on a bu un verre hier.

Lucie fit de plus gros yeux.

-… on s’est embrassé…

Les yeux de la blonde semblaient prêts à sortir de leurs orbites. Kiara se sentait de plus en plus pressée et mal à l’aise.

-Et j’ai couché avec, finit-elle par souffler, à demi-mots.

Lucie s’étrangla à moitié.

-Pardon ?! Tu mens ? Dis-moi que tu mens !

Kiara fit non de la tête. Pile à ce moment-là on sonna la mi-temps. La jeune femme se leva, fit un signe de tête poli et partit en courant pour échapper à Lucie. De son côté, cette dernière en resta pantoise. Déçue pour R/K mais ravie pour Owen. Maximilien donna un coup de coude à sa petite amie en revenant du stand de hot dogs avec des collations pour tout le monde.

-Qu’est che qui che pache, demanda la boule de poils blancs en mâchouillant son snack.

-Kiara sort avec mon frère, t’y crois, toi ?

-Je me disais bien que cette peste était de bien belle humeur aujourd’hui. Et donc, en quoi c’est grave ?

-C’est pas grave mais je comprends pas pourquoi ni l’un ni l’autre ne me l’ont dit ?

-Ben elle te l’a dit, non ? Et puis laisse-leur le temps de remettre les choses à plat de leur côté.

-Tu as sans doute raison…

On sonna la fin de la mi-temps et Kiara ne revint pas auprès de la Scarlett Capsule. Elle sortit du stade, s’installa à la table du snack et suivit la suite du match sur son communicateur. Les Guêpes de Luvia était en tête du classement, en partie grâce à son « petit » ami. La caméra lui rendait bien justice. Il était quand même sacrément beau. Il était animal sur le terrain, insaisissable, puissant, véloce et léger. Un contraste incroyable entre l’homme doux avec lequel elle avait couché la veille et cette créature sanguinaire qui rendait minable n’importe quel autre joueur. Une petite Lombax vint s’installer sur le banc, juste à côté de la brunette.

-C’est toi la princesse, demanda l’enfant.

La jeune femme acquiesça.

-Princesse Kiara Smith en personne, fit-elle en une petite révérence. Et toi, qui es-tu ? Vu ta frimousse, toi aussi tu dois être une princesse. Regarde-toi, trop mignonne.

Kiara adorait les enfants. Ils étaient innocents et incroyablement doux. La petite fille fit un beau sourire, gênée.

-Mais non enfin ! Il n’y a que deux princesses, toi et ta maman !

-Nope, tu as tort, s’exclama la Fa. Il y en a trois.

-Ah bon ?

Son regard brillait.

-Oui, il y a ma maman, moi et puis… toi !

Elle lui tapota la truffe avec son doigt, doucement. La petite boule de poils éclata de rire.

-Tu es trop drôle, madame.

-Mais dis-moi, petit cœur, qu’est-ce que tu fais ici toute seule ?

-J’ai perdu ma maman. Tu veux bien m’aider à la trouver ?

-Bien sûr, c’est quoi ton prénom ?

-Lilo.

-Eh bien Lilo, à la fin du match je vais demander à mon très bon ami de retrouver ta maman. En attendant, tu veux boire ou manger quelque chose ?

-Je veux bien un jus de fruit, s’il-te-plaît, princesse.

-Appelle-moi Kiara va. Tu n’as pas faim ?

Lucie ruminait toujours dans son coin. Elle avait beau être contente pour eux, ils le méritaient, il n’empêche qu’elle se sentait lésée par la situation. C’était comme pour Victorien, si Kiara n’avait pas tout balancé sous le coup du stress, quand est-ce qu’on l’aurait mise au courant ? Elle se mit à spiraler. Elle en avait la nausée, ses yeux étaient grands ouverts, elle se tenait la tête avec ses deux mains, de gros sanglots commençaient à poindre. Mince, ce n’était pas le moment de faire une crise d’angoisse. Et si Kiara lui en voulait d’avoir réagi comme elle l’avait fait ? Et si sa meilleure amie se mettait à la détester ? Qu’allait-elle devenir ? Maximilien remarqua son inconfort et sans un mot attrapa sa main et la pinça légèrement, ce qui permit à Lucie de se calmer ne serait-ce qu’un peu.

Le reste du match se passa autrement sans encombre. Evidemment, les Guêpes remportèrent le match haut la main, au grand désarroi de R/K. Soudain, les lumières s’éteignirent et seul un spot continua d’éclairer le stade. C’était Kiara. Elle arborait un grand sourire.

-Regarde maman, c’est la princesse qui m’a offert un jus de fruit, s’écria Lilo qui avait rejoint ses parents dans les gradins.

-Bonsoir Luvia ! Est-ce que le match vous a plu ?

Le stade se mit à hurler leur joie.

-Tant mieux, moi aussi je l’ai trouvé génial. Merci à vous, chères Guêpes et Souris des sables pour ce match exceptionnel. Comme à chaque fois vous nous avez régalés. Une salve d’applaudissements pour nos joueurs, s’il-vous-plaît !

Le public obéit.

-Bien, maintenant j’ai une annonce à faire. Voyez-vous, dans la vie, j’ai deux meilleurs amis. Notre cher numéro vingt, Owen Freeman ainsi que… sa jumelle, la courageuse lieutenant, promue de l’Académie Frémionne avec les honneurs, Lucie Freeman.

Owen fit un sourire, attendri.

-Et mes meilleurs amis ne sont pas heureux. Vous savez pourquoi ? Car ils ne se sont pas vus depuis des années ! Je ne trouve pas ça juste. C’est donc pour cela que je suis ici…

La Lombax fit signe à la régie qui illumina Lucie.

-… je suis ici pour les réunir. Lucie, Owen, sachez que je vous aime.

Owen ouvrit grand la bouche. De grosses larmes roulant sur son pelage blanc.

-Lulu… Lulu. Lulu !

Il hurlait son prénom. Lucie se leva et dévala les gradins en quatrième vitesse pour aller s’échouer dans les bras de son frère. Les deux s’enlacèrent tendrement. Kiara en profita pour remonter à sa place et vint s’installer à côté de ses amis. Le public applaudissait avec entrain. Maximilien souriait à pleines dents, il semblait ravi pour sa compagne. Il se tourna vers Kiara.

-Merci, chuchota-t-il.

La jeune femme n’en revenait pas. Le fils Sullivan qui lui disait merci gentiment. Pas une insulte, rien ? Génial ! Justement, en parlant du loup, il se retrouva pensif. Il détestait Kiara mais pourquoi, déjà ? Pour des gamineries ? Il ne s’était jamais excusé pour ce qu’il lui avait fait. Leur ancienne complicité lui manquait. Max aimait piloter, Kiara construire des vaisseaux. Plus jeunes, ils passaient des heures à parler technologie. Quel gâchis. Il était temps de régler ça…




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