Sly Cooper : La Nouvelle Page - Chapitre 3

Chapitre 3 : L'Île de la Miséricorde

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Auteur : cooper13

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Écrit et imaginé par Cooper13
Sly Cooper in : An Island Called Mercy
Fan fiction pour Ratchet Galaxy
Bonne lecture !
Écrit à partir d'août 2016


Une silhouette mince et musclée apparut à l’entrée d’un couloir.

Les murs étaient entièrement construits en pierre. A mi-distance de chaque mur, l’individu empêcha la lumière du jour de pénétrer. Les quelques torches laissèrent paraitre de la mousse d’arbre sur leurs parois respectives. Le personnage sembla pragmatique. Les bras le long du corps, non collés au buste, une des deux mains tenait une sorte de bâton courbé. Après appréhension de l’endroit, la silhouette se mit en mouvement. D’une démarche élégante, l’ombre se rapprocha du bout du couloir en laissant progressivement dissimuler son visage. Ses pas étaient décidés. Son allure furtive. Ses intentions fixes. Il s’arrêta devant une grille rouillée. Il s’agissait d’un raton gris, avec une lanière noire et un béret bleu. Les yeux cachés par l’obscurité, l’animal lança sombrement la tirade suivante :

« Je veux savoir où se cache Henriette Laborgne Cooper. »

Une grille à peine plus large que le couloir se tenait face au rongeur. Enfermé à l’intérieur : un lion en costume de bagnard. La fourrure grisée par l’âge et les poils irrités par l’hygiène du lieu. Allongé sur un lit de paille de faible épaisseur. Ce fut en fusillant l’arrivée du raton que le félin mal rasé répondit d’un ton lent et peu coopératif à son interlocuteur :

« Vous êtes de la famille ? »

Sly dévoila son regard. Le lion en tenue de zèbre prit le soin de l’observer attentivement. Le vieil animal constata avec justesse le rapport entre la race animale de son visiteur et sa question. Sans émettre la moindre réaction, Sly reprit posément :

« Cela importe peu. Je veux savoir ou se cache Henriette Laborgne Cooper. »

La voix rauque du lion prit réponse aussitôt :

-Venir me voir spécialement pour cette question sous-entend que tu en connais déjà un rayon à son sujet. Seulement quelques personnes savent que j’étais le sous-officier du capitaine Cooper.
-Avant votre mutinerie… ajouta sèchement Sly.

Cette remarque marqua violement un silence. Le Volus-Ratonnus permis au gang d’obtenir un minimum d’information sur l’ancêtre. L’échange de regard entre les deux protagonistes intensifia la conversation jusqu’ici contournée.

Le raton reprit encore une fois sa question, d’un ton encore plus irrité : « Ou se cache Henriette ?! »

Aussitôt, le lion rit à l’entente de cette phrase. Allongé sur son lit en paille, il scruta patiemment son interlocuteur. A même le sol, le félin prit cette discussion comme une opportunité. Il croupissait en ce bas lieu depuis trop longtemps. Après tout, qu’avait-il à gagner ? A aider l’ami de celle qui l’avait mis dans cette situation… Le lion, du nom de John Savannah selon l’ouvrage familial, le rétorqua aussitôt d’un ton provocateur :

« Pourquoi devrai-je aider un ami de mon ennemie ? A peine ma réponse sera prononcée tu me laisseras pourrir ici… »
Inutile de préciser le fait selon lequel le raisonnement du lion fut correct. Sly néanmoins, fit mine de ne jamais avoir eu l’idée à l’esprit. De son ton ironique, il renvoya sa réponse à son interlocuteur.

« Oh… Je n’y avais jamais pensé ! Du moins pas encore… »

Le lion regarda la bouche en biais son interlocuteur. Le raton se senti obligé de poursuivre la discussion :

-On peut s’arranger si tu veux ? J’ai un peu de nourriture dans mon refuge…
-Je ne veux pas de nourriture ! rugit l’animal sauvage en bondissant de son lit. Il coupa la parole. Il accrocha ses griffes aux barreaux de sa geôle. Son regard plein de rancœur arrêta net les propos de Sly.
-Que veux-tu ?
-Je veux m’évader…

La réponse n’étonna qu’à moitié le rongeur. Il continuait d’écouter son précieux informateur. La fin de la phrase lui parut une éternité.

-Et après… Seulement après, je verrai si je peux t’indiquer l’endroit de la cachette de ta cousine.
-Une évasion ? S’interrogea faussement Sly.
-Bigre, c’est ça… ou rien ! Vu ta famille, ne me fais surtout pas croire que cette tâche ne fait pas partie de tes cordes.

L’argument empirique n’avait rien de faux. Le raton prit quelques secondes pour réfléchir à la proposition. La main appuyée sur son menton, soutenue par son deuxième bras. Etait-ce le prix à payer pour retrouver Henriette ? Qui, comme le suggéra la plume bleue laissée sur le van, avait des ennuis. Néanmoins, le temps que disposait le gang était compté. Ainsi Sly accepta le marché :

-Soit. Va pour l’évasion. Ce n’était pas prévu mais… c’est toi qui décide. Cependant je veux ta parole pour me donner mes informations.
-Tu l’as ! Foi de John Savannah ! railla t-il fièrement.

Le lion fut fier de son échange. Il avait dominé la conversation ! Cela lui parut plus facile qu’il ne l’aurait cru. Bien entendu, à peine libre serait-il, qu’il comptait déjà trahir sa promesse. Il s’était juré ne jamais aider un Cooper de sa vie. « Foi de John Savannah ! » Il maitrisait la situation.

Du moins, c’est ce qu’il pensait.

Aussitôt après ces paroles, Sly se munit de sa serpe, et força naturellement la porte de la geôle. Il n’y avait pas une seconde à perdre ! Le lion n’en crut pas ses yeux. Il allait être libre ! Et piéger un de ceux qu’ils l’ont enfermé ! Le raton fixa droit dans les yeux son faux acolyte, et posa délicatement son index droit sur sa bouche. En signe de silence. Puis il ouvrit la porte. Dans son élan, Sly retraversa le couloir par lequel il avait pénétré dans la pièce. Les flammes des torches embrassèrent dans le vent, la direction empruntée par le rongeur.

Le couloir sembla soudainement beaucoup plus court que ce que le félin imaginait depuis le fond de son cachot. Il croupissait dans cette taule depuis six long mois. Le rythme de la course employé par son délivreur lui donna rapidement un mal de dos. Néanmoins, si tel était le prix de la liberté, le lion était prêt à le payer ! Dès qu’il serait sorti, il comptait bien régler le compte de son ancienne chef. Ainsi débuta la rapide évasion de John Savannah. Ancien bras droit d’Henriette Cooper, qui avait failli en la trahissant. Pour justement permettre au gang de retrouver cette dernière.

Salle après salle, le rongeur fit signe au félin de le suivre, ou d’attendre jusqu’à nouvel ordre que la voie soit libre. L’évasion s’avéra plus simple qu’à l’accoutumée. Seule la contrainte du temps les obligeait à se dépêcher. Ils n’allaient pas tarder à trouver la cellule du lion vide.

La seule difficulté que le duo rencontra se situa à la salle des gardes, au rez-de-chaussée. Sol en bois, murs en pierres, deux portes en bois, une table avec bancs et une propreté que l’on ne retrouvait pas dans le reste de la forteresse. Un jet lumineux s’incrusta depuis la fenêtre de la porte, et visa directement le milieu de la table. La pièce était rectangulaire. On pouvait y compter deux gardes canins bruns, probablement en pause. L’un nettoyait son fusil sur la table, l’autre dormait prêt du mur. Plus qu’à franchir cette pièce avant de se retrouver dehors. Bien entendu la porte sembla verrouillée. Pendant un instant le lion se demanda pourquoi avoir franchit la moitié de la prison lorsqu’ils auraient très bien pu sauter depuis la palissade à l’étage de son ancienne geôle. Peu importe, le raton avait emprunté ce chemin, et il fallait le terminer.

Sly opta pour ramper directement sous la table. La même table contre laquelle se situait assis le garde canin entretenant son arme. Son dos contre le rebord du meuble, le rongeur n’eut aucun mal à chiper les clés dans la poche du chien. Il était prêt à parier qu’il s’agissait de celles permettant d’ouvrir cette porte. L’agilité du protagoniste rendit la tâche des plus aisées. Sly fit signe au lion de venir s’installer discrètement prêt de lui. Sous la table. Obéissant, ce dernier s’exécuta. Il s’accroupit prêt de Sly. Qui patienta.

Le rongeur sembla curieusement attendre. Que quelque chose ne se produise. Il demeura immobile, le regard fixe sur la porte par laquelle il comptait sortir. John ne su expliquer cet arrêt soudain de mouvement. Que faisait cet imbécile de raton ?

Cela était probablement comprit dans le plan d’évasion… De plus son libérateur semblait plutôt serein… Trois minutes se déroulèrent avant qu’un évènement ne troubla ce calme inapproprié aux yeux du félin. Les deux gardes présents dans la pièce se firent soudainement appeler à leurs postes respectifs. Un autre chien fit irruption et leur signala un cas d’évasion. Les deux autres suivirent le nouvel arrivant puis quittèrent la pièce. Ils se retrouvèrent aussitôt seuls dans la pièce au moment ou la porte par laquelle ils étaient entrés se claqua. Laissant le champ libre aux deux protagonistes. Sly lança un sourire à son voisin de table. L’évasion allait poursuivre, sans le moindre incident. Sans avoir besoin d’assommer le moindre gardien.

Après avoir rampé pour sortir dessous du meuble, s’ensuivi une roulade. Sly se releva à la force seule de ses cuisses et se précipita vers la porte. Il sorti de sa sacoche rouge la clé obtenue très récemment. John Savannah n’eut à peine le temps de quitter la table qu’un rayon lumineux vint l’éblouir. A même le sol, il regarda son sauveteur en train de tenir fermement la poignée de la porte ouverte. Offrant une vue irréprochable sur la cour extérieure. Le temps semblait magnifique. L’ombre de Sly contrastait dans la lumière pénétrante dans la pièce.

Dos aux gonds de porte, le rongeur s’assura que la voie fut libre. La sortie était en face d’eux. Ces idiots de gardes n’avaient pas encore relevé le pont-levis.

C’est à cet instant que le lion décida d’exécuter son plan. Il comptait quitter cette prison, et y laisser Sly à sa place. Le fourbe termina de se relever puis observa une tunique de garde sur un porte-manteau. C’était sa chance…

Inconscient du danger qui le guettait, Sly continua sa mission. Le rongeur observa longuement l’endroit depuis son poste, et en analysa la situation. Le sauvetage lui avait parût encore plus simple que prévu. Les bruits des gardes aux étages supérieurs le rappelèrent à l’ordre. Ils n’allaient pas tarder à fermer les issues. Dont le pont-levis situé face à eux. Si la surprise de la situation offrait un avantage au raton, leur supériorité numérique était potentiellement un inconvénient. Un premier bourreau cagoulé, avec un ventre ressortant du reste du corps, quitta un bâtiment et s’approcha de la manivelle du pont. Si ce dernier verrouillait l’accès, Sly terminait ses jours dans cette enceinte ! A cette époque ! C’était maintenant ou jamais. Il fit un signe du doigt à son prisonnier pour lui indiquer silencieusement de filer. Puis il piqua un sprint vers la sortie. Il fut non tardivement suivi par John… en tenue de garde ?!

Les deux protagonistes prenaient de la vitesse. Direction la sortie, si possible, en évitant le bourreau. Le sprint allait conclure l’évasion. Sly pensa réussir une nouvelle fois son coup. John également…

A la surprise du rongeur, le félin cria au bourreau prêt du pont : « IL S’ENFUIT ! ». En pleine vitesse, Sly se retourna contre lui-même pour observer ce qu’il venait d’entendre. La vitesse de course additionnée à son hébétude créa un cocktail solide pour le faire trébucher. Il eut rapidement le reflexe de poser ses mains contre les pavés du sol. Ce qui amortit sa chute. Le félin rugit bruyamment et bondit sur sa proie. Sly, se mit dos au sol, allongé, et lutta contre la violence du saut de son traitre. Sa serpe dans ses deux mains contre les griffes grisonnantes de son agresseur. Le lion ne mit pas long feu à remporter le combat. D’un coup de patte, il se munit de la serpe et la jeta aux pieds du bourreau cagoulé, qui la ramassa aussitôt. John Savannah jubilait.

Il s’évadait, et effectuait sa vengeance en même temps. Le coup du siècle ! Les autres gardes de la prison s’appuyèrent tous contre les rambardes des étages supérieurs, et admirèrent la scène du haut.

Après avoir crié qu’il tenait l’évadé, John chuchota à Sly les mots suivant : « Henriette est partie en exil sur Mercy Island. Aucun soldat du corsaire noir n’a encore jamais réussi à la retrouver. Ta quête est veine. Et en plus, tu vas finir tes jours ici, sans pouvoir ne rien tenter ! » A la prononciation de la dernière phrase, le lion montra ses dents jaunes reflétant un sourire digne des plus grandes victoires.

Sly n’y croyait pas ses oreilles. Le lion était bel et bien aussi fourbe que son ouvrage familial ne le laissait croire. Il tourna avec difficulté sa tête plaquée contre le sol. Il observa les pieds du bourreau et lui murmura : « C’est bon ! ».

C’était le signal. Un poing fonça droit sur la joue du félin, qui s’étala sur deux mètres au sol. Une dent rebondit d’ailleurs sur un des pavés. Le bourreau retira sa cagoule, et tendit sa main rose à son ami allongé sur le sol. Celle-ci tenait la serpe échappée à l’instant. En se relevant, Sly ne manqua pas de remercier chaleureusement son ami Murray, qui parût gêné à l’entente du compliment.

Au même moment, trois gardes sortirent de la salle de repos et brandirent leurs fusils vers les deux amis. Murray regarda droit dans les yeux Sly. Il lança : « Maintenant qu’on a eu ce qu’on voulait, on s’arrache ? ».

D’un sourire pouvant rivaliser avec celui de John quelques secondes plus tôt, Murray s’élança vers le pont et fit tournoyer de toutes ses forces la manivelle. Des premiers coups de feu ricochèrent contre les pavés et les murs en pierre. L’odeur de la poudre à canon se fit sentir. Lorsque le pont se referma seul, du à l’inertie de sa manivelle, les deux protagonistes se mirent à courir dessus.

Au fur et à mesure de leur avancée sur le long pont en bois, celui-ci se releva. Alors qu’il monta à environ soixante-dix degré, le gang avait déjà parcouru les deux tiers de sa longueur. Le tout en esquivant la pluie de plomb qui leur tombait dessus. La pente augmentait sévèrement. Le risque de glisser et de se retrouver à terre, bloqué dans le fort, aussi. Chacun lutta pour ne pas tomber. Le rongeur opta pour planter l’embout de sa serpe dans le bois. Il utilisa le poids de son corps pour se donner des forces puis d’un saut, se fit tournoyer à travers le bout du pont quasiment vertical. A quelques centimètres de la voute de l’entrée en pierre. Murray prit tout son élan, et effectua un saut en hauteur de presque deux mètres ! La queue du rongeur fut à trois millimètres de passer à la trappe. Dans son double saut Murray cria fièrement un « HIPOPO-POOOOOOONT ! » Une fois celui-ci franchi, Sly déploya son (nouveau) paraglisseur et atterrit sereinement de l’autre coté de la rive.

Les présents gardes assistèrent avec surprise à la splendeur de la scène. Les corps des deux protagonistes disparurent dans le ciel. Libres. Puis le pont claqua contre la voute en pierre. Officiellement fermé. Ce qui ne fut pas le cas de John Savannah qui commençait à reprendre ses esprits. Avant de les perdre à nouveau, la crosse du fusil d’un des gardes en plein sur le nez.



Le plongeon fut rude, mais Murray dans ses talents de sportif n’eut aucun mal de remonter à la surface avec la seule force de ses cuisses et de ses deux bras. Sous l’eau, il remonta fièrement à la surface. Ses prouesses physiques avaient encore frappées. La dernière fois qu’il avait plongé, c’était en 1301 pour faire sauter un pont en pleine Angleterre médiévale. Et non pas en 1648 pour sauter depuis un autre.

Quelques instants plus tard, les deux amis firent une halte. Trempés, l’hippo rose s’assit sur un toit. Ils avaient une vue sur ce qui s’apparentait à un bourg de l’époque. Secondé par son ami gris. Il faisait bon, et il ventait. De ce fait, le séchage fut bon vent à l’eau. Ils étaient partagés entre de l’excitation et la conscience qu’ils avaient frôlé de sérieux problèmes. Ils évacuèrent lors d’un communicatif fou rire. En séchant une larme, Sly railla :
-Il aurait dû se douter que je ne l’aurai jamais laissé partir !
-Parce qu'il a déjà trahit un Cooper ?!
-Non, au-delà de ça !
-Comment alors ?
-Je ne passe jamais par une porte d’entrée ! Et encore moins lorsqu’elle est grande ouverte.

Les rires continuèrent, les explications également. Cette situation leur remémora Venise. Notamment avec l’évasion de Dimitri. Sly avait anticipé la demande de son informateur. Il avait donc soigneusement concocté une fausse évasion. Pourquoi choisir de sortir par le rez-de-chaussée, lorsque l’on est munie de parachute illimité au deuxième étage d’une prison sur presqu’île ? Néanmoins il admit l’originalité par laquelle John les avait trahit. Il pensait juste le faire frapper par Murray –infiltré clandestinement dans le fort- jusqu’à ce que réponse s’en suive. Le cours des événements avait peut-être été altéré vers la fin, mais dans l’ensemble, le gang s’en était plutôt bien tiré. Une fois de plus.

Ils avaient obtenus leurs informations. Henriette s’était donc exilée sur Mercy Island, et un certain « Corsaire Noir » était à ses trousses. Pourquoi et comment ? Ils comptèrent en parler à Bentley.


— Quelque part, plus loin, géographiquement —
— Et temporellement —


Un long flash aveugla lentement l’animal reprenant son esprit.

Une grosse étoile floue s’étalait sur sa vision. Un léger bourdonnement s’installa dans ses oreilles. Jusqu’à laisser timidement apparaître une lampe à huile accrochée au dessus de sa tête. Celle-ci refléta une lumière, qui s’encoffrait contre du bois. Au toucher, elle comprit aussi que le sol contre lequel elle était allongée était également en bois. Elle se releva légèrement pour faire ressortir sa queue qui la pinçait. Elle tremblotait. Comme si elle se considérait comme morte. En fait, elle l’était. Mais pas maintenant. Beaucoup plus loin, dans le temps. Ici elle était vivante. Du moins, elle en avait l’impression. Elle retira son casque de moto, et constata avec hébétude où elle se situait. L’inspecteur (mis à pied) Carmelita Montoya Fox, encore les jambes allongées et les bras tendu appuyés contre le sol, fit un regard stupéfait. A peine après avoir repris ses esprits, elle se demanda ou était passée la balle qui allait lui transpercer le cœur ? Elle se releva, et senti une odeur de poisson. Et de rhum.

Fox profita de la faible lumière présente pour constater ses dégâts vestimentaires. Elle venait de s’érafler tout son jean. Sa veste en cuir avait également morflé. Pour rappel, elle venait de se faire tirer dessus juste après sa chute en moto. Une tonne de question continua de lui revenir en mémoire « Ou suis-je? » « Qui étaient ces hommes ? » « Que voulaient-ils ? Le Volus-Ratonnus ? » « Pourquoi ? ». Néanmoins la principale question restait « Suis-je morte ? »… Elle ferma les yeux au moment où elle se remémora le tir. C’était traumatisant… Peut-être trop. En se remémorant ce passage, une larme sortit avec difficulté d’un œil. Le front fortement plissé.

Elle n’osa pas quitter la pièce sombre. Comme si en sortir pouvait risquer sa vie. Ce genre de moment ou l’on reste fixé à un endroit. De peur de s’aventurer. On se réconforte en se disant que l’on est mieux là où on est.

Fox vivait actuellement ce sentiment. Sortir d’ici lui donnerait l’impression de ne jamais avoir les réponses à ses questions. Elle voulait revoir Sly. Ou diable pouvait-il se trouver ?

Perdue dans ses pensées, elle continua d'observer la pièce. Pendant cinq minutes, peut-être dix.

Soudainement des bruits lourds résonnèrent dans la pièce. Un son grave se répétait à plusieurs intervalles.

Pas d’armes sur elle-même. La renarde remarqua à ce moment que la pièce était pleine de tonneaux de nourriture et de poudre à canon. Rien pour se défendre. Elle entendit ensuite le son se rapprocher. Celui-ci ressemblait à une dispute.

Fox analysa le lointain échange verbal. Il sembla durer depuis un certain temps déjà. Entre deux hommes. Une des deux voix semblait colérique et agressive. L'autre beaucoup plus calme, mais ferme.

L'homme qui parlait le plus fort ordonna : « TUEZ-LE ! ». Cette remarque n'était pas sans laisser Fox indifférente. Que se passait-il à quelques murs d'elle ? En même temps, elle entendit des pas se rapprochant de la porte. Les deux individus se rapprochaient d'elle ! L'héroïne comprit que l’heure était grave. Ceci la coupa net dans sa réflexion.

La deuxième voix lui était étrangement beaucoup plus familière…

Parmi la paroi qui les séparait, elle put entendre cette même voix : « Niveau arme, vous êtes à la pointe de la technologie ! Par contre, votre style vestimentaire…».

Une charge éclata violement la porte. En plusieurs copeaux.

Sly rebondit, dos au sol.

Par terre.

Il tourna doucement sa tête vers Carmelita, interloquée, puis sourit de son air béat. La surprise était totale. Elle était debout, ses pieds au niveau du visage du raton. Son vœu de retrouver ce maudit rongeur semblait exaucé. L’ombre d’un tatou se dessinait à l'entrée la pièce, dont la porte était défoncée. Face à eux, le mystérieux inconnu portait dans ses mains une épée brillante.

Son regard annonçait son intention de les tuer.

Sly, allongé, observa fièrement Fox :

« Salut chérie ! »


— 6 heures plus tôt —
— A la Taverne du Gouvernail —
— 8 octobre 1648 —


Bentley avait déjà commandé trois boissons à l’arrivée de Murray et Sly. Le rongeur, ayant à peine saisit son tabouret, commença :
-On boit tous du rhum maintenant ?
-Joli coup, l’évasion. Mais essaie de ne pas mettre en péril une dizaine d’heure de préparation de mission pour jouer le héros improviste trois minutes… racla la tortue.
-Il fallait bien que j’inaugure mon nouveau parachute. Je compte bien le garder celui-ci.
-Revenons à nos moutons. J’ai trouvé un passeur pour se rendre sur Mercy Island. Il est prêt à nous faire passer clandestinement sur son bateau ce soir, pour une somme de dix Louis d’or.
-Heu… c’est quoi un Louidaure ? demanda l’hippo.
-D’après mes connaissances sur l’époque, cela équivaut à cent vingt pièces de huit.
-Heu… hum qu’est-ce qu’une pièce…
-Ca fait beaucoup d’argent ! s’exclama Sly.
-Je sais. Hélas, Henriette est supposée mourir assassinée demain à l’aube selon le Volus-Ratonnus. On n’a pas le choix. De plus, j’ai mis pas mal de temps à trouver quelqu’un qui acceptait de nous emmener là-bas. Tout le monde connait la réputation de l’endroit. Ainsi que son rapport avec Henriette. J’ai même peur d’avoir attiré quelques regards indiscrets sur notre présence ici. J’ignore qui est le vilain du coin mais, Henriette a sacrément dû le mettre en rogne.
-Ou alors, un homme de LeParadox est sur le coup. Supposa avec lucidité l’ami rose. Cet homme est en prison au présent, mais ce qu’il a entamé dans le passé est toujours d’actualité.
-En prison… en prison… du moins pas encore. reprit le rongeur songeur.

A cet instant, un éclair de mémoire frappa l’esprit de Sly :

-John Savannah m’a énoncé un type du nom du « Corsaire Noir »… Un quelconque rapport ?
-Pas le temps de savoir, Henriette nous expliquera tout. Il faut la retrouver. Il s’agit de notre priorité. Bentley resta sur son objectif premier. En tout bon manager qu’il était, il savait ne pas s’éloigner du sujet, et rappeler ses amis à l’ordre en cas de perte de temps.
-Et comment on les trouve ces cent vingt pièces de huit ?! rappela Sly avec élan.
-J’en viens ! s’esclaffa le reptile. Rappelez-vous, qu’elle est la mission dans toute notre carrière, qui nous a rapporté le plus d’argent ?!
-Piller des pirates ? demanda Murray
-Non, en gameplay régulier. corrigea Bentley.

Le visage de Sly s’illumina. Une touche de nostalgie se repéra dans sa réponse : « Notre bagarre au bar des mineurs, en Australie ! »

-Bingo ! A peine Bentley termina son exclamation, qu’il se munit de son verre de rhum encore pleins et le frappa contre le crâne d’un perroquet qui passa à coté de lui. « C’est parti ! »

La surprise du geste étonna aussi bien le reste du gang que le volatile encore allongé au sol. Murray se leva soudainement de son tabouret pour offrir son poing à l’ami du perroquet venu défendre son honneur. Quelques secondes de plus suffirent pour que le chaos ne s’installe dans le petit commerce du port. Des bouteilles volaient. Moins que trente néanmoins. Mais un coffre fut utilisé comme projectile à un moment également. Tout le monde frappait tout le monde. Tout le monde gifflait tout le monde. Ce qui facilita la tache au gang. Chacun ramassait la monnaie qu’il pouvait. Murray bourina dans le tas. Quelques hippopo crash lui permis de rompre la monotonie de martyriser la touche carrée. Sly fut plus subtil dans ses coups. Deux grosses brutes de race canine se dressèrent face à lui. Après les avoir fixés pendant une longue seconde dans les yeux, il se munit de deux verres posés à coté de lui et le leur donna. Dans la surprise du geste, les deux chiens prirent le cadeau et le regarda avec hébétude. Comme s’ils n’avaient jamais vu de verre de leur vie. Dès qu’ils relevèrent la tête vers leur ennemi raton, ils virent une serpe leur refaire le visage instantanément. Seul Bentley restait en retrait dans la baston. Il était plus simple d’en provoquer une, que d’y participer. Difficile de se battre malgré les améliorations de son fauteuil dans une masse. Néanmoins son rôle ne resta pas vain. Des soldats se mirent à entrer avec précipitation dans le bar. Canons pointés vers Sly. Le rongeur était au bord de la foule. Il ne lui fallu longtemps à constater les deux gardes canins vêtus d’un uniforme rouge, armés vers lui. Les mêmes uniformes que ceux de la forteresse. Il vit également deux fléchettes se diriger tout droit vers leur cou. Bentley était sur le bar. Arbalète à la main, saluant son compère. Des gardes se ramenèrent. Il ne fallait pas tarder à filer ! Un barman loutre se pointa face à Sly. Au même moment, Murray porta un hérisson (par le ventre) au dessus de sa tête. Après l’avoir secoué, il s’apprêta à le lancer. Sly se décala d’un mètre, ce que fit son adversaire tel un miroir. Et se ramassa un hérisson en pleine figure (coté piquant). Sly se pencha pour ramasser sa monnaie tandis que Bentley rappela à l’ordre ses deux amis. Il fallait partir, d’autres gardes se pointèrent ! Le trio se regroupa ainsi prêt de Sly qui lâcha aussitôt un écran de fumée. Deux nouveaux gardes entrèrent dans la pièce, avec comme seule chose encore debout, leur stupéfaction. Un tas d’individu était étalé et empilé au sol.



Les trois amis sortirent du bar en courant. Une fenêtre ouverte leur permit de sortir sans être vu par les gardes. Bentley guidait le groupe, le passeur n’allait pas tarder à quitter sa place du marché. Pour la première fois depuis leur arrivée, le gang pouvait enfin observer l’endroit dans lequel ils avaient atterrit. New-Providence, dans les Bahamas. En plein âge d’or de la piraterie. Maisons en bois, fort en pierre, et port très fréquenté. Une place de marché se tenait également en guise de place du village prêt des bateaux à quai. Au-delà de cet amas de bâtiment, un plus grand surplombait la ville. Celui-ci semblait être en marbre, et était construit en amont de la plus haute colline de l’ile. Un drapeau indiquait clairement la nature officielle du bâtiment. Le logo d’un crâne mus musculus avec deux os en forme de croix flottait dans le vent. Le soleil couchant montrait quand à lui l’heure de la journée à ce stade de l’année. Environ 19 heures.

De cordes en cordes, le rongeur suivit depuis les toits ses deux amis. Il n’y avait pas encore de garde dans la ville. Ils étaient probablement tous occupés à sécuriser le fort, et à gérer une bagarre dans une taverne. Il fallait admettre que l’architecture de la ville fut assez correcte pour un repère de pirate. Dalles en pierre, maisons en bois assez solides, même certains murs furent en marbre. Sly se crut sur des fils électriques du XXIe siècle tellement la température ambiante demeura assez élevée. Malgré la nuit qui approchait.

Au carrefour suivant, le gang arriva à destination. La place du marché était tout aussi bondée qu’en plein jour. Les gens plus ou moins honnêtes rentrèrent chez eux, les autres sortaient. Bentley n’eut aucun mal à relocaliser le passeur. Après s’être faufilé dans la foule, les trois amis firent connaissance avec leur contact. Sly et Murray découvrirent en même temps l’apparence du contrebandier. Il s’agissait d’un tatou, assez grand, torse bombé, borgne et armé d’un long glaive à la ceinture. Néanmoins son look vestimentaire contrastait sauvagement avec ses atouts physiques : chaine en or digne des plus mauvais rappeurs de 2010, chapeau tricorne noir trop petit par rapport au diamètre de son front et une veste d’un vert dépassé. Ses chaussures furent des bottes noires pointues presque comme un fou du moyen-âge. Cependant, ne fallait-il pas juger par les apparences ? Bentley regarda gêné ses deux compères, qui semblèrent ne pas être emballés par ce choix. Leur temps était limité. Il n’y avait d’autre possibilités. Après constat de la présence de la tortue, le tatou commença d’une voix rauque : « Bien… Vous avez… de quoi répondre à notre arrangement ? »

A cet instant, le groupe fouilla chacun dans ses poches. Chacun comptait combien il possédait. Il fallait un total de cent vingt pièces de huit. Devant ce désordre, le passeur observa avec hébétude le comique de la scène. Tels des enfants qui apprenaient à compter pour s’acheter une sucette à la boulangerie. Le trio s’était regroupé en triangle. Bentley posa les pièces dans la paume de sa main droite à l’aide de son autre main. Il ne pas compta moins de cent quinze pièces. Il arracha cinq autres pièces des mains de l’hippo et les tendit en tas au tatou.

Ce dernier les prit sans rechigner. D’un geste élégant, il montra ensuite d’un signe l’entrée du bateau au gang :

« Ces messieurs peuvent embarquer ! »


— Une heure plus tard —
— A bord du Black Spot —
— 8 octobre 1648 —


« Mercy Island est un caillou situé à quelques kilomètres du port. Nous devrions déjà être arrivés. » S’inquiéta le reptile. A peine après avoir embarqué, le gang s’était fait offert le voyage à travers l’une des cales du navire. Le tatou et son équipage dirigeait quand à lui le navire. Néanmoins le trajet sembla s’éterniser. Murray en était déjà rendu à sa troisième pintade, tandis que Sly repensait secrètement à son dernier et secret entretien avec son ennemi d’enfance. Il se demanda également comment aborder le sujet avec ses amis. Assis sur un banc, les bras en croix, il se demandait s’il devait prendre cette annonce au sérieux. Connaitre son futur est une chose dangereuse. Le communiquer à ses proches l’était également. Comment appréhender intelligemment l’évènement ? Telle était la réflexion actuelle du rongeur.

Le réseau au Voleur.net étant défectueux, Bentley prit le temps de s’interroger quand au temps du trajet. Murray rejoignit rapidement son avis. Ils devraient être arrivés depuis une dizaine de minutes déjà.

Le rongeur proposa l’initiative d’aller demander le temps de l’arrivée au capitaine. Il se leva de sa chaise en bois et ouvrit la porte. Du moins il essaya. La poignée bloquait. Le groupe se regarda chacun leur tour. Ils étaient tellement habitués à travailler ensemble, que Murray se leva à son tour pour tenter d’ouvrir la porte sans que personne ne le lui demande. Et à lui aussi elle résista. Il n’en fallut pas plus pour que l’hippo enfonce son ventre dans l’issue. Les gonds firent un bide. Devant le nouvel accès, les trois protagonistes constatèrent une pile de tonneaux. Ces derniers n’avaient pu se placer derrière la porte de manière non intentionnelle. Sly cracha : « Pas de doute, on cherche à nous empêcher d’atteindre l’ile. »

Le constat n’était pas agréable à concevoir. Bentley venait de localiser Mercy Island depuis son GPS interne. Ils étaient à mi-chemin entre le port et l’ile. Et demeurèrent immobiles. Le tatou, de son nom inconnu, n’était visiblement pas inconnu à l’affaire LeParadoxe. Il cherchait à les éloigner d’Henriette la veille de son propre assassinat. Bentley ajouta :

-D’autres personnes sont sûrement en route vers Mercy Island ! On a cherché à nous éloigner !
-Malin de leur part, mais pas assez. répliqua sèchement Sly. Vous savez ce qu’il nous reste à faire…
-Emparons-nous du navire.

Murray avait judicieusement résumé leur nouvel objectif. Le rongeur passa devant lui et monta les escaliers le menant au pont du navire. A travers la fenêtre, il observa le pont extérieur. Plusieurs gardes roupillaient contre mats et canons. Personne ne semblait conscient de sa propre existence. L’odeur du rhum sentait d’où le groupe se situait. Le gang profita de l’occasion pour entasser tous les hommes du pont dans une chaloupe avant de la jeter à la mer. L’hippo facilita leur sommeil à l’aide de coup de poings bien placés.

Tandis que Murray effectua cette tâche, Bentley remarqua que le capitaine du bâtiment n’était pas présent. Il faisait nuit, et depuis la faible lumière de sa torche, la tortue indiqua à Sly ou devait potentiellement se situer le bureau du tatou. Sur l’étage supérieur du pont. Le rongeur comprit ou Bentley voulait en venir lorsqu’il constata une lumière jaillir du bâtiment.

Le raton escalada rapidement les marches, quatre à quatre. Puis se munit fermement de la poignée. La porte qui séparait le raton et son mystérieux ennemi s’ouvrit. Le tatou fut assit sur son siège, face à un petit bureau faiblement éclairé. Il regarda stupéfait Sly. Et en un regard, chacun comprit que ce qu’il devait comprendre. La pièce était grande derrière le tatou. Sly et ses amis avaient été piégés pour être ralenti. Et ils avaient dû payer pour ça ! Quel escroc !

Néanmoins, avant même que Sly n’eut le temps de réagir, le carapacé bondit de sa chaise et sortit son épée en direction de la gorge du rongeur. Il cria à la garde, au même moment ou Sly jeta un nouvel écran fumigène. Le rongeur se faufila dans la pièce, et descendit à la première échelle qu’il croisa. Le poursuivant cria désespérément « TUEZ-LE ! », après avoir compris que le gang s’était déjà occupé de son équipage. La poursuite eu lieu à l’étage inférieur, au fin fond de la coque dans une sorte de long couloir. Les bruits de pas précipités des deux personnages résonnèrent à travers le bois du bateau. A un rythme constant. Sly se retrouva rapidement au bout de celui-ci, face à une porte fermée à clé. Il comptait se rendre dans une pièce sombre, pour mieux vaincre cet ennemi mieux armé que lui. Néanmoins il était bloqué. Et le capitaine du navire se tenait face à lui. A l’autre bout du couloir. Il alluma son épée d’un rouge flamboyant, tel un laser futuriste. Cependant cette couleur aussi ne s’alliait pas avec celle de sa veste ridicule. Le rongeur pinça ses lèvres à la vue de cette nouvelle arme. Il voulait rentrer dans la pièce derrière lui. Pour gagner du temps, il avança vers l’ennemi de trois pas et lui lança d’un air ironique bien à lui : « Niveau arme, vous êtes à la pointe de la technologie. Quand à votre style vestimentaire…». Puis il prit de l’élan en fonçant vers la porte.

Celle-ci éclata, et le rongeur se retrouva dos au sol devant Carmelita Fox. Qui était visiblement déjà présente dans la pièce. Il la regarda avec admiration et surprise à la fois. Il crut à un mirage. Il lui sourit :

« Salut chérie ! »

Concernant Fox c’était principalement de la surprise qu’elle ressentait. Elle leva son regard vers l’ombre du tatou. D’un air paniqué, elle aida Sly à se relever tandis qu’il lui demanda en guise de retrouvailles :

-Pitié, Carmelita… Dis-moi que tu as ton électro-gun !
-Je ne l’ai plus ! rétorqua-elle en le regardant droit dans les yeux.

Sly arrêta de sourire à l’instant. Il n’y avait aucun moyen de quitter la pièce. Et leur ennemi barra la porte, l’épée lumineuse en leur direction. Mais Fox reprit possession de ses émotions. Elle avait une idée. Elle regarda Sly droit dans ses yeux, masquant son regard sur l’approche du tatou.

« Après tout ce temps, c’est ainsi que l’on se retrouve ?! Face à un inconnu, s’apprêtant à nous déchiqueter. On n’a aucune arme d’une telle puissance. Enfermés dans une cale de pirates, sombre, 400 ans dans le passé. Avec comme seul mobilier des tonneaux pleins de poulets, d’alcool et de poudre à canon… »

A l’entente de cette phrase, Sly ne savait plus réellement qui craindre. Le tatou à l’arme pouvant découper sa serpe, ou Carmelita qui était en train de lui passer un savon. L’ennemi fut également surpris, mais pas démuni pour autant, d’assister à une telle situation. L’instant fut comique et dangereux à la fois. Il était à deux gestes de leur transpercer l’abdomen. Fox s’avança vers les tonneaux en bois et en ouvrit un.

« Allons… Un homme mystérieux pointant une arme futuriste vers deux personnes dans un cul de sac plongé dans le noir… »

D’une démarche élégante et enfiévrée la renarde plongea sa main dans le tonneau, et jeta une chamboulée de poudre envers le tatou.

« C’est bien plus qu’il ne me faut pour soulager mes nerfs ! »

La réaction de la poudre à la chaleur de la lame de l’ennemi fut assez directe. Une explosion sans précédent s’effectua. Sly eut le réflexe de s’éloigner du carapacé en se rapprochant de Carmelita. Le tatou explosa et lâcha son arme, dont seul le manche fermement tenu par sa main avait survécu. L’ennemi recula suite au choc. Le rongeur s’élança vers lui et l’acheva à la serpe. La figure noire de poussière, les tympans sifflotant suite à l’explosion et le choc de la serpe suffirent à l’animal pour abandonner. Tombant sur ses genoux, puis s’allongeant au sol.

Hélas, l’explosion avait également causé un début d’incendie… prêt du même tonneau à poudre. Ce fut grâce à cette observation que le duo décida de s’échapper de la cale. Le rongeur se munit de la main de la renarde, et ensemble, se rendirent direction sur le pont. Ils coururent de toutes leurs forces. Fox se doutait que son compagnon comptait prévenir ses amis. Ils étaient forcément avec lui. Le rythme de leur pas résonnait dans la cale. Quand soudain. Alors qu’ils n’avaient à peine franchit le milieu de la seconde pièce, une deuxième explosion beaucoup plus violente s’effectua. Accompagnée d’un bruit fort, et de vibrations peu accommodantes. La secousse fut immédiate. Le premier tonneau avait péri dans les flammes. Cette même conflagration s’éternisa. D’autres tonneaux devaient être dans le même périmètre que le précédent.

Une des multiples secousses fit trébucher le rongeur. Il lâcha son amie. Qui s’arrêta aussitôt pour l’aider à se relever. Un point jaune se dessinait derrière eux. Le feu sembla consumer assez rapidement le Black Spot. Malgré l’incendie qui défigura le navire, les nombreuses déchirures du bois permettaient au voleur de localiser sa sortie. Après deux sauts au-dessus des flammes, une vision du dirigeable en feu de LeParadox éclata dans la mémoire de Sly. Le raton voulait à tout prix trouver un moyen de quitter ce navire. En se relevant avec difficulté, ce dernier eut une mauvaise surprise. Il ne restait plus une seule planche en bois qui n’avait pas commencé à se consumer. Plus une seule. Même le sol commençait à se détacher de sa structure. Il ne restait plus que l’océan, éclairé par la lumière de l’incendie. Plus aucun moyen de stopper le monstre. Ils ne savaient pas nager. Les planches et cordes disparurent une à une dans le néant. Témoin du spectacle, Sly refusa de se considérer comme condamné. Pas cette fois ! Tout ceci lui rappela le chaos qui avait suivi son combat contre Cyril. Il serra de plus en plus fort la main sans gant de Fox. Il ignorait ou se trouvaient ses deux amis, et il tenait Carmelita qui cette fois-ci, était présente avec lui. C’était différent.

Une fois relevé, Fox montra du doigt une potentielle échappée. Une fenêtre était ouverte sur le coté. Ce fut en accélérant le pas de course, que le rongeur montra l’exemple. Il s’assit sur le rebord du carreau, et s’agrippa au rebord des planches. Il était dehors, accroché à la coque du navire. Seul moyen de quitter la pièce qui s’était si rapidement enflammée. En tendant sa main vers son amie, encore à l’intérieur, il l’invita à faire de même.

Sa deuxième main était accrochée à une planche au dessus de lui qui était un poil plus épaisse que les autres. Ses pieds également. Heureusement que la coque n’était pas aussi lisse que les bateaux du XXIe siècle. Carmelita hésita avant de se lancer dehors. Néanmoins un regard derrière elle lui suffit à faire le pas. En s’agrippant au bras du rongeur, elle se laissa hisser dehors. Puis s’accrocha aussi aux rebords, tout comme Sly. Une deuxième fenêtre les attendait droit devant eux. Et fort heureusement, le feu ne semblait pas encore avoir gagné cette pièce ! Le bateau avait beau être à l’arrêt, le vent sembla handicaper le duo. Petit mouvement par petit mouvement, ils s’approchèrent de leur objectif. Sly se retourna régulièrement afin de garder un œil sur Carmelita. Les vagues secouèrent également le faux couple, ce qui rendit l’escapade fastidieuse. A deux reprises, Sly avait failli lâcher le rebord. Aussi bien par les mains que par les pieds. Il se demanda si Carmelita y arrivait aussi. A mi-chemin, il se retourna vers elle pour toujours s’assurer qu’elle suivait. Le vent faisait virevolter ses cheveux. Il l’a trouva ravissante. Et remarqua enfin qu’elle portait une sorte de gant lumineux sur sa main droite. Mais là encore, la situation exigea qu’il se taise. Il fallait continuer d’avancer. Quand soudain Sly perdit son béret dans le vent. Sa crainte de tomber à l’eau l’empêcha de retenir son fidèle chapeau.

Petits gestes par petits gestes, la traversée sembla durer une éternité. La fenêtre n’était plus qu’à quelques centimètres d’eux. Leur avancée avait été efficace mine de rien. Mais la situation leur empêcha de le constater. Le rongeur lâcha d’une main le rebord pour se munir de sa serpe. Il tint son rebord de toute la force de ses doigts. Il brisa la vitre ainsi. Le bruit du casse ne se fit même pas entendre tel le vent fut fort. Tel l’athlète qu’il était, le rongeur re-rentra rapidement à l’intérieur du bâtiment. Rapidement suivit par Fox. Il faisait meilleur température que dehors. A peine les bottes de la renarde tintèrent contre le bois du navire, que sa main fut reprise par Sly qui courra en direction de la sortie. Peu de secondes après, la porte qui les séparait de l’autre pièce céda contre le feu. Le bruit de l’explosion assourdit légèrement le groupe, qui dans sa lancée, ne se retourna même pas pour quitter l’endroit. Sly connaissait le chemin. Ils y étaient presque.

En pleine course, Carmelita constata qu’elle n’avait pas besoin qu’on lui indique le chemin. Elle se douta rapidement ou pouvait bien être la sortie. Mais elle décida de conserver la main de Sly dans la sienne.

Rapidement ils se retrouvèrent dans le bureau du tatou. A peine après avoir remonté l’échelle par laquelle il était descendu, Sly vit la porte de sortie devant lui.
Un bon coup d’épaule suffit à la faire céder. Le tatou l’avait visiblement refermée. Le duo se retrouva ensuite dans un gigantesque nuage de fumée grise. L’odeur du bois grillé dominait l’ambiance.

Une voix survint dans le néant : « Sly ! Reviens, on est là ! Murray à préparé une chaloupe ! »

Celle-ci sembla provenir face à eux. Ils reconnurent la voix de Bentley. Qui eut pour effet de les rassurer. En devançant Fox vers la sortie, le rongeur cria : « On arrive ! »

Bentley eu un temps de réaction avant de lâcher rapidement : « On ?! »

Plus le duo avança, plus il senti qu’il s’éloigna de l’incendie. Heureusement celui-ci avait été provoqué à l'autre l’extrémité du navire. Ce qui laissait cette partie encore intacte. La fumée se dissipa peu à peu, jusqu’à laisser paraître Bentley et Murray dans un canot. De même pour Murray et Bentley, ils virent progressivement la silhouette de Sly revenir vers eux, avec… Carmelita. Le danger de la situation les firent accepter la présence de la renarde sans omettre la moindre question. Néanmoins leurs regards trahissaient leur surprise.

Suspendu au dessus de la mer, reliée par deux liens au bois du navire, le canot contenait enfin l'intégralité du groupe. Le rongeur sauta en même temps que Fox dans le petit navire et ordonna : « On peut y aller ! ».

D’un coup de serpe, il découpa les deux cordes qui maintenaient la chaloupe. Et le groupe atterrit aussitôt dans l’océan.

L’hippo rama aussi vite que possible dans l’objectif de s’éloigner du monstre en feu. C’est ainsi que le couple observa de l’extérieur la conflagration qu’ils avaient ensemble semé. Le navire était divisé en deux parties : une brulée, l’autre encore presqu’intacte. Le Black Spot disparut dans une troisième explosion, quelques minutes après.

Il faisait nuit noir, mais l’orange vif du feu suffit pour éclairer le nouveau quatuor vers Mercy Island. Celle-ci était visible depuis leur point de départ. Elle ressemblait à un immense rocher. Malgré toutes ses émotions, le groupe n’oubliait toujours pas leur mission : sauver Henriette. Ils espérèrent arriver avant l’aube. Les muscles du Murray allaient encore opérer pendant toute la nuit…



Je suis épuisée. J’ai passé les pires vingt-quatre heures de ma vie. Bentley et Murray nous regardent l’air ébahi. Je sens que Sly retient son envie de me poser une multitude de questions. Personne ne sait comment entamer la conversation. Et Murray se sert de son rôle de rameur pour éviter de lancer le sujet. Afin de rompre le malaise, j’ai commencé mes explications… Je leur ai expliqué mon enquête contre LeParadox, ma mise à pied, mes fouilles dans la Seine, mon arrivée dans leur appartement, celle de mes poursuivants. La poursuite en plein Paris. Puis le tir. A la fin de mon récit, chacun me regarda avec une émotion différente.

Comment et pourquoi ? Telles étaient les deux questions qui me préoccupèrent. Je me suis fais tirer dessus. Par des gens qui en voulaient au groupe. Je ne suis pas morte. Et je me suis littéralement téléportée dans une cale de bateau. Sly est arrivé en défonçant la porte. Puis il m’a embarqué dans une de ses nombreuses aventures. Malgré moi.

Murray m’observa avec stupeur. Mon histoire sembla l’impressionner aussi bien de par son aspect inédit que dangereux. Je ne saurai dire s’il était plus surpris par le fait que l’on m’ait agressé ou bien que j’ai posé le pied dans leur immeuble. Bentley m’écouta avec peur. Le fait qu’un individu en veille au Volus-Ratonnus au point où un groupe d’inconnu fut embauché pour aller fouiller chez eux le refroidi. Il n’aurait jamais prédit cela. L’air pensif qu’il prenait émana un ton grave, que je n’avais encore jamais lu sur son visage. Le pire fut la réaction de Sly. Qui prit une toute autre émotion lorsqu’il comprit que je n’étais pas passé loin de la catastrophe. Se faire tirer dessus… c’est traumatisant.

J’essaie de garder mon calme, mais mes gestes me trahissent. Je tremble à narrer mon histoire. Ma voix est trouble et je ressens une envie d’évacuer par le pleur. Mais j’essaie de me retenir.

Avec un ton plus doux qu’à la normale, Sly m’expliqua à son tour la situation. De son affront face à LeParadox à ses péripéties au Londres victorien… Jusqu’à la recherche de son ancêtre pirate. Ils devaient la retrouver avant l’aube. Le Volus indique qu’elle se fera assassiner d’ici quelques heures.

La discussion fut longue. Elle faisait au moins 127 pages… Nous étions partagés entre un sentiment de joie de nous retrouver, et d’appréhension de se reparler. Ce qui rendit notre échange encore plus… émotif. Ressentais-je cela du à ma fatigue et à la présence de la nuit ? Sûrement. Mais je sentais qu’au fur et à mesure de l’avancée des récits, chacun éprouvait de la compassion pour l’autre. Et finalement, chacun était rassuré de se retrouver. Je l’admets, j’étais heureuse (et surprise) de les revoir.

Après cet échange, je me souviens m’être assoupie contre Sly…

Lorsque je me suis réveillé, il faisait toujours nuit. Le rongeur secoua légèrement son épaule pour m’indiquer qu’ils étaient arrivés. En relevant la tête, je découvris que nous étions arrivés sur une plage. Voire même une petite ile. Un gros rocher la surplombait et Sly s’apprêta à l’escalader. Je compris que nous étions plus que jamais, sur la piste d’Henriette.




AVATAR EN COURS

L’Île De La Miséricorde


— Mercy Island —
— 9 octobre 1648 - 5h30 —


L’ascension fut longue. L’île était petite, mais haute. Le gang était dorénavant en milieu de chemin. Empruntant des voies toutes plus ou moins accessibles permettant d’atteindre le sommet. Henriette avait pris possession des lieux. Plus les personnages progressaient dans l’escalade, plus ils pouvaient distinguer le drapeau de l’ancêtre au point culminant. La petite montagne n’était pas haute, mais avait un angle d’inclinaison assez important. Le chemin était étonnement rocheux, étroit et raide. La faune encombrante, l’obscurité nocturne et la légère brise de vent donnait plus qu’un fil à retordre au groupe.

Sly devançait ses amis, suivi de près par Murray. Il était les cheveux à l'air, son bérêt étant tombé dans la mer lors de sa fuite du Black Spot. Le duo ouvra la voie à Fox, qui aidait Bentley. Une telle ascension en fauteuil s’avéra difficile. Malgré ses améliorations. La moitié du chemin fut effectuée en une longue heure. Bentley se demanda s’il n’aurait pas du attendre le retour de ses compagnons en bas. Trop tard, il fallait avancer ainsi.

Le gang prenait du retard. Il ferait bientôt jour, et ils avaient à peine effectué la moitié du chemin. Sly pressa le pas. Si Henriette mourrait le cours de l’histoire le paierait. Il s’agissait ici d’une course contre la montre. L’ancêtre avait bel et bien pris possession des lieux, comme pouvait le remarquer Murray. Le groupe avait également été retardé par la douzaine de pièges qu’ils avaient du déjouer. Pas étonnant que l’île n’avait encore jamais été visitée par les sbires du Corsaire Noir. Jusqu’à dans quelques minutes.

Pendant le trajet, Carmelita supporta la lourde charge d’aider Bentley. Qui culpabilisait. Néanmoins, ce n’était pas le seul point qui l’embarrassait. La question du moment était : comment s’était-t-elle soudainement téléportée ? Prêt de Sly aussi bien géographiquement que dans le temps. Comment ? Pourquoi ? C’était étrange, excitant et inquiétant à la fois. Un tel acte dans une histoire méritait des explications… De plus, la renarde sentait qu’elle avait la réponse près d’elle. Mais elle fut incapable de la trouver. Elle poussait Bentley sur une pente raide. Ses vêtements étaient déchirés dû aux événements de la veille. Elle avait aussi gardé son gant. Le chrono-déplaceur, qui à l’instant était appuyé sur la poignée du fauteuil de la tortue. Oui, elle sentait que la réponse était tout près. Hélas pour elle, elle était aussi absente.

Après avoir taillé la luxuriante faune sur son passage, Sly s’arrêta net. Murray fit de même. Il venait justement de remarquer un autre piège. Heureusement pour lui, il les avait tous appris sur le Volus-Ratonnus. Un inconnu serait déjà mort à ce stade de l’ascension. La spécialité d’Henriette n’était pas la chasse en forêt, néanmoins elle avait sacrément protégé son territoire. Cela démontrait-il sa force, ou alors la crainte d’un ennemi ? En effet, une corde franchissait le chemin. Le coup du filet probablement. Archaïque mais efficace. Après avoir prévenu ses amis, le rongeur pris le soin de l’éviter. Rapidement imité par ses amis. Celui-ci devait être l’un des derniers pièges à éviter. Plus la montagne s’élevait, plus le chemin serait trop maigre pour pouvoir y intégrer des embûches. Peut-être que le gang allait rattraper son inquiétant retard en deuxième partie d’ascension.

Le rongeur pressa le pas. Même Murray commença à s’épuiser. La jungle de Rajan paraissait être un quatre étoiles par rapport à celle-ci. Et encore, il n’y avait pas les trente maudites bouteilles à retrouver ici. En se retournant, il remarqua que Fox avait du mal à continuer d’aider Bentley, qui se sentait cruellement handicapant. Après une courte réflexion, il décida d’aller les aider. Sly s’arrêta, et fit signe à son ami rose de continuer à sa place. L’hippo se laissa faire, prit sa lame, et continua à frayer un chemin.

Sly se dirigea vers elle pour prendre la relève. La voie était étroite, petite et entourée de flore assez encombrante. Presque aussi difficile de faire chemin avant que chemin arrière. Lorsque Carmeltia vit le rongeur revenir vers eux, elle ne refusa pas le coup de main.

Lorsque Sly prit la poignée du fauteuil, il sentit un courant d’air au dessus de son nouveau chapeau. Il n’eut à peine le temps de regarder les yeux de Carmelita en lui souriant lorsque le bruit d’un coup de feu explosa. Il comprit qu’une balle venait de lui frôler la chevelure. D’un réflexe sans précédant, il ordonna à tout le monde de s’abaisser ! Bentley se rangea dans sa carapace. Carmelita regarda Sly qui, à son grand étonnement, avait plutôt bien réagit. Mais elle détesta ce moment. En plus d’esquiver pour la deuxième fois une balle en moins d’un jour, elle n’avait pas son arme. Cela n’était pas sans (encore) lui rappeler son altercation avec le gang de rat…

Ce coup de feu la fit réfléchir sur sa question. Enoncée plus haut.

Un garde canin sortit d’un buisson en pointant son arme droit vers Sly. Suivit de cinq autres encerclant le gang. Ils avaient le même look que ceux rencontrés dans le fort. Il leur ordonna de descendre à la plage. Il était déjà presque six heures du matin. Ce qui signifiait que le gang n’avait plus aucun espoir de sauver Henriette… Murray hésita à frapper le garde prêt de lui. Mais les autres rappliqueraient. C’était aussi dangereux que de laisser l’ancêtre se faire assassiner. A cet instant, le groupe se fit escorter jusqu’à la plage. Impuissants et découragés.

La descente du retour s’effectua plus rapidement que la montée. Le chemin avait déjà été tracé dans la faune. En moins d’une heure le groupe était de retour sur la plage. Le plan du tatou avait fonctionné tout compte fait. Le temps qu'ils avait perdu dans le Black Spot avait permit au Corsaire de les rattraper. A la vue de l’immense bateau amarré sur le sable, Sly comprit comment son ancêtre allait mourir. Des gardes étaient déjà sur sa piste. Elle allait mourir fusillée par l’un d’entre eux. Le gang resta en petit cercle, surveillé par une dizaine de garde. Sur le sable.

Un tatou au style vestimentaire dépassé se dressa devant eux. Le sourire aux lèvres et aux cheveux cramés. Le garde de la veille avait retrouvé leur piste. Il avait également entrepris leur poursuite. Il avait réussi à s’échapper du Black Spot, de revenir au port, de reprendre une armée et de retourner à la poursuite de ses ennemis. Malgré son style vestimentaire douteux, il avait de la suite derrière les idées. L’air désinvolte, Sly observa le mammifère s’approcher d’eux. En marchant dans le sable, l’ennemi (dont le nom était encore inconnu) tentait de se donner une démarche élégante. Mais la mollesse du sable avait tendance à le faire boiter et ainsi à accentuer encore plus le ridicule du personnage. Ses propos néanmoins étaient tout autres :

« Le gang Cooper ! Je vous tiens enfin ! J’ai failli mourir brûlé ! Et j’ai perdu mon navire !!! »

Sly aurait bien tenté d’agacer encore plus son ennemi en lui lançant un « Ca va chauffer », mais l’échec de sa mission le lui interdisait. De plus, il détestait entendre autant de phrase avec des points d’exclamations. Henriette allait mourir dans l’heure qui allait suivre. Aucun moyen de la prévenir, et les sbires du fameux Corsaire noir étaient à quelques mètres d’elle. Le fusil rempli de plomb. La situation l’irrita. Le tatou reprit :

« Moi, Commandant Jordi Zaïne, je vais mettre fin à votre groupe ! Si Henriette meurt, plus de descendance Cooper ! Plus de rencontre avec tes amis et plus de voyage dans le temps ! »

Sly ne put se retenir : « Et plus de point d’exclamation. »

Malgré le regard incompris du tatou, Sly ne put admettre qu’il n’avait pas tort. Ses amis l’observaient, l’air tout aussi impuissant. Ce malade risquait de compromettre tout l’espace temps… Le dialogue s’arrêta ici. Le groupe était debout, sur le sable chaud. Entouré de gardes. A la merci de ce dénommé Zaïne.

Puis le temps passa.

Murray était surexcité. Il n’attendait que le feu vert de ses amis pour foncer dans le tas. Mais c’était trop dangereux. Ils étaient à 100 contre 1. La fronde contre le canon. Il était impossible d’agir.

Carmelita, elle, semblait réfléchir à autre chose. Elle voulait comprendre son arrivée en cette époque. Comme si ceci pouvait être la solution à cette situation.

Puis soudain, trois coups de feu successifs retentirent dans toute l’île.

Un coup. Deux coups. Trois coups.

Un long silence s’effectua. Pendant cet instant, le monde présent sur le sable tourna leurs regards vers le sommet du rocher de l’ile. D’où avait provenu le bruit. Ceci signifia quelque chose d’important : l’assassinat puis la mort d’Henriette. Elle avait été retrouvée, puis fusillée. Trois fois.

Mort aussi inattendue que décevante.

Sly fit de grands yeux à l’entente de ces trois coups meurtriers. Les gardes avaient pu tuer Henriette car Sly et ses amis avaient ouvert le passage aux sbires de Jordi Zaïne. Ils avaient déjoué la plupart des pièges de l’ancêtre. Sly était-il responsable de la mort de son parent éloigné ? La situation était insupportablement horrible. Longue et trop rapide à la fois. Personne ne prononça le moindre mot pendant ces longues secondes. Le silence fut brisé par le tatou :

« Perdu ! Ha ! »

Mais celui-ci s’arrêta rapidement de sourire. Il contempla le gang, encore présent. Il sortit sa mystérieuse épée laser en s’approchant d’eux :

-Par contre je ne comprends pourquoi vous êtes encore en vie… La boucle temporelle devrait vous effacer… dit-il, en terminant sa phrase dans un silence incompris. Il reprit d’un ton plus dramatique : Je vais donc vous tuer un à un. Et je vais commencer par toi la renarde pyromane !
-Ca va pas nan ? râla le rongeur. Aussitôt.

Carmelita sourit dès cet instant. Tout le monde la scruta, excepté Sly qui s’était mis dos à elle, face au type mal fringué qui les menaçait. Bentley et Murray se taisaient. Pourquoi Fox souriait-elle ? Allaient-ils réellement tous mourir ? La fin du gang ? Malgré toutes ces aventures ? Les points d’interrogation allaient-ils être plus nombreux que les points d’exclamation ?

Un nouveau long silence tua l’ambiance. Cette superposition de blancs face à de tels propos rendait l’atmosphère plus tendue que jamais.

Par une sorte de respect pour ses adversaires, Jordi laissa le couple effectuer ses adieux. S’ils faisaient le moindre faux pas, ils allaient mourir non pas de son arme blanche, mais des canons de ses hommes.

Carmelita mit sa main sur l’épaule de Sly, qui se retourna face à elle. Il voulait faire signe à ses amis de se battre malgré les armes à feu. Après tout, la mort les attendait tous. Mais elle émana, malgré la situation un air réconfortant. A la limite de la protection. Sly ne fit donc rien. Il ne ressentait aucun besoin de lâcher un quelconque signal de détresse. Pas le moindre plan à improviser. Laissant son amie face à son destin. Qu’avait-elle en tête ? Son intention ne rassurait en rien Sly. Allait-elle se laisser faire ?

-Tu me fais confiance ? commença-elle.
-Mais, tu ne vas… tu vas pas, te… le ton du rongeur était tendu et tremblant. L’idée de perdre ainsi Carmelita l’insupporta. Jamais il n’aurait cru une telle réaction. Fox reprit de plus belle, encore plus confidente :

-Fais-moi confiance… Je crois avoir compris.
-Mais compris quoi ?
-Sly Copper ! Me fais-tu confiance ?!

La renarde prit une autorité naturelle. Elle tendit lentement son autre main à Sly. Son ton supposait qu’elle n’avait guère le temps de lui résumer la situation. Le rongeur comprit qu’elle avait un plan. Mais il fut incapable de se l’imaginer. Comment pouvait-elle s’en sortir ? Sauver Henriette ? Ne serait-ce même les sauver eux ?

Il contempla pendant un temps relativement long le regard de la renarde. Puis il lui tendit à son tour sa main. Elle sourit. En la serrant très fort. Puis elle s’avança, entrainant son amoureux avec elle, vers le tatou :

-Je suis prête. Tue-moi.

Puis elle ferma les yeux. Proche du commandant Zaïne. A un mètre derrière elle, Sly ne ferma pas les siens. Il serra sa main de plus en plus fort dans celle de Carmelita. Puis il observa profondément la scène. La violence du geste le surprit : Jordi brandit son épée vers le ciel, puis s’apprêta à effectuer le coup fatal. Le sadique sembla profiter du moment. De celui ou il se vengeait de celle qui lui avait brûlé le visage la veille. Tout le monde assista à la scène dans un silence religieux.

Il frappa la renarde de toutes ses forces…

Au dernier instant, à la dernière seconde, Carmelita brandit sa deuxième main vers l’arme de son assassin. Comme pour se protéger du coup.

Il y eut un choc provoqué par l’épée s’appuyant contre sa main.

Le couple disparut dans une moyenne explosion, suivit d'un écran de poussière aussi inattendue que mystérieuse.

Sly se téléporta en même temps que Carmelita sur un sol rocheux. La transition fut tellement rapide que l’auteur n’avait même pas écrit entre trois tirets du six suivit du lieu et l’endroit. Le tout centré et en gras. Le duo était dans une petite pièce en pierre, peu meublée et une porte en bois Ventre à terre, il se releva rapidement, en même temps que sa compagne. Sa vision fut troublée par le choc de l'explosion. Son hébétude réduit la qualité de ses observations. Il ne comprit pas tout. Néanmoins la présence d'un autre individu marqua son intention. Un raton féminin se tenait droit devant eux. Chemise blanche, foulard sur la tête et… borgne. Borgne ?!

Sly regarda Carmelita d’un air incrédule. L’autre raton également. Fox laissa échapper un grand sourire. Elle s’attendait visiblement à ce résultat. Et elle en était heureuse.

La rongeur borgne bégaya : « Mais qu’est-ce que ? »

Au même instant, un chien vêtu du même uniforme que les gardes rencontrés plus tôt rentra dans la pièce, en défonçant la porte en bois, le fusil pointé droit sur Henriette. A peine avait-il posé pied contre le sol pierreux que Sly comprit le moment. Ils s’étaient téléportés au moment de l’assassinat d’Henriette ! D’un réflexe incroyable, il bondit sur son ancêtre et la mit à terre :

« Couchez-vous ! »

Un coup de feu retentit. Et une balle frôla le tricorne de la rongeur avant de s’écraser dans la roche de la grotte. Fox offrit son pied au nez du garde, et tenta aussitôt de s’emparer de son arme. Le canin ne se laissa pas faire. Les deux individus se battirent pour s'emparer de la même arme. Ils la tenaient fermement chacun. Deux autres coups de feu consécutifs explosèrent dans la bataille. Fox réussit finalement à le lui prendre. Puis elle assomma le garde d’un coup de crosse. Les événements s'étaient déroulés très rapidement. Le coup de crosse était visiblement plus fort que la chaussure taille 39. Le canin se laissa s’allonger contre le mur de pierre le plus proche.

Il y avait bel et bien eu trois coups de feu.

Sly aida son ancêtre à se relever :

-D’autres vont venir pour vous tuer, il faut partir !
-Mais qui êtes-vous ? renchérit la rongeur, incrédule.

Sly marqua un bref silence. Puis répondit subtilement :

« Des ennemis du Corsaire noir. »


—Trois minutes plus tard—
— (cette fois-ci, on laisse l’auteur préciser le cadre spatio-temporel) —


La pirate avait pris le peu d’affaire qui lui importait et avait quitté sa grotte par sa sortie secrète. Autrement dit, sa serpe en forme d’épée, le Volus-Ratonnus et quelques vêtements pour Fox. Un long tunnel en pente à l’intérieur de cette sortie donnait une sortie directe sur la plage. Le couple suivait la maîtresse des lieux. La rencontre avec l’ancêtre fut étonnamment rapide et incomplète. Personne ne s’était présenté, mais chacun connaissait le camp de l’autre. En vue des circonstances, c’était le principal.

Le rongeur dépassait tout le monde dans sa course. Le chemin rocheux était faiblement éclairé par quelques torches. L’idée selon laquelle ses amis étaient encore à la portée de Jordi le déplaisait.

« Ce n’est pas le moment de peigner la girafe ! » lança Sly dans sa course. Fier et surpris d’avoir enfin pu placer cette bonne vieille expression.

La course s'effleura sur une pente. La descente d'avéra aiguë, mais pas au point de perdre l'équilibre. Dans ses pas, Fox sentit que le tunnel se résumait à un large colimaçon.

Aux yeux du duo, la sortie du mont fut plus rapide que l’entrée. Le passage secret d’Henriette était terriblement efficace. A peine trois minutes suffirent pour atteindre l’extérieur. Le groupe se situa en hauteur de quelques roches, à l'entrée (cachée) de la grotte. Seules quelques végétations les cachaient depuis la plage.

La surprise du spectacle frappa le trio : Sly et Carmelita étaient là. Devant eux-mêmes.

Le couple apparaissait deux fois. L'un était situé à une dizaine de mètres de hauteur, sur des roches. L'autre, sur la plage, entouré par l'armée de Zaine. En dessous d’eux se trouvait la plage d’où ils venaient. A la différence qu’ils étaient encore là. Un deuxième Sly ainsi qu'une deuxième Carmelita étaient bels et bien encore sur la plage. Cette autre renarde se situait debout face à Jordi Zaïne. La main de ce deuxième Sly dans la sienne, prête à se faire poignarder.

Le rongeur fit halte à son ancêtre. Qui ne semblait pas tout comprendre. Sly ré-observa la scène avec émotion. Comme s’il la revivait. Dès ce moment, le voleur comprit ce que venait de provoquer Carmelita. Il saisit la main gauche de sa compagne, et toucha son gant. Le chrono-déplaceur… Fox prit la parole face à Sly. On pouvait voir leurs doubles du passé sur la plage en arrière plan :

« Ce bracelet est relié à ta famille Sly. Je l’ai trouvé dans les décombres du dirigeable dans la Seine, et j’ai trouvé ses plans dans votre appartement. Je ne savais pas comment le faire fonctionner. Mais en me faisant tirer dessus à Paris, je l’ai activé. Et je me suis téléporté à quelques mètres de toi. Il est relié géo-temporellement à toi et à ta famille ! Et il s’active visiblement lors d’un choc violent. J’ai compris ceci lorsque nous avons entendu les trois coups de feu. Lorsque nous avons tous cru à la mort d’Henriette, et que Zaïne allait tous nous tuer. Malgré le désespoir de la situation j’y ai vu une issue. Je me suis refait tirer dessus. Poignarder en l’occurrence. Tout comme à Paris, j’ai re-brandit ma main contre l’arme… »

Les deux personnages se revirent eux-mêmes disparaître face au coup du tatou. Sly termina sa phrase :

-… et le bracelet s’est ré-activé !? Nous avons ensuite atterrit prêt de mon ancêtre, avant sa présumé mort. Mais… Pourquoi m’as-tu pris ma main ?
-Si je me téléportais seule, je me serai retrouvé près de toi au présent. C'est-à-dire face à Jordi Zaïne au même instant. Le fait que l’on soit lié main dans la main a obligé le bracelet à se téléporter près d’un autre Cooper en danger. En l’occurrence Henriette.

Sly reçut une irréductible envie de prendre Carmelita dans ses bras. Il savait qu’elle était intelligente et courageuse. Mais cette fois-ci, il l’a trouva encore plus incroyable. Il prit conscience à cet instant à quel point il l’aimait. Hélas, il se fit prendre son col par Henriette qui le traina immédiatement sur la plage. Rapidement suivie par Carmelita. L’ancêtre n’avait pas tout compris, mais elle savait qu’il fallait agir. Maintenant. Ce n’était pas le moment d’être sentimental.

Henriette sortit son pistolet à silex et tira sur un garde prêt de Bentley. Murray renchérit aussitôt avec un joli poing sur ses voisins. L’effet de surprise leur offrait une sortie. La tortue et l'hippo ne firent guère attention au retour de leurs amis… avec Henriette. Le danger de la situation leur interdisait toute réaction risquant un quelconque échec. Bentley sortit ses bombes soporifiques et s’occupa ainsi d’un autre garde. Un autre gardien tira sur Murray, qui esquiva le coup sereinement.

Pendant la bataille, Jordi pensa prendre la fuite. Les bombes de Bentley l'inquiétait. Il ne voulait pas encore prendre une raclée idiote. Il monta à bord de son navire lorsque Sly le rattrapa. Le rongeur lui lança d’un ton défiant : « Zaïne : Ou comptes-tu aller comme ça ? »

L’ennemi ressortit son épée laser digne des plus grands nanars cinématographiques. A la vue de cette arme, le rongeur se faufila sur le pont. Suivi de près par le carapacé armé. En temps normal, Sly se serait volontiers prêté au combat. Sabre contre sabre. Mais ici, il s’agissait de la même problématique rencontrée la veille. Le laser pouvait faire fondre le bois de sa serpe. Ils ne se battaient pas à arme égale. Sly sauta sur un barrique de poudre. Il arracha le couvercle du tonneau et en prit une poignée. Dès cet instant le tatou éteignit son laser. Seul le fer de l’épée tranchante demeura visible. Il regarda Sly avec colère. Le rongeur aurait osé l'affronter de la même manière pour la deuxième fois en moins de vingt-quatre heures ! Il se sentait insulté. Mais son humeur fut rapidement calmée par le regard de son adversaire, qui insinuait très clairement la lâcheté dont il faisait preuve. Maintenant qu’il était forcé de se battre d’égal à égal, un contre un, arme blanche contre arme blanche, la partie devenait plus intéressante. Sly mit la poudre dans sa sacoche rouge avant d’avancer vers Jordi.

Puis la serpe ricocha violemment contre l’épée.



Ce ventre rose avait déjà frappé un nombre conséquent de personne tout au long de sa vie. Des brutes de son orphelinat parisien, à des voisins de cellule à Prague. La plupart du temps, un simple coup de ventre suffisait pour mettre à terre des faibles gabarits sur du bitume plat. D’habitude après une nuit de sommeil complète et un copieux petit déjeuner. La situation était différente cette fois-ci. Outre le fait que certains gardes canins possédaient une arme à tir, le ventre avait faim, mal dormi, et le sable mou rendirent ses mouvements moins souples. Bien que ce même ventre rose faisait voler plus d’une dent dans les airs, il fallait admettre que l’élégance des gestes furent absent. Tel un chat qui apprenait à nager, le nombril rose maitrisa les double sauts afin d’éviter quelques coups de la part de ses cinq adversaires.

De plus, il est difficile d’imaginer un ventre se promener sur du sable et frapper des chiens au point ou des canines quittèrent le palet de leur propriétaire. Mais, le lecteur pourra le confirmer, si le ventre est ici une figure de style, représentant l’hippopotame du gang, alors la phrase prend tout son sens. Et l’on pourra facilement comprendre que Murray est en train de se battre pour sauver sa vie et celle de ses amis sur la plage, face à un groupe de gardes armés jusqu’aux dents. Celles-ci étant parfois libres dans les airs. La figure de style étant ici, vous l’aurez compris, une synecdoque.

Inutile de s’égarer dans de quelconques détails ennuyeux et revenons à la bataille. Le pistolet à silex d’Henriette, ainsi que les fléchettes anesthésiantes de la tortue facilitèrent le combat de l’hippo. Fox n’ayant sur elle aucune arme, se vit contraint d’admirer le combat en retrait.

Déjà la moitié de la troupe de garde était anéantie lorsque Carmelita décida de s’éclipser. Elle venait de remarquer Sly sur le navire, face à Jordi. Alors que Murray offrait son poing au museau d’un autre gardien, la renarde fila droit vers la galère. Lieu de l’autre combat.



Accroupis sur eux-mêmes, les deux adversaires ne fléchaient pas. La serpe et l’épée était collées l’une contre l’autre, par la propre force dont faisait preuve leurs propriétaires. Chacun exprimait un visage différent. Jordi fronça son regard, reflétant tout la haine qu’il exprimait envers Sly. Tandis que le rongeur ne montra aucun signe de faiblesse. Son humeur était sombre, mais son visage neutre. Il esquiva rapidement les coups de pieds de son adversaire en jouant des jambes. Au bout du troisième jeu de pied effectué, le rongeur offrit un coup de boule au tatou. Profitant de son déséquilibre, le rongeur enchérit avec un coup de serpe au visage pour le mettre à terre avant de s’accrocher à la première corde qu’il croisa. Puis il se jeta vers la cale, néanmoins il s’arrêta net lorsqu’il vit Carmelita à l’autre bout du navire. Prête d’un canon, elle tenait une allumette allumée dans sa main droite. D’un regard qui traduisait sa rage et sa fatigue, elle fit signe de la tête à Sly de s’écarter de son champ de vision.

Jordi Zaine se releva avec difficulté, il eut besoin de poser ses deux mains au sol pour se relever. D’un manque d’élégance, il tituba avant de tenir droit sur ses deux pieds. Il se pétrifia violemment à la vue de Fox. Son allumette venait de déclencher la cordelette du canon situé à ses pieds. La détente de l'arme s’enclencha avant qu’il ne comprit ce qu’il lui arrivait. Le boulet s’enfonça dans son bassin au stade où le tatou se vit littéralement catapulté hors du navire. Lorsque Fox retourna ensuite son visage vers Sly, l’ennemi n’avait toujours pas atterrit dans la mer. Le couple n’avait encore jamais eu l’occasion de coopérer aussi longtemps. Et leurs sourires, bien qu’inappropriés, témoignèrent du plaisir échangé à cet instant.

La fumée du canon se dissipa au moment ou Bentley, Murray et Henriette montèrent sur le pont. Vu la vitesse de montée du trio, il fallait comprendre qu’ils comptèrent fuir la plage avant le réveil de leurs ennemis. Etant le dernier remonté sur le navire, Bentley retira la planche qui leur avait permis d’entrer. Henriette hissa les voiles et Murray prit possession du gouvernail.

Déroulée de manière complètement inattendue, l’opération fut un succès. Le gang quitta Mercy Island avec Henriette à son bord, vivante et en bonne santé.



— Océan Atlantique, à bord du Cooper Clipper —
— 9 octobre 1648 - 12h07 —


Prenez le temps de concevoir cette aventure,
Munissez-vous de tous les moyens nécessaires,
Au risque de vous retrouver devant un mur
Ne prenez pas l’affaire à la légère.


La lecture du Volus-Ratonnus par l’hippopotame fut stoppée net à l’arrivée du reste du gang dans la pièce. L’animal ferma aussitôt le livre, ne souhaitant pas être aperçu en train de lire les pages de sa nouvelle alliée. Henriette s’assit sur la chaise prête de lui, puis constata la présence de l’ouvrage prêt de ses grandes mains roses. Bentley entra à son tour dans la pièce, en dernière position. Son public l’attendait installé au fond de la cale du navire. Prêt à écouter ses directives. Au fil du temps, la tortue avait su s’approprier ce rôle d’organiser un plan en toutes circonstances. Il était plus qu’un cerveau. Il était devenu un manager confirmé. Situé devant son habituel public, il savait que ses futures paroles étaient attendues, impatiemment attendues. Sa voix était enrouée, la pression du dernier combat était encore présente…

Avant de prendre la parole, un constat rapide effleura l’esprit du carapacé. Il s’agissait du troisième plan à effectuer à l’improviste, dans un environnement inconnu, face à un ennemi inconnu, avec une interdiction formelle de résoudre le problème à la source : retourner au présent. Le troisième en trois semaines. Inutile d’admettre que sa polyvalence était mise à rude épreuve. Certes, le gang avait sauvé Henriette. Certes, Carmelita était de retour (par un heureux concours de circonstance). Mais ensuite : que faire ? Bentley mit son angoisse de coté avant d’entamer son monologue :

« Bien… Nous sommes tous sains et saufs, c’est le principal… »

Remarquant qu’il effectuait son oral sans diaporama, l’orateur rencontrait plus de difficulté à cacher son pessimisme… Il se ressaisit aussitôt :

« Henriette nous a mis le cap sur une île reculée du nom de Free Bay. Nous allons nous séparer en deux équipes.

Murray et Henriette vont rester sur cette île pour y forger une forteresse. Tout comme sur Mercy Island, nous allons nous construire un refuge des mieux protégés. L’ingéniosité d’Henriette et les forces de Murray devraient forger une excellente équipe pour cette tâche.

Carmelita, Sly et moi allons retourner incognito au port d’où nous sommes partis hier. Nous allons enquêter afin de savoir ce qu’il se trame. C’est aussi pour cela que nous te laissons sur l’île Henriette. Inutile d’aller risquer ta vie sur place. Nous vous transmettrons toutes nos informations par binocom. J’ai équipé mon fauteuil d’une antenne suffisamment puissante afin de nous permettre cette communication.

Nous avons pour objectif de connaitre notre ennemi pour mieux le nuire. Une fois que nous aurons collecté assez d’informations, nous les piègerons. Nous les convoquerons sur l’ile ou un affrontement sera inévitable. L’avantage de cette île, encore non répertoriée sur les cartes de cette époque, est de nous cacher de notre mystérieux « Tireur de ficelles ». Peut-être pourrions-nous enfin retourner à Paris sans aucun risque à l'issue de cette mission ?

Dès que nous nous sentirons en position de force, nous lancerons l'opération visant à nuire le despote du coin. C'est à dire que notre forteresse doit être imprenable, et combinée à nos informations obtenues par nos propres recherches. De plus, nous déciderons nous-même quand lancer l'opération. Nous ne sommes plus sous le joug d'un quelconque timing. Pour une fois.

Je ne sais pas encore ce que nous effectuerons une fois au port, mais je tâcherai de nous mener à la victoire au plus vite possible. Promis…»

Après avoir croisé le regard de chacun, qui visiblement étaient tous en accord avec ce qui venait d’être prononcé, Bentley acheva sa tirade :

« Si vous êtes prêt, cap sur Free Bay. »


— New-Providence —
— 9 octobre 1648 - 22h00 —


Le trio avait quitté le navire de Jordi Zaïne pour retourner au port de New-Providence en barque. Henriette les avait soigneusement déposés à quelques mètres du port sans risquer d’être vu. Après quelques conseils, donnés d’un air directif, Henriette laissa Sly ramer jusqu’au port.

Lorsque la fine équipe se trouva au pied de la muraille du port, celle indiquée par l’ancêtre, ils n’eurent aucun problème à l’escalader sans être vu par les gardes. Ils laissèrent la barque attachée à un rocher. Selon les dires d’Henriette, la raton avait subtilement modifié les horaires de passage des gardiens afin de rendre ce passage vulnérable à toute intrusion, ou extrusion.

Les rues dallées étaient désertes. Aucun éclairage ne permettait de distinguer la route des trottoirs. Seul le reflet de la lune offrait une vision satisfaisante. La météo avantageuse, ne laissait presqu’aucun nuage entraver l’excursion nocturne de l’équipe. Bentley roula au même rythme que ses compagnons. D’un pas décidé, ce dernier était impatient de retrouver le refuge. Sly le remarqua en le suivant depuis les toits. Son ami semblait inhabituellement pressé. Sa crainte de ne pas retrouver le van là où il avait été laissé ne justifiait pas son attitude. Bien que rien ne soit remarquable, Sly conserva pour lui sa remarque.

Quelques minutes plus tard, le groupe se trouvait déjà face au refuge : un bâtiment en pierre, plein pied, laissé à l’abandon prêt du bourg local. Fort heureusement, le van n’avait pas été découvert pendant leur absence. Bentley n’y prêta pas plus attention. La couverture le voilait soigneusement. Et aucune sorte de message provenant du Tireur de ficelles à l’horizon. Bentley déposa le Voler.net sur l’unique table avant de se diriger vers la fenêtre. La nuit était obscure, néanmoins la pleine lune continuait d’éclairer faiblement la pièce. Le reflet brilla contre le torse de la tortue.

Carmelita examina le refuge, qui ressemblait à un taudis tout aussi poussiéreux que morose. La décoration se résumait à une table, une étagère brisée dans l’angle supérieur gauche et une sorte de lit en paille. Les toiles d’araignées marquaient l’absence d’un quelconque occupant. L’odeur de renfermé, quand à elle, démontrait l’absence de vie récente.

Ce fut sur ces constats peu colorés que cette partie du gang parti se reposer. A l’exception de Bentley, qui resta pensif devant l’unique fenêtre. Comme s’il veillait sur ses amis.


— A quelques mètres d’ici —


Des pas résonnèrent contre le plancher qu’ils foulèrent. Une porte grinça, et laissa apparaître un bureau, dont le siège était retourné contre lui. Seul le dossier était visible. Un garde canin entra et admira rapidement la pièce peu éclairée. Le rottweiler se présenta brièvement avant de se faire couper la parole par la personne assise sur ledit siège.

« Laissez-moi deviner… Zaïne a échoué ? »

Le quadripode appréhendait le retour de sa supérieure à l’entente de sa réponse. Il n’entendait que sa voix rauque et sombre, son corps étant caché par son immense fauteuil. Seule la bibliothèque du fond, ainsi que le bureau lui étaient visible. Quelques bougies laissaient paraitre le contenu du bureau. Quelques documents avec divers logo dont un visage de raton et un grand S kaki. Une horloge résonna sourdement dans la pièce. Bien que son hésitation lui parût être une éternité, le canidé décida d’affronter le diable… Il s’adressa de l’autre coté du fauteuil :

« Oui. »

Il ne distingua aucune réaction de la part de son interlocutrice. Etait-elle énervée ?… Déçue ? Ou encore agacée ? Il ne savait pas comment deviner sa réaction… Percevant l’absence de réponse comme étant encore plus pénible, le canin continua sa phrase comme s’il avait marqué un court blanc.

« Son navire et son équipage étaient sans nouvelles. Nous avons envoyé une équipe sur Mercy Island pour inspecter l’environnement. Mes hommes ont retrouvé l’équipage amoché, et le commandant Zaïne inconscient… On a supposé qu’un rocher lui est tombé sur le ventre lorsque son corps trempé a été retrouvé inerte sur la plage… »

Le rottweiler termina timidement sa phrase. Il lui avait semblé que son interlocutrice s’était levée de sa chaise. En effet, elle quitta son grand fauteuil en cuir. Toujours dos à son sbire, les mains derrière elle, l’inconnue se dirigea vers la fenêtre voisinant la bibliothèque :

-Ou est le navire ?
-Porté disparu. Un des hommes du commandant Zaïne affirme avoir vu Henriette, avec une équipe, partir avec le navire. Nous ne sommes pas en mesure d’obtenir plus d’informations.

De la buée se dessinait contre la fenêtre, au niveau du museau de la supérieure hiérarchique. Elle acheva l’entrevue d’un ordre stricte et froid :

-Retrouvez-les.
-Ce sera fait.
-Avant que vous ne fermiez la porte, je vais vous donner une information supplémentaire…
-Laquelle ?
-L’équipe n’est rien d’autre que le gang de Cooper. Cueillez-les moi vivants. J'ai une affaire personnelle à régler.


— New-Providence —
— 10 octobre 1648 - 6h00 —


Le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Ce matin là, Sly s’était levé de bonne heure pour effectuer son habituel job de reconnaissance. Bentley était le seul d’éveillé au refuge. Il attendait des nouvelles de son ami sur le terrain. Prêt à lui donner les directives. Il avait peu dormi. Quelque chose d’inhabituel se tramait dans son esprit… Il avait un pressentiment. Incapable de le qualifier de bon ou de mauvais. Ce qui le rendait plus anxieux qu’à l’habitude. Carmelita le rejoint dans la pièce d’à coté. La tortue remarqua qu’elle s’était changée. Henriette lui avait prêté une tenue, étant donné le piètre état de sa combinaison de moto de la veille. Un pantalon large, rouge masquait sa mince silhouette, mais conservait son élégance. Le chemisier blanc correspondait à sa taille, avec un col haut. Vivre prêt de la mer était un excellent prétexte pour attraper un rhume. Sa coiffure aux cheveux attachés donnait un air XVIIe à la renarde. Après avoir constaté la mine pale de Bentley devant son ordinateur, elle s’assit sur le tabouret prêt de lui avant de briser le silence :

-Ou est-il ?
-A quelques rues de la maison du gouverneur. D’après Henriette, le fossé entre le maitre des lieux et le Corsaire Noir, notre nouvelle cible, est faible. Nous allons prendre des photos de reconnaissance de la ville avant d’effectuer une quelconque action. Expliqua t-il sèchement.
-Je vois…

La discussion ne décolla pas. Fox, étant consciente du comportement non représentatif de la tortue, préféra ne pas réagir. Il avait probablement ses raisons… Bentley sentit le malaise, il prit conscience de sa propre mauvaise humeur. Il décida de se rattraper :

-Tu sais Carmelita, quand tout ceci sera fini, nous redeviendrons sans doute « adversaire ». J’espère que tu n’utiliseras pas ton expérience au sein de notre équipe, pour nous devancer…

Ses derniers mots avaient écorchés sa bouche. A peine venait-il de les prononcer qu’il regrettait déjà ses paroles. Venait-il d’aggraver le malaise? Carmelita, bien qu’ayant déjà eu cette pensée à l’esprit, le regarda fixement. Yeux dans les yeux. Surprise de la question. Aussi bien au sujet de son arrivée dans ce contexte, que par le temps qu’elle avait mis à être posé.

La communication de Sly coupa d’un certain contraste l’entrevue. « J’y suis Bentley ! »



Peu de temps après son entrevue virtuelle avec son ami, le rongeur se mit au travail. Son objectif était de photographier de quelconques documents pouvant les aider pour la suite. Avant de prendre la route, il regarda dans ses paumes la clé USB que Bentley lui avait donné. Il s’agissait d’un mouchard. Capable de récupérer les données de n’importe quel appareil auquel il se connecte. Elle était verte, couleur reptile. Sly se mit ensuite au pas de course. Il rasa les murs de la propriété, esquivant lumières et gardes dans l’allée principale, puis franchit la barrière. Il s’agissait d’une immense demeure qui surplombait la ville. A croire que tous les despotes qu’ils rencontrent aiment posséder des bâtiments gigantesques. Il faisait encore nuit à cette heure-ci, ce qui facilita la discrétion du rongeur. Alors que ce dernier continuait son infiltration en se dirigeant, ras au mur, à l’arrière du bâtiment, il se demandait quel visage allait prendre son nouvel ennemi. Le groupe avait cette fois-ci, une longueur d’avance sur leur adversaire : Henriette était en lieu sûr.

Entre un bosquet et un des murs de la bâtisse, Sly se situait dans un endroit idéal pour passer inaperçu. Il crocheta la fenêtre la plus proche de lui et pénétra dans l’enceinte. Ses pieds se posèrent consécutivement sur le bord d’un long tapis rouge. Le rongeur se situait au bout d’un couloir, dont la fenêtre par laquelle il était entré marquait la fin. Après avoir soigneusement fermé la fenêtre, le rongeur s’aventura dans le couloir faiblement éclairé à la torche.

La décoration de l’endroit sembla indiquer son appartenance administrative. La présence des bibliothèques et des pupitres appuyèrent cette impression. Sly cherchait le bureau principal. Cette mission lui rappela sa première excursion au sein de l’usine de Yolkegg, deux cent quarante-huit ans plus tard. Au fur et à mesure de son avancée, le rongeur franchit l’intégralité du long couloir jusqu’à un escalier. La bâtisse semblait plus grande à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le rongeur ne savait par où commencer. Improviser dans un bâtiment d’une telle taille, sans plan ni vue d’ensemble s’avéra fastidieux. Par où commencer ? Il se mit en position de réflexion. Les deux coudés pliés, un poing soutenant l’un des deux, l’autre poing sous le menton. S’infiltrer dans un tel endroit infligeait une règle d’or : effectuer un minium de mouvement. Moins un voleur s’aventurait dans un milieu, moins il devait effacer ses traces. Une vibration parasita sa réflexion. Le sol semblait légèrement trembler. Pas de quoi faire tomber les meubles, mais suffisamment pour interloquer un raton en effraction. Le Maitre-Voleur se cacha dans le premier tonneau. Il ne vit plus rien. Le noir absolue au fond du récipient fermé. Ce dernier contenait un fond de poudre à canon.

Une légère fissure permit au raton d’observer à l’extérieur de son camouflage botanique. Les vibrations, accompagnées d’un léger bruit grave, se rapprochèrent progressivement. Le rongeur sourit de manière malicieuse. Le regard froncé sur son nouvel objectif. Il savait dorénavant quoi faire dans ce bâtiment ! Une immense carcasse métallique se déplaça lourdement face à lui. Elle était entièrement en noir. Le faible angle de vue du raton l’empêcha d’observer plus aisément son adversaire. Il s’agissait certainement du Corsaire Noir.

Malgré son probable poids élevé, le maitre des lieux se déplaçait assez vite. Sly ne perdit pas de temps pour le talonner à une distance raisonnable. Il pria pour que Bentley ne le contacte pas en pleine filature. La maison sembla plus large et plus longue en tonneau. Les mouvements ralentis, la musique arrêtée et le bruit de ses pas marquèrent la progression du raton. Le mécano-soudé épié se dirigea vers la salle la plus proche de la fenêtre par laquelle Sly était entré. Il ne remarqua pas une quelconque trace du passage du rongeur, ce qui facilita la tâche de ce dernier. La pièce dans laquelle il entra était une grande bibliothèque. Avec un immense globe au milieu de la pièce. Le tonneau se fixa à l’entrée. La créature métallique n’avait toujours pas remarqué sa présence. Néanmoins il se retourna après s’être rapproché d’une des étagères bondées d’ouvrages. Sans plus prêter d’attention au mobilier de la pièce, il se pencha vers l’immense fenêtre, qui laissait apparaître les premiers rayons de soleil de la journée. Convaincu que personne ne l’observa, plus par habitude que par conviction, le probable Corsaire Noir se munit d’un livre qu’il pencha vers lui. A cet instant, deux étagères situées à l’autre bout de la pièce, opposées à la baie vitrée, s’entrouvrirent pour laisser passer un passage. Le rongeur ne put voir l’intérieur du nouveau couloir. Il semblait peu éclairé, et était masqué par la présence du Corsaire Noir. Les portes se refermèrent, laissant disparaître l’individu composé d’acier, qui s’y aventura.

A peine le mécanisme acheva la fermeture de la porte, que le rongeur jaillit de son tonneau, en direction de celui-ci. Malgré le fil des ans et des missions, ses ennemis avaient le don de conserver une certaine surprise chez lui. Un passage secret, dans une bibliothèque. Et pourquoi pas une promenade aérienne pour se rendre dans une forêt de bambou ? N’écoutant que son courage, le rongeur réactiva le mécanisme par lequel son ennemi était passé quelques secondes auparavant. Il bondit ensuite vers son tonneau avant de continuer sa poursuite. Il comptait découvrir au plus vite qui se cachait derrière cette armure, aussi bien au niveau de la personne à l'intérieur que de ses plans avec Leparadox, ou le « Tireur de ficelles ».

Le passage sembla assez large compte-tenu de la discrète fonction qu’il occupe. Un léger escalier en colimaçon dirigea le visiteur dans les entrailles de l’île. Celui-ci était visiblement en bois, et faiblement éclairé par quelques torches, à l’image du reste du bâtiment. Marche après marche, un vertige s’installa dans son esprit. La tête du rongeur lui tournait au point ou il ne remarqua pas immédiatement que l’escalier se terminait en aluminium. A la fin de la descente, le rongeur eut une vue directe sur quelque chose d’inédit. Tant bien dans le contexte, que pour l’époque à laquelle il se situait. Un biplan rouge et noir se trouva face à lui.

L’avion, éclairci par plusieurs ampoules d’appareils électroniques qui l’environnait, se trouva dans une sorte de salle des machines. A dos, le Corsaire Noir se trouva face à lui. Immobile. Bien que cela ne se fût étonnamment jamais produit, Sly pria pour que son ennemi ne remarque pas la présence soudaine du tonneau. Au bout de quelques secondes d’examen, la gestuelle du mystérieux Corsaire Noir interloqua son discret observateur. Il restait figé. Inerte. Mais, encore debout. Etait-il inconscient ? Etait-ce un vrai robot ?

Après avoir minutieusement inspecté la pièce, afin de s’assurer qu’elle était vide, Sly sauta de sa cachette. Il prit le temps de passer devant le Corsaire Noir afin d’observer son avion. Le véhicule avait une allure sportive, futuriste. Il ne s’agissait vraisemblablement pas d’un biplan classique. La forme cylindrique de ses moteurs arrière alerta le raton sur ce point. Il remarqua une odeur familière. Une odeur féminine… Sans être capable de mettre le doigt dessus, il continua ses recherches.

Après s’être retourné une dernière fois vers le corps éteint de l’individu mécanique, Sly continua son inspection. Quelque chose clochait, et ce véhicule caché sous terre en était probablement la solution. D’une taille à peine plus grande que son avion en Hollande, le bolide aérien était composé de vitre blindée. Son hélice avant lui donnait une élégance, et ses ailes superposées accentuaient le contraste entre la technologie ancienne et récente à la fois. D’un subtil coup de serpe au niveau de la serrure, il ouvrit la vitre du conducteur. Les commandes étaient inédites, rien à voir avec un biplan classique. Elles ressemblaient davantage à celles du module temporel du van. Sly cru même reconnaitre le réceptacle qui permit au véhicule de cibler la destination spatio-temporelle. Une plume se situait à l’intérieur. Une même plume bleue, identique à celle qui leur avait été donné à Londres. Néanmoins seul le constat suivant choqua Sly : le logo (bien connu) d’un mulot sur le tableau de bord.

Soudainement surpris, Sly se jeta sur l’armure du Corsaire Noir, toujours éteinte. Celle-ci sembla ouverte, comme si elle possédait un emplacement pour être contrôlé depuis l’intérieur. Son pilote étant absent, expliquait l’immobilité du corps.

Les craintes du rongeur se justifiaient. Après une fouille rapide de l’armure, il saisit dans ses doigts un long cheveu blond. Debout, le dos droit, il regarda le fil capillaire avec calme et appréhension.


— Free Bay —
— 10 octobre 1648 - 7h00 —


Murray parvint à faire tomber le trentième palmier de l’île en moins d’une heure. Le dernier coup de hache donné, suivit du bruit accompagnant la chute de l’arbre, indiqua à Henriette la quantité de bois qu’elle disposait dorénavant afin d’achever les quelques pièges qu’elle avait en tête. Bentley exigeait que l’île soit impénétrable pour quiconque comptait venir l’explorer. L’îlot était principalement constitué de faune et de flore. Seule une cabane au centre de la forêt situait un semblant de civilisation, outre le navire amarré sur la plage.

Henriette n’avait pas choisi cette île au hasard. Elle la connaissait. C’était ici même qu’elle était née, qu’elle avait grandi, et appris les mouvements du Volus-Ratonnus. Défier son ennemi sur cette île était symbolique. Elle s’était déjà faite bannie de l’ancienne. Une fois mais pas deux. Néanmoins elle demeura étonnamment calme. Murray le remarqua. Elle n’était pas très bavarde également. Pourtant le feeling et la communication entre les deux personnages était établie, et fonctionnait. Avant huit heures, deux barricades étaient d’ores et déjà sur pieds. Lorsqu’Henriette prit sa pause, l’hippo se munit du Volus-Ratonnus et continua la lecture là où il l’avait arrêté. Installé au fond de la cale du navire d’Henriette, il souhaitait terminer de lire le poème qu’elle avait rédigé.

Le gredin est présent : fort, malin et robuste,
Faire doublement preuve d’inventivité est pieu.
Toutes ses valeurs sont synonymes de vétuste,
Au point ou tout affront s’avère laborieux.


Le message, aussi poétique fut-il, sembla démontrer le sérieux de leur adversaire. Néanmoins il ne sembla pas évoquer directement les actions du Corsaire Noir ou même de Leparadox. Mais d’un ennemi beaucoup plus ancien. La suite de sa lecture stupéfia Murray.

Ses serres scintillent dans le sang de ses adversaires,
Son bec a eu raison d’un de mes corps ciliaires.
En même temps que son âme de la mienne.

Le jaune, colore sa haine, transperce l’obscurité.
Ses ailes, immondes formes, terrifient les horizons.
De notre combat je ne crains que ma peine.


A la lecture du poème, il comprit qu’Henriette avait d’ores et déjà eu affaire à Clockwerk. Cette probable confrontation lui avait valu son surnom : « Laborgne ». L’hippo prit le temps de considérer cette lecture. Il n’avait jamais lu cet ouvrage, contrairement à ses amis. Sly ne parlait pas de ses ancêtres tous les jours. Sauf depuis quelques mois bien entendu. Ce « gredin » comme elle le qualifiait, avait changé sa vie. Tout comme celle de Sly. Le lecteur rose s’étonna d’une chose : ils n’avaient encore jamais rencontré Clockwerk dans le passé. Se cachait-il ? Cela parut soudainement étrange à Murray. Comment un adversaire aussi craint et présent que ce hibou robotique avait-il pu passer inaperçu, à chaque fois ? Il se nota d’en parler à Bentley.


— New-Providence —
— Dans la demeure du Corsaire Noir —
— 10 octobre 1648 - 6h32 —


Sly courut aussi vite qu’il le put. Tel l’athlète qu’il était, il comptait quitter cette place maudite. Il remonta les escaliers à toute allure. Retour au rez-de-chaussée. Ce garage sous-terrain ne concernait pas, directement, sa mission. Sa récente découverte ne lui disait rien qui vaille. Pire : ne lui rappelait rien qui vaille. Comme à son habitude, il décida de se diriger vers le bureau du despote. Ils en possédaient tous un. Il devait revenir de sa mission avec une quelconque information. De quoi permettre à Bentley d’échafauder un plan. Comme lorsqu’il était prit de court, il décida de s’en reporter à son instinct. Il se dirigea vers l’étage. Les choses importantes sont toujours situées en hauteur. Ou dans des sous-terrains. En l’occurrence il avait déjà visité le sous-sol.

Heureusement pour lui, la demeure était vide. Les gardes devaient surveiller la maison seulement de l’extérieur. De plus la maison ne possédait aucun piège, voire même le moindre système de surveillance. Ce qui laissa le champ libre au raton. Il s’agissait d’une occasion à saisir. Rares étaient les lieux où la sécurité était aussi basse. Ses pas tapèrent contre le plancher de l’escalier. Une fois à l’étage, il se dirigea vers la porte du fond du couloir. Sly ne prit même pas le temps d’observer l’endroit, il entra dans la pièce qu’il l’intéressait. Il s’agissait en effet du bureau. Quelques bougies laissaient paraitre le contenu du meuble. Quelques documents avec divers logo dont un visage de raton et un grand S kaki. Il ferma la porte qui grinça derrière lui, et décida de fouiller intégralement l’endroit. Après tout, il savait précisément ce qu’il cherchait.

Le siège était retourné contre le bureau. Seul son dossier noir était visible. La lumière des torches reflétait contre le cuir du fauteuil. La pièce surprit le rongeur. Il n’y avait rien de spécifique à fouiller ici. La bibliothèque ne comportait que de simples ouvrages. Avec des titres compliqués. Pour l’heure, Sly se fichait pas mal des « 101 façons d’entretenir ses orchidées de manière à obtenir un fleurissement de qualité ». Dans ce cas, où fouiller ? Bien que son excursion dans le passage secret lui avait fourni assez d’information pour lui-même, il souhaitait trouver autre chose pour Bentley…

Soudain son regard se dirigea simplement sur le bureau. Sans savoir pourquoi, il n’avait toujours pas regardé à cet endroit. Peut-être était-ce trop simple ? Dire qu’il hésitait à démonté le globe terrestre de la pièce. Le bureau était rangé, car seul un simple dossier sur un support vert y était posé. Le document était kaki, et intitulé d’un simple « S » en capital. Cela lui rappelait vaguement quelque chose. Il s’apprêta à se munir du rapport. Sly se sentait étrangement seul dans la pièce. Dans la demeure également. Même le supposé « Corsaire Noir » semblait absent. Jusqu’au moment où une balle lui effleura le visage. Se logeant dans un livre de la bibliothèque.

Abandonnant immédiatement l’idée de se saisir du dossier, il jeta son regard vers l’origine du tir. Un rottweiler le regarda à l’entrée de la pièce. Un pistolet à silex braqué droit sur lui. La fumée s’échappant du canon.


— Free Bay —
— 10 octobre 1648 - 7h56 —


Murray referma lentement l’ouvrage. Puis le rangea dans le coffre de la cale. Lorsqu’il sortit du bateau il se dirigea en direction d’Henriette sur la plage. Il reprit aussitôt sa tâche. Ils avaient récupéré suffisamment de bois pour commencer à réaliser quelques pièges. Il regarda son compagnon organiser les différentes ressources dont ils disposaient : du bois, des cordelettes, des pierres taillées et quelques noix de coco et feuilles de palmiers. Ils avaient du pain sur la planche.

Contrairement à sa dernière île, Henriette changea de stratégie. Elle n’allait pas piéger un chemin dans la faune. Elle comptait simplement piéger tout le contour de l’île. Ainsi, même ceux qui décideraient de la contourner ne lui ferait aucun mal. Décidant de laisser l’intérieur de l’île intacte. Seule sa cabane servirait de refuge. Comme un repère parmi les dangers de la flore.

Pendant qu’il creusait le premier piège, pour réaliser un trou masqué par des feuilles de palmier, Murray remarqua la discrétion de l’ancêtre. Elle n’était pas très bavarde. D’ailleurs avait-elle prononcé le moindre mot depuis le début de leur rencontre ? Il la vit apporter les différents bouts de bois nécessaires à sa réalisation. Elle était maigre, et furtive, même en portant une charge lourde. Son cache-œil ne gâchait en rien sa féminité. Le vent de la plage donnait du relief à son foulard. La manière dont elle posa le matériel au sol démontrait sa fermeté et son assurance. Même en ce temps rude.

Devait-il lui parler de Clockwerk ? Non par impolitesse ou bien par curiosité triviale. Mais pour Sly. Bien qu’il n’ait encore jamais évoqué le sujet, Murray se souciait de son ami. Le fléau que le groupe combattait s’étalait depuis la nuit des temps. Qui d’autre que Clockwerk pourrait bien se cacher derrière cela ? Certes cet oiseau de malheur avait péri. Mais il représentait le seul élément plausible pouvant relier tous les indices qu’ils possédaient comme la mise en garde laissée sur le van en Egypte, mais surtout la volonté de LeParadox de dérober tous les Cooper. Certes le mode opératoire différait des actions du scélérat, mais le motif et l’alibi soutenaient l’hypothèse.

Préférant garder sa réflexion pour lui-même, il se nota d’en parler à Bentley plus tard. Dans ses derniers efforts physiques avant la pause déjeuner, Murray tailla en forme de pointe quelques troncs d’arbre. Réfléchir en travaillant lui avait ouvert l’appétit. Enfin… plus que d’habitude.


— New-Providence —
— Dans la demeure du Corsaire Noir —
— 10 octobre 1648 - 6h44 —


L’échange de regard entre Sly et ce mystérieux garde fut intense et long. Toujours en pointant son arme vers sa cible, le canidé hurla à la garde. Le Corsaire Noir n’allait pas tarder à rappliquer. Le rongeur réfléchit quand à la situation dans laquelle il se trouvait. Devait-il prendre la fuite ? C’était le deuxième bâtiment dans lequel Sly se faisait prendre en pleine excursion. Il avait l’impression de revivre la scène dans l’usine d’acide sulfurique de Londres. Evidemment, il avait cette fois-ci un plan. On n’attrape pas deux fois de la même manière un Cooper.

Sans quitter le regard du rottweiler, il le questionna :

« Tu ne me tues pas ? »

Sly tentait un coup de poker. Le danger de sa remarque pouvait lui coûter cher. Heureusement la réaction de l’ennemi le rassura dans sa démarche. Le chien sembla hésiter. En recherche de crédibilité il recria des renforts. Des bruits de pas s’accentuèrent à l’approche de la pièce.

Le soleil se levait sur la ville, et un rayon lumineux éclaira la vitre derrière Sly.

Stupéfait, le canidé garda son fusil en joue contre son adversaire. Les bruits de pas se rapprochèrent, jusqu’à leur arrivée. La venue de ses collègues le rassura. Sans ce, il aurait sans doute pâlit à l’écoute de la dernière phrase du Cooper. Il avait reçu l’ordre de ramener ce maudit rongeur, en vie, à son supérieur.

Seul, désarmé, sans aucunes connaissances du bâtiment, Sly se retrouvait face à une armée de gardes, armés jusqu’aux dents et en maîtres des lieux. Un jeu d'enfant ? Maîtrisant l’urgence de la situation il fit un pas près de la chaise de bureau :

« Tu ne me tues pas ? »

Le rongeur termina une deuxième fois sa question rhétorique dans un relatif et long silence. Avant de reprendre de son air intrépide propre à lui-même :

« Mais oui… Tu ne me tues pas, car tu as eu l’ordre… de me capturer vivant… Je m’en doutais ! »

L’air narquois du raton surplombait l’atmosphère. Néanmoins le rottweiler ne fléchit pas. Logiquement, Sly devrait lever les mains en l’air !

De ce fait Sly se munit de la chaise de bureau et la prit dans ses bras. L’action se déroula rapidement. Les secondes ne semblaient durer des microsecondes. Après avoir constaté la présence des gardes, il leur lança :

« Dans ce cas… Si vous voulez bien m’excuser… »

Il jeta le fauteuil dans la fenêtre voisine. Celle-ci explosa immédiatement en mille morceaux. Le bruit aigu du choc surprit tous les gardes. Après avoir tous cligné des yeux lors du choc, ces derniers ne surent s’ils devaient regarder la vitre brisée, ou le rongeur. Les copeaux de verre tintèrent dans la salle. Personne n’osa broncher. Du vent de l’extérieur s’installa dans la pièce. Le courant d’air donna un mouvement dynamique à la chevelure avant du raton. Il regardait ses adversaires, certain de ses gestes. Comme d’habitude.

Ainsi Sly s’aida du fauteuil tombé sur les bouts de verre pour se faufiler sur la fenêtre dorénavant ouverte. En regardant les gardes impuissants de par leur consigne, il leur lança :

« Mes salutations à LA Corsaire NoirE ! »

Conscients de la future fuite de leur ennemi, ces derniers rangèrent leurs armes et bondirent sur lui. En vain.

Sly s’était déjà échappé par la fenêtre. Une silhouette en paraglisser flotta dans le vent. Un garde canin constata une carte de visite était laissée sur le bureau. Sur l’ancien emplacement de l’intriguant dossier.



Je m’y repris à deux fois avant de soumettre le dossier à Bentley. Je m’assurais immédiatement qu’il ne mentionnait pas une seule fois le nom de la personne que mon ami redoutait. Nous pensions nous être débarrassés d’elle. Comment pouvait-elle encore refaire surface ? Malgré ma surprise, je dois avouer que je m’y attendais. Après tout, Bentley avait déjà reçu d’autres cartes d’elle. Nous savions qu’elle s’était libérée de prison.

En soit ce n’est pas vraiment la personne elle-même que je crains… Mais la réaction de Bentley. A mon retour, je donnais donc le dossier à mon ami. En priant qu’il ne se rendra compte de rien. D’après ma lecture cachée, le document ne laissait rien paraitre.

Tandis que Bentley l’éplucha, Carmelita reconnu le logo sur la couverture du dossier. L’immense « S » kaki. La même image présente sur le véhicule du groupe venu fouiller notre appartement. La même image présente sur le blouson de celui qui lui a tiré dessus. La même image. Un premier lien se dessinait parmi tous les éléments que nous avions récoltés. Cette situation peut se qualifiée de rassurante et d’inquiétante à la fois.

Je mis Carmelita dans la confidence. Bien qu’elle ne soutenu pas ma décision, elle accepta de garder le secret. C’était à moi seul de prévenir Bentley. J’espère juste en avoir la force. J’imagine sa crainte de revoir son démon refaire surface. Et de risquer la réussite de la mission. Certes il l’avait vaincu en Angleterre médiévale. Mais je savais que ses sentiments demeuraient présents. Un combat physique, aussi glorieux soit-il, n’égalise pas une remise en question.

Par mes décisions, mes amis et moi-même risquons gros. Avec ma connaissance de la date de ma mort, il s’agit du deuxième secret que je leur cache…

Bref, est-ce encore utile de préciser de qui je parle ? Pénélope… Le grand amour de Bentley.




— Place principale de New-Providence —
— 10 octobre 1648 - 9h30 —


Positionné sur un toit en tuile, le reptile à roulettes surplombait la ville. Il observa les environs depuis le point de hauteur où il se situait. Comme s’il cherchait quelque chose. Rien d’autre que la demeure du Corsaire Noir ne semblait suspect. Après réflexion il se décida d’entamer la conversation avec Sly, par son habituel binocom vert :

-Je dois… visiter moi-même le navire du Corsaire Noir. J’ai une mauvaise intuition. J’ai besoin de vérifier par moi-même.
-Tu as à peine terminé de lire le dossier que j’ai ramené. Ca ne te ressemble pas de partir ainsi à l’aventure.
-Il ne me reste qu’une dizaine de page. L’essentiel a été lu. De plus, j’ai lu que le navire possédait une technologie qui n’était pas sans me rappeler le voyage temporel. Si l’on piège le ticket de retour du méchant, on aura un avantage lors de l’opération.
-Tu comptes… pirater son navire ne bois ?
-Quelque chose me dit qu’il n’est pas si végétal qu’il n’en a l’air. Ne t’en fais pas je sais être prudent. Je dois profiter de la situation. Il n’y a aucune sécurité à contourner pour y pénétrer.
-Ne bouge pas, je t’ai déjà envoyé Carmelita. Vous ne serez pas trop de deux là-dedans. Je sais de quoi je parle.
-Soit. Tu aurais pu me le proposer au refuge… J’attends sa position.
Tel fut la phrase qui conclu cet échange verbal.

Un pied dans une flaque, un deuxième sur une dalle. Fox longeait les murs. Contrairement au reste du groupe, elle préférait rester au sol. De toute façon, la discrétion de Sly valait tout autant que sa pointure taille 40. Semelles épaisses. Ces mêmes semelles qui se dirigèrent vers l’ami reptilien. A toute allure.

Malgré l’assurance de sa démarche, elle semblait perturbée. La renarde avait reçu la délicate mission d’empêcher Bentley de découvrir ce que Sly avait découvert. C’est-à-dire la présence de Pénélope. Après tout, elle aussi, avait assisté à la première réaction de Bentley. Pauvre Bentley. Il affirmait ne plus y penser. Bien qu’il ne laisse paraître cette impression, de manière crédible, Fox refusait une telle explication. Moins naïve que Murray ou Sly, elle rapportait cette situation à la sienne : si elle devait se confronter à Sly. Raisonnement aussi simple qu’inédit. Comment réagirait-elle ? Certes elle l’enverrait en prison. La vie reprendrait son cours normal. Mais après. L’émotion ponctuelle est passée. On reçoit une motivation sans précédent à oublier LA personne que l’on pensait retenir toute sa vie encore quelques heures avant. On y parvient dès les premiers jours. On se croit « guérit » de la rupture d’un amour promis. On se convainc que pour son propre bien le plus intime, il faut agir de la sorte. Ne plus y penser. Tel un mauvais souvenir.

Les premiers jours se passent. Les premières semaines défilent. Puis petit à petit remonte d’une manière attirante l’envie d’y penser à nouveau pendant une infime seconde. D’autre jours se passent. D’autre semaines défilent. Puis cette pensée quotidienne intervient un peu plus longtemps que la veille, quoiqu’encore négligeable. D’autre jours se passent. D’autre semaines défilent. Cette manie de songer à cet être devient régulière, tel un passage obligé dans l’accomplissement de sa journée. Après tout, cette inaccessible personne était importante à nos yeux encore quelques jours auparavant. En dépit d’y repenser un court instant, nous nous torturons régulièrement l’esprit à se poser la question d’une éventuelle retrouvaille, et de ses conséquences. Les jours se passent, les semaines défilent, les années aussi. Puis un jour on se réveille, conscient de cette pensée, à reconsidérer sérieusement la question : Et si ? Et si je la rencontrais à nouveau ? Ou encore pire : Et si je ne la re-rencontrait jamais ? Ce flux de question s’expand dangereusement jusqu’à occuper secrètement l’esprit du torturé. Finalement, est-ce possible d’oublier ? Est-ce possible de vaincre de tels sentiments ?

Lorsqu’elle avait vu Sly périr dans le tourbillon temporel de LeParadox, elle avait remué ciel et terre (et mer), pour le retrouver. Ainsi que faire périr celui qui lui avait provoqué cette peine. Ce vide. Mais lorsque les seuls coupables sont nos propres sentiments. Qu’en advient-il ? On ne peut pas se battre contre un ennemi immatériel, invisible.

Elle était intiment convaincu de sa propre incapacité à se forcer d’oublier Sly. Peut importe ce qui parviendrait à l’avenir. Qu’ils combattent ensemble ou en opposés. Alors, qu’en est-il de Bentley vis-à-vis de Pénélope ?

Perdue dans sa réflexion, Fox se surprit à se retrouver face à Bentley. Inconsciemment, elle avait rejoint le point de rendez-vous. La mission commençait officiellement. Néanmoins, pour le moment, elle détestait plus Sly qu’elle ne l’aimait. Comment osait-il lui confier une mission pareille ?! Saleté de rongeur !


— Free Bay —
— 10 octobre 1648 - 10h01 —


Free Bay. Un îlot si minuscule qu'il ne figurait sur aucune carte. Contrairement à Mercy Island qui était même visible depuis le port de New Providence. Henriette n'aimait pas cet îlot. Trop de souvenirs. Hélas, Mercy Island était dorénavant aux mains de l'ennemis. Ce qui la contraignait à agir depuis cet îlot. Lieu de son enfance.

Plus les deux protagonistes avançaient dans leurs tâches respectives, plus Murray se rendait compte qu'elle n'était pas très bavarde. Pourtant, il aurait aimé échangé avec elle. Principalement au sujet de ses écrits du Volus Ratonnus. Néanmoins, la pirate demeura mystérieuse à ses yeux. Elle ne lança la parole qu'au sujet de la fortification de Free Bay.

D'ailleurs ils devaient finaliser encore quelques pièges. Un de ces derniers consistait à faire littéralement fuir des gardes de la manière la plus efficace qu'il soit. Il s'agissait d'un nouveau piège inédit pour Henriette. Cette idée lui avait traversé l'esprit peu de temps auparavant. Elle ne l'avait encore jamais réalisé. Il était trop dangereux à mettre en place pour une seule personne.

"Comment ça, trop dangereux ?!" s'exclama Murray.

Ainsi, Henriette lui déclara son plan.

Ainsi l'hippo appris que l'Amérique Centrale, donc Free Bay, possédait une large variété de grenouille. L'une d'entre elles se nomme "La Dendrobate". Elle détient la fine particularité de contenir du poison mortel sur sa peau, de manière à empoisonner ses prédateurs. Si le duo parvient à capturer quelques grenouilles et à les placer sur le chemin des gardes, ces derniers reculeraient automatiquement. Ces derniers craignent plus des mouches que de mourir au combat !

Néanmoins la question de la capture saine des grenouilles demeura sans réponse. Et Murray ne souhaitait pas y laisser sa peau. Bentley n'était pas à deux rues prêt à le soigner. Murray possédait les moyens, mais aucune idée pour y parvenir.

Henriette, elle, avait l'idée. Mais pas les moyens. Ainsi le duo s'avéra complémentaire.

Ces dangereuses bestioles reposaient sur des arbres, jusqu'à une dizaine de mètres de hauteur. Si Murray parvenait à déraciner quelques troncs les plus fins, pour les déposer sur la grande plage, ces dernières quitteraient leur habitat pour s'étaler à même le sable. Ces grenouilles sont très colorées, et seraient visibles des gardes depuis leur position dans le navire, avant même l'abordage ! De quoi semer le trouble dans les armées adverses avant-même le début du combat !

Le plan s'avéra néanmoins aussi dangereux qu'utile. Murray s'y repris à deux fois avant d'accepter. Si la moindre grenouille tombait sur son corps lors du transfert, c'était la mort assurée.

L'hippo se munit de gants marrons plus épais, ainsi qu'une veste en cuir. Ceci afin de le protéger du moindre contact avec ces fichues endrobates !


— New-Providence —
— 10 octobre 1648 - 10h27 —


Une mission d'infiltration parmi tant d'autres. Cette fois-ci, il fallait traverser le port et atteindre la cale d'un nouveau navire. Ce fut le troisième bâtiment nautique qu'ils prirent depuis leur arrivée à cette époque. Le Black Spot qui avait sombré dans l'océan, le Cooper Clipper actuellement présent sur Free Bay, puis celui du Corsaire Noir. Au port de New-Providence.

Le jour était déjà levé. Le temps était radieux. Et les gardes se reposèrent sur le pont. Profitant de cette belle matinée. En réalité, ils avait été endormis par les fléchettes de Bentley. Ce dernier se propulsa sur le pont du navire, et constata fièrement l'efficacité de son arsenal. Une vraie tortue de terrain. Carmelita avait à peine atteint le navire, qu'elle aperçu Bentley se rendre au pont supérieur.

Après avoir soigneusement posé une bombe sur l'entrée de la cale, la tortue vérifia la présence éloignée de Fox. Toujours vêtue de la jolie tenue que lui avait prêtée Henriette. La détonation s'effectua, puis il se faufila dans l'antre de la bête.

Les derniers événements s'étaient déroulés à grande vitesse. Fox peinait à suivre le rythme de Bentley. Il ne faisait même pas attention à elle. Il ne communiquait pas ses actions. Il avançait. Fox se doutait que Bentley avait un mauvais pressentiment. Sa mission, confiée par Sly, possédait une ampleur assez inédite. Elle ne maîtrisait pas la situation. La tortue était lancée. Beaucoup plus confiante qu'à ses débuts. La mission se compliqua à l'intérieur de la cale, obligeant la tortue à coopérer.

-Finalement, je vais avoir besoin de ton aide Carmelita. annonça le reptile.
-Finalement… répéta la renarde.

Il se situait devant une porte. Verrouillée de l'intérieur. Le couloir était sombre, faiblement éclairé par une lampe à huile accrochée sur un clou. Cela rappelait à Carmelita son réveil à cette époque. Si Bentley ouvrait l'accès avec une bombe, il pouvait alerter les potentiels gardes de l'autre côté. Ils chuchotèrent :

-L'ordinateur du Corsaire se situe deux étages plus bas. Cette salle nous permet de passer au niveau inférieur. Je souhaite y accéder, mais discrètement.
-Or il y a, peut-être, des gardes de l'autre côté. Désolé, mais je suis comme toi Bentley. Sans électro-gun qui plus est. Je ne peux pas les atteindre d'ici. Et ne compte pas sur moi pour ramper sous la porte pour leur mettre une raclée !
-Nan ! Je pensais à autre chose. Regarde à travers la serrure et aide-moi à guider ma voiture électrique. Je vais les endormir depuis mon véhicule portatif.
-Tu vas endormir des gardes… avec une voiture pour enfant ?
-Laisse-faire le professionnel, rétorqua-t-il. J'ai sauvé ton chéri de prison à l'aide d'un hélicoptère deux fois moins maniable !

Il se frotta les mains, puis ses autres mains robotiques posèrent la petite auto sur le sol en bois. Après s'être muni de sa télécommande, il contrôla le reste de l'opération. Carmelita guida Bentley en observant l'évolution du véhicule depuis la serrure.

Le mini bolide était camouflé d'une couverture grise, la déguisant ainsi en souris. Bien que la qualité du tissu laissait à désirer, les deux gardes présents dans la salle n'eurent aucune réaction à la vue de l'animal roulant. Chacun était concentré à nettoyer son fusil. La salle était petite, mais chacun des deux individus, situés chacun à l'autre bout de la pièce, était espacé de plusieurs mètres. La pièce fut peu éclairé, ce qui rendit le véhicule encore plus discret.

La situation facilita la tâche à la tortue. Elle n'eut aucun mal à viser puis endormir les deux canidés. L'action se déroula rapidement, au point où Fox n'attendit pas la signal de la tortue pour ouvrir la porte, à sa manière. Pointure taille 40 encore une fois. Elle fit un signe à son partenaire pour lui laisser l'honneur de rentrer en premier. Il accepta volontiers.

Ainsi, il put observer l'intérieur de la pièce à son tour. Classique. Du bois, une fenêtre et une table. Fait plus insolite, deux gardes dormaient au sol. Carmelita tenta d'intercepter l'avancée de Bentley :

-Du bois, tout ce qu'il y a de plus normal. Le rhum en moins. On retourne au refuge ?

Sans faire attention à sa remarque, il roula dans l'obscurité de la pièce. Bentley se munit de la lampe à huile puis éclaira faiblement le fond de la piaule. Une échelle donnant accès à l'étage inférieur fut visible. Fox cacha sa déception. Ainsi le duo continua son avancée. Et se rendit illico au sous-sol.

Lors que Bentley posa ses deux roues au plancher inférieur, un sourire lui esquissa au visage. Une immense porte en fer leur barra la route. Sa taille défiait les dimensions du navire… Au point où l'équipe se demanda ou ils se situaient.

Le plancher passa soudainement du bois au métal. La porte était circulaire, telle un accès à un immense coffre-fort. Le logo d'une belette rose en plein centre donna des frissons à Carmelita. Un ordinateur posé subtilement à l'entrée devait contrôler l'accès. Bentley s'y brancha tandis que Fox observa le lieu.

Ou étaient-ils ? Le navire dans lequel ils avaient embarqués ne pouvait pas faire cette taille soudainement gigantesque en cale ? D'où venait ce prodige ?

Carmelita le savait. Bentley allait trouver sa réponse derrière cette porte. Le logo de Pénéloppe était d'ores et déjà visible. Que devait-elle faire ? Pénaliser le groupe et empêcher Bentley d'atteindre la salle (encore fut-il possible de l'envisager) ou le laisser avancer en déclinant la demande de Sly.

Les événements continuèrent de s’enchaîner à la même vitesse. La porte finit de s'ouvrir. Bentley venait de pirater le système, laissant apparaître sur un écran clignotant :

ooooooo__ooooooo_ooo____oo_oooooooo_oo______ooooooo_oo____oo____oo____oo____oo____ooo_____ooooo_____oo____oo_ooooooo_ooooooo___ooooooo_
oo____oo_oo______oooo___oo____oo____oo______oo______oo____oo____oo____oo____oo__oo___oo__oo___oo____oo____oo_oo______oo____oo__oo______
oooooooo_oooo____oo_oo__oo____oo____oo______oooo_____oo__oo_____oo____oo____oo_oo_____oo__oo________oo____oo_oooo____oo____oo__oooo____
oo____oo_oo______oo__oo_oo____oo____oo______oo_________oo________oo__oooo__oo__ooooooooo____oo______oooooooo_oo______ooooooo___oo______
oo____oo_oo______oo___oooo____oo____oo______oo_________oo_________oooo__oooo___oo_____oo_oo___oo____oo____oo_oo______oo____oo__oo______
ooooooo__ooooooo_oo____ooo____oo____ooooooo_ooooooo____oo__________oo____oo____oo_____oo__ooooo_____oo____oo_ooooooo_oo_____oo_ooooooo_
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L'immense double-porte s'ouvrit lentement. Son poids ralentit son propre mouvement. Un puissant rayon lumineux s'échappa entre les deux portières du nouvel accès. Laissant les deux protagonistes sous l'effet de surprise. Carmelita oublia la raison première de sa propre présence. Elle aussi, voulait en savoir plus. Au diable le secret de Sly ! Bentley également, mis quelques secondes à se remémorer son objectif. Encore méconnu du reste du gang.

Lorsque l'ouverture s'acheva, les yeux du duo s'habituèrent à la forte lumière. Mais pas à ce qu'ils y trouvèrent.


— Free Bay —
— 10 octobre 1648 - 10h23 —


Un moustique vola à travers la forêt dense. Il se posa sur plusieurs plantes avant de repartir vers de nouvelles. Le culicidé des Antilles, s'anima par son bourdonnement, d'arbres en arbres, de fleurs en fleurs. Tel un papillon d'une autre couleur. Jusqu'à ce que son périple s'acheva : une langue rose l'attrapa et l'attira dans son gosier. Il servit de repas à une grenouille endrobate, posée sur un arbre planté.

Murray s'exclama : "Ici, j'en vois un ! Y'en a au moins dix dessus !"

Celui-ci ne mesurait pas plus de 50 centimètres de rayon.

En effet, Henriette constata à son tour la présence des fameuses bestioles sur un tronc. Son partenaire arracha aussitôt l'immense élément végétal. Ses deux bras, munis de manches en guise protection, englobèrent sa circonférence. Après avoir vérifié qu'aucun de ces animaux ne lui sauteraient sur le corps, l'hippo puisa toutes ses forces pour déraciner l'arbre. Sans avoir trop eu à marteler les touches croix, carrée, triangle et cercle (le pire de tous les gameplay), le tronc quitta rapidement son sol. Murray le souleva sans plus de difficultés, et se dirigea aussi simplement en direction de la plage.

Henriette fut stupéfaite de la force de son camarade. Il venait d'arracher un tronc en deux temps trois mouvements. Sans paraître étonné de sa performance. Le rongeur commença a comprendre pourquoi sa descendance eut une aussi grande aisance à la retrouver. Et à la protéger.

Murray prit les passages les moins tortueux pour se rendre sur la grande plage. Il y déposa soigneusement l'arbre, qui aussitôt, laissa apparaître un nombre non insignifiant de grenouilles venimeuses sur le sable.

Il répéta l'opération une quinzaine de fois. Plusieurs arbres contenant des endrobates étaient dissimulés à l'entrée de la forêt. La grande plage fut envahi de grenouilles. De quoi décourager une grande partie de l'armée du Corsaire Noir.

L'heure du repas sonna lorsqu'il eut terminé sa tâche. Il retira ses manches de protection et les tendit à Henriette, qui les reprit aussitôt. L'objectif accompli, s'était avérée moins dangereux que prévu. La pirate salua le courage et la bravoure de l'hippo qui avait menée efficacement à bien sa mission.

C'était la première fois qu'Henriette amorça une conversation. Murray apprécia la remarque. Le mur de glace que cultivait l'ancêtre sembla assez inédit aux yeux de l'hippo. Il espéra revivre ce genre de moment dans un avenir proche. Il souhaitait plus que tout s'entretenir avec elle sur un sujet sérieux : l'individu décrit dans son poème.


— New-Providence —
— 10 octobre 1648 - 10h43 —


La pièce fut vide d'individus. Néanmoins elle fut rempli d'une seule et grande présence.

Tout d'abord un hangar à avions. Deux coucous au design futuriste reposaient dans l'entrepôt en acier. Des néons d'un rouge vif éclairaient l'intégralité du mystérieux hangar. A l'entrée de l'immense place se trouvait ensuite un large établi. Dessus, plusieurs ordinateurs, encore allumés, quelques clés Allen et tournevis. Carmelita brisa le long silence contemplatif de son ami :

"Bentley, on devrait peut-être… retourner au refuge ? C'est endroit, semble dangereux".

Elle tenta de cacher son angoisse dans sa voix. Elle venait de remarquer un détail que Bentley ne semblait pas encore avoir observé. Néanmoins il resta, l'air impassible, en train d'analyser l'endroit. Son visage se crispa. Immobile, il n'avait plus besoin de bouger. La réponse à ses incertitudes était sans aucun doute devant lui. A l'écoute de Fox, il savait qu'elle ne craignait pas le danger du retour des gardes. Elle craignait autre chose. Une chose, qu'elle tentait désespérément et maladroitement de lui cacher.

Carmelita rappela inutilement son camarade : "Bentley ?!"

L'établi comportait une dernière chose. Un petit artefact dont la tortue semblait justement intrigué. Ce que son amie la renarde avait probablement déjà aperçu. Ce que Bentley resta admirer.

A cet instant le reste de la pièce sembla vide aux yeux du reptile. Il resta contempler ce qu'il refusait d'accepter. De même pour Carmelita, qui venait de faillir à sa mission. Chacun transpirait du visage.

Sur cet établi, se trouvait une photo de Bentley. Avec Pénélope. Le bras dessus-dessous, lors de leur voyage à Monaco.

Le reptile sur-éleva ses sourcils. Ses verres de lunettes cachaient sa malheureuse stupéfaction.

Ses doutes se confirmèrent…

Ses doigts se crispèrent. Il se tenait à ses roues. Ses lèvres s'ouvrirent légèrement. Il se pencha légèrement contre lui-même.

Carmelita se tût. Elle espéra dorénavant que Bentley ingorait sa connaissance. Elle respecta son silence. L'air stoïque. Propre à elle-même.

Combien de temps se passa-t-il entre la découverte de Bentley, et l'instant auquel il reprit la parole ? Nul ne le sut. Toujours fut-il qu'il ajouta sèchement :

-Cap sur Free Bay.
-Bentley, ne devrait-on pas…
-MAINTENANT j'ai dis !
-Ecoute-moi ! répondit aussitôt Fox, sans trop employer de ton autoritaire. Elle ne voulait pas mettre encore plus son collègue dans l'embarra.

Fox n'avait encore jamais vu Bentley dans cet état. La tortue n'agissait pas par excès d'émotion. Il avait probablement un bon plan. Bentley était un homme posé. Mais lequel ?

-Lorsque j'ai préparé ce plan, j'ai annoncé que nous confronterons le Corsaire lorsque nous posséderons assez d'informations. Je crois pouvoir affirmer que nous en possédons assez… finit-il sèchement.

Le regard de la tortue ignora celui de la renarde, pour se poser directement sur la photographie où il s'affichait avec sa bien-aimée. Quand à elle, Fox comptait sur Sly pour équilibrer la situation lors de leur retour au refuge.


Bentley n'avait pas prononcé le moindre mot de l'après-midi. Il méditait. Personne n'osa l'interrompre. Aussi égoïste cette pensée me sembla, je priais pour que son ami ne prenne pas conscience de mon mensonge.

J'avoue avoir menti à mon ami. Je lui ai caché la présence de Pénélope à cette époque. Aussi étrange cela puisse paraître, je l'ai fais pour son bien. Devais-je rappeler l'affection particulière qu'il accorde à cette personne ? Je ne voulais pas lui rajouter plus de stress à la situation. Si, de stress, il s'agissait. Il faut admettre que nous fûmes incapable de distinguer l'émotion que traversait mon ami : peur, doute, chagrin… Une chose était sûre, l'émotion n'était pas positive.

Au risque qu'il ne prenne conscience de mon mensonge, je dois à tout prix lui dire la vérité au sujet de ma mort.
J'ai déjà attendu trop longtemps. Je ne veux pas empirer la situation.

Force est d'admettre qu'elle est déjà assez compliquée…

Les mensonges sont les pires ennemis d'une amitié.

Toujours est-il que nous nous rendîmes sur Mercy Island à l'aide d'une barque. Heureusement la mer fut calme ce soir là. Murray nous prit dans le van en plein vol à mi-chemin. Bentley ne va pas tarder à provoquer en duel notre adversaire. L'issue de l'opération impactera grandement la suite de l'aventure.




— Plus tard dans la soirée —
— Mercy Island —
— 10 octobre 1648 - 21:00 —


Prenez le temps de concevoir cette aventure,
Munissez-vous de tous les moyens nécessaires,
Au risque de vous retrouver devant un mur
Ne prenez pas l’affaire à la légère.


Tel furent les pensées de Murray lorsque son ami la tortue démarra le diaporama initiant l'opération. L'extrait du Volus-Ratonnus s'appliquait à nouveau, malgré un contexte différent. Le titre de l'opération lui glaça le sang. Qu'est-ce que Bentley voulait insinuer ? Chacune des opérations qu'ils avaient réalisés s'était identifiées par un nom adéquat. Soit par des adjectifs explicites à la mission, soit par un jeu de mot de bas étage… Celui-ci ne manqua pas d'interloquer l'ami rose, qui n'avait pas été mis au parfum au sujet de Pénélope.

"Opération : Ironie Romantique"

Bentley se racla la gorge avant de prendre la parole. Il n'avait pas prononcé la moindre syllabe depuis son retour au refuge. Lui-même eut l'impression de redécouvrir la parole lorsqu'il commença ses explications :

"C'est la première fois que j'élabore un tel plan. Espérons tous qu'il porte ses fruits.

En effet. Nous ne nous rendons pas chez notre ennemi. Nous amenons l’ennemi chez nous. Free Bay a été soigneusement barricadé par Henriette et Murray. Inutile de préciser que l’île est un piège, dans lequel nous voulons faire tomber la… le Corsaire. »

Bentley arrêta sa phrase lentement. Une photo du Corsaire dans sa demeure éclaira le diaporama. Henriette prit le temps d’observer son adversaire. Elle ne l’avait jamais encore observé aussi longtemps. Elle le trouva encore plus dangereux qu'à l'accoutumée. Ses yeux rouges déchiraient sa confiance. La tortue reprit son souffle avant de continuer :

« Je vais envoyer un message révélant nos coordonnées sur l’ordinateur que j’ai piraté dans le navire de notre adversaire. La réaction sera inévitable. En moins de quelques minutes, Free Bay va se retrouver entourée de navires ennemis, prêts à nous prendre d’assaut. Le Corsaire n'est pas dupe. Il saura qu'il s'agit d'un piège. Raison de plus d'être minutieux.

Selon Henriette, une bonne partie de ces navires ne s’aventureront pas sur l’île. La présence des grenouilles endrobates sur le sable fin suffira à les maintenir à la mer quelques instants. Tandis qu’ils hésiteront à poser le pied au sol, je bombarderai l’équipage à l’aide de l’hélicommandé.

Néanmoins, une autre partie de l’équipage, avec le Corsaire Noir, devrait arriver depuis le sud de l’île. Du moins selon les stratégie d'attaque que j'ai pu consulter sur les ordis du Corsaire. Il s’agira du cœur de son armée. Ceux qui arrivent plus tôt sur le sable ne sont qu’une diversion. Logiquement, la quantité de piège installée par les soins d’Henriette et Murray devraient une fois de plus, éliminer une bonne partie de ces individus. Murray et Camrelita, vous vous occuperez des survivants. Seul le Corsaire Noir doit pénétrer au sein de l’île.

Sly et Henriette, occupez-vous de lui. Vous deux, vous n’en n’êtes pas à votre premier duel.

Il faut qu’il soit vaincu, débarrassé de son armée, et isolé de la civilisation… »

Le plan sembla convaincre l’équipe. Le combat semblait inévitable, mais à leur avantage. Bentley acheva son monologue :

« Si nous nous débarrassons du tyran sur cette île, nous nous isolons de tout contact avec le Tireur de ficelles. Il ne pourra pas nous glisser un quelconque message nous renvoyant dans une autre époque. Ainsi nous pourrons retourner à Paris enquêter sur les mystérieux individus que toi, Carmelita, as croisés dans notre logement.

Alors au boulot. Nous devons à tout prix mettre un terme à cette situation, plus que pénible. »

Ainsi la plus ambitieuse des opérations jamais conçue par le gang commença. Bentley appuya sur la touche « Entrer » de son clavier. Il venait de révéler les coordonnées de Free Bay au redoutable Corsaire Noir.

Cette fois-ci, ce fut l’ennemi qui vint au gang.


— Opération : Ironie Romantique
— Lancement —
— 10 octobre 1648 - 21:15 —


Pas plus de dix minutes ne suffirent au Corsaire Noir pour envoyer l’intégralité de son armée en direction de l’îlot. Une mer de navire se dirigeait droit sur Free Bay. Le gang pouvait les apercevoir depuis la caméra de l’hélicommandé reliée au Voleur.net.

Comme l’avait prédit la tortue, on pouvait distinguer deux groupes ennemis. L’un prenant cap vers le sud de l’île, l’autre au nord. L’ennemi voulait les assiéger. Murray et Carmelita se rendirent suivant les instructions au sud de l’île.

Sly attendait près d’Henriette. Ensemble ils regardèrent Bentley, en train d’envoyer son véhicule robotisé vers l’horde située au nord de l’île. L’hélicommandé voyageait fièrement vers ses nouvelles cibles. Jamais Bentley n’avait encore utilisé son matériel à une tâche si laborieuse. Eliminer une quinzaine de brick, soit plus d’un millier de gardes ! En effet ces navires de petit tonnage, à deux mâts gréés en carré, souvent utilisé par les pirates, étaient chacun constitué d’un équipage d’une cinquantaine d’homme. Ils étaient constitués de trois voiles, réparties sur la longueur du bateau. Ces dernières comportaient l’affreux logo représentant Pénélope.

L’engin volant avait été entièrement reconçu. Il conservait sa couleur vert tortue, sa forme d’hélico’ et sa lisière en forme de lunettes d’intello. Néanmoins tous ses canons aériens avaient été améliorés. Deux petits tubes métalliques ornèrent chaque coté de l’appareil. De plus, un petit compartiment en dessous du cockpit contenait quelques bombes à larguer en cas de nécessité. Enfin ses hélices jaunes lui donnèrent un aspect sportif et séduisant. Et la lecture du paragraphe rendit son gameplay invulnérable.

Logiquement, le bruit du vol se rapprocha des navires. Ces derniers n’avaient pas encore fait attention au véhicule volant. Jusqu’à l’instant où une première balle transperça la voile du premier bateau.

Le tissu se déchira brutalement, avant de laisser impacter la balle contre les autres voiles à l’arrière du navire. Puis une seconde balle suivit la première quelques centimètres en dessous de la précédente. Traversant également les mêmes voiles.

La seconde suivant s’annonça par un début de pluie de balle. Qui peu à peu toucha le mat de ce premier brick. L’hélicoptère mitrailla le premier navire, qui vit s’écrouler son principal poteau. Laissant l’intégralité de l’équipage immobile en pleine mer. A quelques mètres de la plage.

Il en restait quatorze à neutraliser ! Bentley cria un premier hourra. Néanmoins il déchanta rapidement lorsqu’il remarqua le canon des autres navires pointé droit sur son hélico. Aussitôt, il esquiva de justesse un premier boulet !

« L’attaque est lancée ! » hurla-t-il à Murray. Avant d’ajouter, ses mains serrant sa télécommande : « Vous en êtes-où ? »

Une dent vola dans les airs.

« Ils ont déjà débarqué. Je m’occupe des premiers ! »

Un deuxième poing se dirigea droit sur la figure d’un nouveau garde canin. Murray questionna à la suite :

« Ils ont l’air nombreux, pas vrai ? »

L’absence de la réponse de Bentley fut coupée court par une flèche transperçant trois autres gardes d’affilé. Fox venait d’inaugurer son arc. Perchée sur un arbre, elle observa les muscles de Murray en train d’opérer.

Le combat était officiellement lancé. Depuis son bureau, au sein du navire le plus éloigné de l’île le Corsaire Noir railla bruyamment. Le gang de Cooper venait de se livrer à l’ennemi. Il ne prenait même pas la peine de se jeter dans la gueule du loup. Ils se laissaient carrément dévorer, sans même bouger ! Il jubila de sa victoire certaine !

Seul son regard posé sur un de ces navires lui retira le sourire. Un deuxième brick venait de perdre son mat. Maudite tortue !

Bentley venait de neutraliser un nouveau navire ! Tout en esquivant la pluie de boulets de canon.

Murray et Fox quand à eux, commencèrent par se positionner. Ils reculèrent dans la jungle. L’objectif fut de donner suffisamment de confiance à l’ennemi pour l’attirer dans la jungle, et donc dans les pièges préalablement conçus.

Fox sauta de son arbre avant de piquer un sprint dans les bois. Deux balles lui frôla les jambes.

Murray fut déjà placé à une dizaine de mètre au fond de la faune. Il s’apprêta à admirer la scène. Des dizaines d’hommes allaient sombrer sans même qu’il n’ait besoin de bouger le moindre muscle !

Fox le rejoignit rapidement. Elle rechargea son arc. Filtrant les horizons à la recherche du moindre garde.

Le septième bâtiment était d’ores et déjà coulé. Bentley venait de faire tomber le mat du sixième navire sur une partie vitale de son voisin. Sa maîtrise de l’hélicoptère lui rendit la tâche plus aisée qu’imaginé. Néanmoins son pilote la tortue ne laissa sortir aucune émotion. Il ne fallait pas crier victoire trop tôt. Beaucoup trop tôt. Sly observa son ami déjouer toute une armée depuis son fauteuil. Malgré l’urgence de la situation, il ne put penser à autre chose qu’à la réaction de Bentley lors de l’après-midi. Devait-il lui dire la vérité ? Avait-il prit conscience du mensonge de Sly ? Comment réagirait-il ?

Ceci mit Sly dans une encore plus mauvaise posture… Il ne sut encore moins comment aborder le sujet de sa propre mort… Son professionnalisme l’interdit de penser à un tel sujet sensible en pleine mission. Hélas, la sensation était trop forte. Et récente. Cependant il se reconcentra. La mission fut à l’instant présent, plus importante que l’Homme.

Une planche s’écrasa pour laisser tomber un quatuor de garde dans un trou de quelques mètres. D’autres se prirent des branches dans le museau avant de tomber au sol. Et certains finirent même par se faire prendre dans des collets à taille adulte.

Carmelita rendit l’ascension des gardes au sud de l’île encore plus difficile. Les flèches de son arc ne furent pas sans perturber quelques ennemis. Le nombre de garde tombant dans un piège à la seconde fut assez surprenant. Henriette et Murray avaient bien travaillé ! Certains adversaires commencèrent à hésiter avant de s’engager dans la brousse. Certains même pensèrent à faire demi-tour.

« ON NE RELACHE RIEN LES GARS ! Et, heu, LES FIIes ! »

Bentley venait d’achever son treizième navire. Une bombe subtilement larguée fit couler le malheureux bâtiment. Néanmoins un boulet vint lui heurter l’aile arrière de son appareil. L’hélicomandé se trouva dorénavant en chute libre. Le couplo-rodateur sembla avoir été touché. Le nord de l’île n’était pas sauvé…

La tortue tenta le tout pour le tout. Elle plongea son appareil en direction d’un des deux navires restants. Le reptile prit un risque. Sacrifier l’hélicomandé, dans l’objectif de réduire le nombre d’ennemis. Un seul des quinze bâtiments initiaux allait survivre. La scène fut inédite à voir. Bentley qui dévouait un de ses appareils favoris. De plus, un des navires allait survivre. Il espéra que les grenouilles endrobâtes déposées sur la plage décourageraient le navire restant.

Une balle vint exploser le véhicule volant avant son impact contre le navire.

Bentley resta impuissant face à sa télécommande. Il roula vers la fenêtre du refuge et se munit de son binocom. Il y vit de la fumée qui s’échappa d’une arme. Un pistolet à silex tenu fermement par le Corsaire Noir en personne. Ce scélérat avait sauvé son propre navire. Bentley avait partiellement failli à sa mission…

De l’autre côté de l’ilot, le combat continuait. Les pièges furent des plus efficaces. Très peu d’ennemis eurent parvenu à atteindre le duo renard/hippo. Ce qui facilita la distribution des baffes aux arrivants. Moins d’ennemis signifiaient une meilleure gestion défensive.

Néanmoins la radio interrompit la bataille au sud. Bentley annonça la nouvelle au reste de l’équipe. Le Corsaire allait débarquer avec deux navires au nord de Free Bay. La tortue attendait des renforts. Fox proposa à Murray de rejoindre son ami. Elle comptait rester sur sa position. La majorité des adversaires avait d’ores et déjà été anéantie. L’hippopotame couru vers son ami reptilien, dont ce dernier ajouta par communication :

« Le plan n’est pas tout à fait perdu. Ni gagné. Le Corsaire vient de poser le pied sur la plage… et de balancer des jurons sur les endrobates ! Nous n’avons plus qu’à l’isoler de ses hommes pour le vaincre en combat singulier. Mes doutes se confirment. Il semble isolé de toute technologie pouvant potentiellement le relier au Tireur de ficelles ».

L’apparence du navire du Corsaire rompait radicalement avec ceux de ses sbires. Ce bâtiment, bien que visuellement constitué de bois, mesurait quelques mètres de plus. Une ombre gigantesque prenait place sous l’eau de ce dernier. Probablement le bunker dans lequel Carmelita et Bentley se furent rendu.

L'ennemi était très efficace. Il avait déjà posé le pied sur le sable et envoyer ses hommes zigouiller les grenouilles. L'île allait être à lui. Bentley parvint à rejoindre la plage. Tandis qu'il attendit Murray, il observa fixement son ennemi. Il fallait corriger son erreur tout en respectant le plan organisé : s'occuper des ennemis. Laisser le soin à Sly de s'occuper de ce scélérat. Une lueur rouge sortit des deux yeux de son visage robotique. La brise de vent liée à l'environnement fit flotter sa cape. Il sortit un sabre en criant d'une voix robotique :

"Ce soir, je vais venir te tuer. Laborgne !

Ce fut la première fois que le groupe l'entendit. Ceci rendit le moment encore plus solennel. Le Corsaire se munit de son pistolet à silex dans l'autre main avant de constater la présence de Murray. Situé à l'opposé de Bentley. Il ria.

"Gardes, occupez-vous de cette boule rose."

Tandis que sa meute de chien, munis de sabres et de crochets pointus, se dirigea vers l'hippo, Bentley stoppa net l'adversaire : "Salut, ma chère."

Le Corsaire admira le courage de cet handicapé frêle venu le défier. A quelques mètres de lui. Avant de tuer sauvagement celui qui avait fait couler la quasi-totalité de son armée, il compta s'amuser un peu. Le bruit de son armure grinça dans son mouvement. En se retournant vers le reptile, il répondit calmement :

-Cela faisait longtemps que tu ne m'avait pas nommé ainsi.
-Profite-en. C'était la dernière également.

Bentley sua. Il se munit de deux bombes dans chacune de ses mains qu'il lança en direction de la meute de chien. Murray sauta dans la forêt dos à lui. La détonation, décuplée par le nombre de bombinette, ravagea la totalité des ennemis.

Le soleil commença à se coucher. Un magnifique demi-cercle orange apparut à l'ouest de l'île. Une ombre envahit le corps du Corsaire au même instant ou il vit le reste de son armée disparaître dans l'explosion. Une épaisse fumée noire laissa sortir la silhouette de Murray. Debout. Et agacé. Il s'avança rapidement envers l'adversaire local. Prêt à lui faire rencontrer ses poings.

Ce dernier para l'arrivée de l'hippo à l'aide de son sabre. Qu'il alluma d'une lumière rouge flamboyante. Assortie avec ses yeux. Il s’agissait visiblement du même type d'arme employée par Jordi Zaine. Aucun doute, ces deux protagonistes furent du même camps.

Bentley observa longuement la scène. La montagne de muscles roses face à une armure métallique noire. Les mains contre une épée. Telle une métaphore des affronts antérieurs du gang. L'ombre provoquée par le crépuscule installa l'ennemi dans l'obscurité. Tandis que Murray resta stoïque sur le sable, en pleine lumière. Bentley fut à la frontière des deux territoires. Prêt à observer le combat. Il envoya subtilement un signal sonore à Sly.

Sly. Qui était justement en train d'attendre le moindre retour. La cabane sembla encore plus vide sans Bentley. La mission ne se déroula pas entièrement comme prévue. Bien qu'ils aient connus pire comme retournement de situation, il fallait avouer un certain manque de sérénité. Qu'ils le voulaient ou non, ils supervisaient. Dangereuse situation lors d'une dangereuse mission. La télécommande de l'hélicommandé fut posée sur la table. Henriette l'observa également. Sa vision de cet objet futuriste ne fut pas sans l'interloquer. Lorsqu'un bruit sourd parcouru la pièce, le rongeur reconnut aussitôt sa signification. Bentley avait installé sur les binocom un système d'alarme silencieuse. Cela signifiait que son ami la tortue avait besoin d'aide d'urgence. Malgré la présence de Murray. Le sourire du raton disparut définitivement. Il envoya Henriette prêter main forte à Fox. Aussi bien dans l'objectif d'aider sa compagne que d'éloigner son ancêtre. Ainsi le dernier des Cooper sprinta dans la jungle en direction de ses amis. Tout en ignorant encore ce qu'il se tramait réellement.

Murray donna le premier coup. Ses doigts heurtèrent la cuirasse avant de l'horrible créature robotique. Une légère douleur lui marqua l'esprit. Il ne frappait pas un ours ou un tigre. Mais un être métallique. Et pas n'importe lequel. Ou plutôt laquelle.

La situation insupporta la tortue. Il avait l'impression de sacrifier son ami. Il sortit une nouvelle bombe dans sa main gauche. Il s'apprêta à la lancer lorsqu'elle lui échappa de ses mains. Un aimant en forme de "u" s'échappa de l'armure du Corsaire pour s'élancer dans le ciel. La bombinette rejoignit le magnétite, ou il explosa rapidement. Réduisant l'aimant en cendre, et éloignant l'impact de l'ennemi. Le système de défense du robot surpris le reptile. Il… Elle avait tout prévue ? Le rire du Corsaire résonna sur la plage, traduisant sa victoire certaine. Rien ne pouvait l'arrêter.

Peut-être Bentley s'était emballé. Ils avaient prévu comment s'occuper des gardes. Mais pas de leur dirigeant. Aurait-il fallu repousser l'opération ? Probablement. Cependant il était trop tard.

Après avoir échangé un nombre non négligeable de coups, Murray hurla de douleur lorsque son poing rencontra une nouvelle fois l'armure. Violemment, l'ennemi le repoussa sur deux mètres à l'aide de son sabre. Murray s'assit sur le sable. Il contempla Bentley avec surprise. C'était bel et bien la première fois qu'une telle situation se produisit.

Bentley craqua. Il hurla. Et entama la conversation :

-STOP. CA SUF-FIT.

Sa voix raisonna sur la totalité de la plage. Des oiseaux quittèrent leur forêt pour s'élever dans le ciel. Le Corsaire, sans laisser paraître le moindre changement physique, sourit. Un son de satisfaction s'échappa de son masque métallique.

-Je connais ces armes Pénélope ! Nous les avons conçus ensemble… Alors si tu veux t'en prendre à quelqu'un avec, laisse-moi l'honneur d'être cette victime ! Bentley étala ses bras dans le vide. Fixant le regard mortel de son adversaire.

Murray resta muet. Il comprit instantanément le titre de l'opération… "Ironie romantique". Bien sûr. Bentley et Pénélope, se retrouvant en face à face, remettant en cause l'essence même de leur relation, en pleine époque pirate, encore. A la différence que cette fois-ci, la relation prit fin.

Sans laisser la moindre insinuation sur son identité, le Corsaire répondit d'un ton calme : "Voyons voir où s'arrête ton génie, Bentley."

Sans avoir encore montré, voire même avoué, son identité, "Pénélope" lança une première attaque. Son sabre s'élança à vitesse surprenante vers la gorge du reptile. Ce dernier activa ses propulseurs, lâcha une bombe et recula sur trois mètres. Le Corsaire fit de même avant l'explosion. Un mini-champignon sépara les deux adversaires en duel, tel un écran de fumée. Bentley constata avec hébétude son réflexe. Il allait se faire tuer sauvagement.

Était-ce Pénélope ? La Pénélope ? Certes, elle les avait trahis. Mais ne s'était jamais réduit à l'état d'assassin. Pendant un instant, la tortue effectua quelque chose de primordial. Il s'étonna de ne pas 'avoir déjà fait. Tandis que la fumée de sable, dû à l'impact de sa bombe se dissipa, il décida de mettre ses sentiments de côté. Pénélope ou non, cet individu était dangereux. Il fallait le traiter comme tel. Il fallait l'arrêter.

"Joli réflexe, Bentley. Mais voyons voir si tu résistes à cela."

La voie mécanique, brouillée, de l'individu glaça notre protagoniste. Murray se releva du sable pour se tenir prêt de son ami. Il se positionna devant lui. Tel un bouclier. Ils virent ensemble le nouveau coup de leur adversaire. Une petite lame. Tenue fermement par la main. prête à être lancée. Dans le ventre de Murray. Lui causant un dommage irréversible. Mortel ? La scène sembla tourner au ralenti. Bentley craint pour la vie de son ami. Dont le sort sembla déjà jeté. Il ne comprit son sacrifice.

Heureusement, l'ennemi trébucha, perdit l'équilibre et abandonna sa petite-lame avant de retomber sur ses deux pieds. Il se retourna rapidement, avant de se ramasser un coup de serpe dans le visage. Ceci lui valu l'action de reposer son derrière sur la sable. Murray et Bentley s'espacèrent pour encercler leur ennemi avec Sly.

-Personne ne touche à mes amis.
-Cooper… Tu vas regretter cette action.
-Je regrette dès l'instant ou mes amis ont eu besoin de tes compétences en radiocommandé.

La serpe de Sly se cogna violament contre le sabre lumineux du Corsaire. Bentley et Murray se protégèrent les yeux avec leurs avant-bras. La serpe de Sly brûla légèrement contre l'épée de son ennemi. Bentley tilta à l'entente de la dernière phrase de son ami. Etait-il au courant ? Il savait pour Pénélope ? Murray s'inquiéta pour son héritage familial. Que faisait-il ? Une fois encore, le raton demeura en partie mystérieux aux yeux de ses compagnons.

Le rongeur lutta pendant la confrontation. Le Corsaire voulait plier son maudit adversaire contre le sol. Il força le contact de l'épée contre cette foutue serpe en bois. Sly fronça des yeux, jusqu'à la fermer. Ses ennemis regardèrent le combat, impuissants et démunis. Etaient-ils perdus ?

La lumière de la combustion entre la serpe et le sabre, d'un rouge reluisant, contrasta net avec le bleu de l'arrivée de la nuit.

Alors qu'il était quasiment dos au sable, entre deux choix : briser sa serpe en se relevant ou bien se laisser déchirer ; Sly sourit. Il regarda son ennemi droit dans ses yeux rouges et lumineux. Il abandonna le contact de sa serpe et roula sur le coté. L'ennemi, jusqu'alors appuyé contre lui, surpris, s'écroula contre le sable. Une fois de plus, Fox eut inspiré Sly.

Lors de sa courte chute, le robot constata tardivement la présence de poudre à canon au sol. Ce maudit raton-laveur venait de le pousser, lui et son épée étincelante, contre de la poudre explosive ! Le résultat fut, pour la troisième fois, sans surprise. Son arme lui explosa au visage. Son casque s'échappa de son armure tandis que Sly eut rejoint ses deux amis. Ils contemplèrent leur adversaire au sol. Une légère fumée s'échappa de la tête du robot.

L'ennemi contempla le trio depuis sa position sur le sable. Il se releva avec peine. Son visage se dissimula enfin, aux yeux du groupe. Ce fut plus ou moins avec surprise que le visage de Pénélope apparut devant eux :

-Non ! Non ! Pas encore !

Les lunettes noircies par l'impact. Un des deux verres brisés. Les cheveux presque ébouriffés. Quelques égratignures. Et un regard qui en disait long sur sa défaite. Elle reprit :

-Tu comm…
-Ferme-la veux-tu ? Tu as perdu, et tu vas nous dire tout ce que tu sais sur celui qui nous maltraite depuis l'Egypte ! Ainsi que son lien avec Cyril. Je pensais qu'il t'avait licencié… coupa la tortue, dont sa tristesse se sentait.
-Tu penses vraiment que mon travail pour cet individu fut ma raison première d'arriver ici ? Encore ? Qu'est-ce que vous pouvez être égocentrique ! Je suis simplement venu te récupérer. Tuer tes deux acolytes inutiles pour simplement pouvoir vivre rien qu'avec toi. Bentley, tu le sais ça. Il y en a toujours eu que pour lui !
-J'aide simplement un ami en détresse. Par ta faute qui plus est.
-Arrête ton hypocrisie. Lorsqu'il n'y avait que nous, tu ne vivais que dans l'espoir de retrouver Sly. Chaque jour consistait à construire ta maudite machine à remonter le temps. Dans l'unique but de…
-Tais-toi. coupa radicalement et calmement la tortue. Comme s'il ne voulu que ses amis n'entendent pas la fin de la phrase.

Les deux protagonistes se perçurent droit dans leurs yeux. Comme s'il n'existait qu'eux. Avant que Pénélope ne reprit d'un air railleur.

-Oooh. Tu ne lui a pas dis ! Comme c'est mignon !

Elle connaissait Bentley. Comme personne d'autre d'une certaine manière. Le regard de son ancien copain lui indiqua de se taire. Mais elle ne peut s'empêcher de conserver son sourire narquois.

L'arrivée de la pleine lune coupa définitivement l'opération.


Pénélope. Une fois encore. Elle est venue à cette époque par sa soit-disant initiative. Apparemment, elle tient toujours à Bentley. Son plan fut de nous attirer dans cette époque pour… me tuer. Et. Vivre avec Bentley. Je dois avouer que ceci me dépasse. Nous avons envoyé Carmelita fouiller la cale de Pénélope, à la recherche d'indice. Au fond de moi, je suis certain que du LeParadox se cache derrière tout ça.

Le plan de Bentley, aussi interrompu fut-il été, eu fonctionné. L'armée du Corsaire Noir(e) finit déchue, et Henriette demeura saine et sauve. Pour finir nous fûmes hors de portée de notre -toujours inconnu- "Tireur de ficelles". Ceci va nous permettre de prendre le dessus.

Henriette nous remercia enfin pour le sauvetage. Comme à son habitude, elle ne prononça aucun mot. Néanmoins, elle exprima parfaitement sa reconnaissance. Elle me donna un vieux béret bleu, resté dans son navire. Je pus remplacer ce tricorne, que je portais depuis mes retrouvailles avec Carmelita. Elle offrit également une paire de gant en cuir à Murray. Il les accepta avec plaisir, comme s'il les avait déjà porté. Je sens une certaine histoire entre eux deux. La protection de l'île a probablement dû les rapprocher. Puis elle retourna sur Mercy Island, à bbord du Cooper Clipper.

Quelques minutes après, Murray commença l'interrogatoire. Il était préférable que ce soit lui qui le mena plutôt que Bentley. L'objectif était d'identifier le "Tireur de ficelles", ainsi que son organisation. Pendant ce temps, je dû m'expliquer avec Bentley. Carmelita me laissa seul avec lui. Préférant aussi aider Murray avec son expérience de flic…





— Ancienne cabane d'Henriette
— 10 octobre 1648 - 23:27 —


-Le savais-tu ?

La voix de la tortue raisonna dans le cerveau de Sly. Lui-même le savait. Il ne pouvait plus mentir à son ami. Ce secret avait duré peut-être trop longtemps. Il se situait à l'opposé de la table en bois. Seule une faible lumière, provenant d'une lampe à huile, éclairait leurs visages. Il répondit simplement.

-Oui.

Un court silence marqua sa réponse. Le reptile fixa son compère droit dans les yeux. La bouche plate. Le regard impénétrable. Et l'esprit vide. L'absence de réponse obligea Sly à poursuivre :

-Je sais ce que cette femme représente pour toi. J'ai voulu te protéger.
-Me protéger ? Il semble que tu veuilles protéger un peu trop de monde Sly. Nous sommes supposé former une équipe. Il retint sa tristesse avant de poursuivre : Il n'y a pas de place pour un mensonge. Nous devons nous faire confiance.
-Je reconnais… avoir douté de toi. Je n'ai pas voulu revivre un Bentley affaibli. J'ai… Désolé, mais j'ai eu peur pour la réussite de notre mission.
-AFFAIBLI ? J'ai fais l'impasse sur elle ! Je l'ai vaincu au Moyen-Age !
-Ce n'est pas le genre de problème dont on se débarrasse à la suite d'un duel. L'amour impossible. Ce genre de problème, ne se résout pas en combat régulier. Tu le sais…
-Tu n'as aucun moyen de vérifier tes propos !
-Si ! AU contraire !

Sly posa sur la table des cartes postales envoyées par Pénélope. Bentley fut choqué :

-Ou ? Les as-tu trouvé ?
-Tu les as gardés.
-Réponds-moi Sly Cooper !

Bentley venait de prononcer le nom de famille de son ami. Ceci démontra le sérieux de leur échange verbal.

-Lorsque tu étais absenté du refuge à Londres, pour rejoindre Walter dans la Cathédrale Saint-Paul. J'ai voulu ranger le mot du "Tireur de ficelles" dans un de tes dossiers. J'ai ensuite trouvé ces photographies. Inutile d'être mon ancêtre pour deviner duquel logo il s'agit.

Bentley reposa son dos, courbé contre lui-même. Sly rabaissa également ses épaules. Comme si la tension retombait.

-Je suis désolé. J'ai pensé bien agir.
-Me caches-tu encore autre chose ? lança la tortue, d'un air rhétorique. Pour conclure la conversation.

Sauf que… Sly figea Bentley du regard. L'air culpabilisant. Son ami connaissait ce regard. Mais la réponse lui sembla impossible…

"Diable !" laissa-t-il échapper de sa bouche. Avant que Sly ne reprit d'air grave, interdisant toute remarque non fructueuse venant de la tortue.

-Je vais mourir Bentley.
-Sans blagues. Moi aussi, je ne te l'avais pas dis ?

Comme à son habitude, Bentley manquait de subtilité lorsqu'il tentait d'ironiser à l'image de Sly. Néanmoins son message était clair. Il invita son ami à poursuivre.

-Je ne rigole pas Bentley. Mon temps est compté. Je vais mourir.
-De quoi parles-tu ?
-Lorsque j'ai battu Lazare dans l'horlogerie…
-Lazare n'était qu'un fripon !
-Dans son ultime coup, il m'a révélé le lieu et la date de ma mort.
-Quelles sont ces données ?
-Tu le sais. Je n'ai pas le droit de les révéler. Je ne veux pas risquer de créer un paradoxe temporel provoquant une fin du monde.
-Oublions ces théories bancales Sly. Je ne veux pas que mon invention ne cause ta perte ! J'ai assez perdu ainsi…
-Tel est mon fléau. Je dois affronter seul cet événement.

Après avoir reconsidéré sa phrase, Bentley la répéta encore plus calmement. Cependant ce calme, ce sang-froid cachait en réalité une rage incontrôlable. Trop de secret hantait ce gang dorénavant sous l'emprise d'un inconnu.

-Quelles. Sont. Ces. Données ?

Le sérieux de la tortue poussa Sly à répondre. Il répéta ce que l'oie lui avait annoncé :

-Le soir de la Saint Constant. Sur le quai des Gesvres. Il a aussi parlé d'un casse audacieux, nommé "La Grande Information".
-"La Grande Information" ?
-Bentley, garde cela pour toi. Je ne veux pas effrayer Murray…
-Et Carmelita.
-Oui.

Le rongeur baissa des yeux.

Un bruit fort et presque aigu rompu l'instant. Murray venait de sauter sur les planches en bois à l'entrée de la cabine. La nuit noire conservait une partie de son corps dans l'obscurité. Son visage ré-apparut à son avancée dans la pièce grâce à la discrète lampe à huile.

Fox le suivit dans la pièce. Elle fit un signe de tête à Murray. Il annonça :

"On a une mauvaise nouvelle."

Les visages des deux protagonistes s'assombrirent, en harmonie avec le faible éclairage. Fox termina la phrase de Murray :

"Les Cooper ont de sérieux ennuis."

Carmelita posa le Volus-Ratonnus sur la table. Celui-ci se consumait sous les yeux impuissants de ses héritiers.

Bentley se jeta à son tour sur l'ouvrage. Il ne constata non pas une, mais une multitude de pages vierges. D'autres étaient en cours d'effacement. Des lettres se dissipèrent dans l'air.

Murray observa tristement la scène. L'issue de son interrogatoire ne lui avait guère plût. Pénélope lui avait tout dit. Tout indiqué. Il s'avança dans la salle, portant avec lui un lourd bagage. Un vieux sac marron, difforme de par son contenu. Il le versa sur la table en bois. Le bruit des bibelots qui y sortirent sur la table provoqua une surprise générale. Une panoplie d'objets de diverses époques s'étala sur le meuble en bois. Casque aérien de la première Guerre Mondiale, épée gauloise ou encore bouclier viking. Ce sac se trouvait dans la cale du navire.

"Tels furent leurs tickets aller." murmura l’hippopotame.

"Ils ont attaqué toutes ces époques ? Non. Toutes LES époques ?" enchérit Bentley.

Sly resta de marbre. Il tint encore plus fermement sa serpe. Fox elle-même ne sut comment interpréter le regard de son compagnon. Vide et ténébreux à la fois. La phrase de la renarde résonna dans l'esprit de Sly encore de longues secondes…

"Les Cooper ont de sérieux ennuis."







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Suite à l'Episode 4 !










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Fan Fiction réalisée par cooper13
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Texte achevé le 12/08/2017 à 21 : 55

Notez, suivez et commentez ma fiction !
Contactez-moi si vous trouvez des fautes ou si vous avez des remarques à faire dans ma fan-fiction.

Sly Cooper : La Nouvelle Page (2014-aujourd'hui)

Sly Cooper est un personnage de jeux vidéo ainsi que de bande dessinée créé par le studio Sucker Punch Productions, puis reprit par Sanzaru Games. Il s'agit d'une marque déposée. Je ne sais pas pourquoi je l'écris, mais ça fait plus sérieux !

Oui, je compte copier-coller ces lignes à chaque fin de chapitre !

Tschüss ! emoji


Vous avez vraiment tout lu ? Tout depuis le début ? Vraiment ? Bon, eh bien, si vous traînez encore sur ma fic, autant satisfaire votre lecture. Voici une petite zone spoilers qui ne devrait pas vous déplaire (comme tout le reste de votre lecture, n'est-ce pas?). Dans ce passage, vous trouverez ici des "friandises", de quoi rire un peu : des références citées, des anecdotes et même des blagues cachées (avec le très richissime humour de l'auteur… emoji)

Voici donc quelques petits bonus concernant l'écriture du Chapitre 3 : L'Île de la Miséricorde. Bonne fin de lecture ! emoji

Il est recommandé de lire le chapitre EN ENTIER avant de lire la zone spoiler suivante, parce que vous pourrez vous faire… spoiler, tout simplement.



-L’idée du personnage de John Savannah, le lion au début du chapitre, date de 2010. Lors de l’écriture de ma première (mauvaise, très mauvaise) fic’, j’avais imaginé cet ennemi félin. Ne voulant pas le replacer en tant qu’adversaire principal dans ma nouvelle fic, je lui ai attribué ce petit rôle de méchant.

-J’ai toujours imaginé Sly dire: « Je ne passe jamais par une porte d’entrée ! ». Je trouve que ça correspond à merveille à son personnage.

- La phrase : « « Niveau arme, vous êtes à la pointe de la technologie ! Par contre, votre style vestimentaire…» est une référence à un comic que j’ai lu il y a quelques années. Dans cette histoire, le héros se trouve face à un énorme monstre hideux, et lui dit posément : « Oh grand-mère, que vous avez de grandes dents ! Quand à votre haleine…. ». J’ai voulu adapter cette blague à l’univers de Sly.

-Le nom du « Corsaire Noir » n’est pas retenu aléatoirement. Pénélope s’était déjà déguisée en « Baron Noir » puis « Chevalier Noir ». J’ai voulu conserver « la tradition » !

-Je pense vraiment que la mission de Sly 3 en Australie, où il faut se battre dans un bar, est une mission « cheatée » pour gagner de l’argent.

-Le tatou est inconsciemment inspiré du personnage de « Tony la tchatche » dans l’ »Age de Glace 2 ». Je ne me suis rendu compte de cela rendu à la moitié de la rédaction du chapitre.

-Le passage où Sly s’échappe du navire en feu est un copier-coller du passage où Sly s’échappe du dirigeable au début du premier chapitre. J’ai juste changé le vocabulaire. J’ai fais ceci dans l’objectif que l’auteur se remémore cet extrait, tout comme Sly se remémore la scène.

-Le nom du Black Spot est un clin d’œil à l’épisode 3 de la saison 6 de Doctor Who. L’épisode se nomme (en VF) « La malédiction du Black Spot ». Le titre du chapitre, est quand à lui un clin d’œil à l’épisode 3 de la saison 7 de Doctor Who. L’épisode se nomme (en VO) « A Town Called Mercy ».

-La phrase « Elle faisait au moins 127 pages… » se situe à la cent-vingt-septième page de ma fan fiction sous format Word.

-J'espère un jour pouvoir proposer un avatar pour illustrer ce chapitre. J'ai l'image en tête, mais je suis incapable de le faire. Si vous êtes intéressé(e), contactez-moi ! emoji

-J’ai essayé d’accentuer les aspects aventuriers et voyageurs du temps des personnages dans ce chapitre. Je suis assez content du début du chapitre (jusqu’à la retrouvaille de Carmelita) dans la mesure où j’ai tenté de me rapprocher au maximum des aventures de Sly que nous avons pu découvrir sur console. Néanmoins le moment où Fox se laisse tirer dessus pour se téléporter près d’Henriette, quand à lui, est plus du registre de la science-fiction. J’espère que vous avez apprécié ce scénario que j’ai essayé de rendre complexe mais crédible et compréhensible.

-J’espère que vous appréciez aussi ces notes de fin de chapitre tout autant que j’aime les rédiger !

-Ce chapitre laisse une part importante à Carmelita (que j’ai essayé de rendre tout aussi incroyable que dans les jeux) et Bentley (que j’ai voulu rendre irrité). Murray est plus en retrait. J’espère que ceci n’a pas dé-fidéliser l’univers.

-J’ai voulu créer un ancêtre « muet ». Henriette ne prononce presque aucune phrase de tout le chapitre. Tout comme d’autres personnages rencontrés dans la série préalablement, Bob et le Gourou, seuls les personnages étaient en capacité de les comprendre, malgré leur langage incompréhensible pour le joueur.

-Le nom de la ville « New Providence » a été choisi en référence à une des rares map Minecraft que j’ai pu jouer. Cette île existe réellement.

-L’idée de barricader un endroit pour y affronter ensuite l’ennemi provient du film « Skyfall ».

-La date du 10 octobre correspond à une date personnelle : celle du mariage de deux de mes proches.



-Une version du chapitre consistait à ne pas laisser Pénélope affronter le gang… Mais un de ses hommes de main. Voici l'ancienne version du texte :
Lors de sa courte chute, le robot constata tardivement la présence de poudre à canon au sol. Ce maudit raton-laveur venait de le pousser, lui et son épée lumineuse contre de la poudre explosive ! Le résultat fut sans surprise. Son arme lui sauta au visage. Son casque s'échappa de son armure tandis que Sly eut rejoint ses deux amis. Ils contemplèrent leur adversaire au sol. Une légère fumée s'échappa de la tête du robot.

L'ennemi contempla le trio depuis sa position sur le sable. Il se releva avec peine. Son visage se dissimula enfin, aux yeux du groupe. Ce fut avec surprise que le trio, ne constata pas la face d'une souris, mais celle d'un bandog. Ce n'était pas Pénélope ?! Il ajouta, de sa réelle voix :

-De quelles compétences en radiocommandée me parles-tu ? Bon sang !

Le groupe resta muet. Stupéfait. Seul Bentley réagit, professionnellement.

-Tais-toi toutou.

Il lança trois fléchettes soporifiques dans la coup, maintenant à découvert, du Corsaire. Celui-ci gesticula rapidement. Il les arracha de sa trachée. Couru dans tous les sens. Hurlant toutes sortes d'injures. Puis s'effondra au sol. Ce fut la première fois qu'un ennemi céda ainsi au groupe. Bentley souffla sur la maigre fumée de son arbalète.

-Murray, ramène-le à la planque. Nous allons l'interroger.

L'arrivée de la pleine lune coupa définitivement l'opération.


Trois mois après avoir rédigé ce chapitre, j'ai finalement opté pour placer Pénélope dans ce chapitre. Tout au long des trois chapitres précédents, j'ai lancé un nombre conséquent de fils rouges, qui se relieront lors des deux derniers chapitres. Ayant peur de (trop) compliquer mon histoire, je me suis résolu à conserver l'intrigue de Pénélope dans ce chapitre.

-Le titre de ce chapitre était initialement "Free Bay".

-Cela fait un an que ce chapitre est achevé d'écrire. La réalisation de l'avatar (abandonnée) justifie ce retard. Je vous rassure (si je puis dire), le quatrième chapitre est en cours d'écriture.

-C’est tout pour ce chapitre. Par pitié, notez, et commentez ! ^^’ J’insiste, dites-moi tout ce que vous aimé, et détesté. J’écris ces anecdotes pour que vous compreniez mes choix et que vous sachez quoi me dire dans vos commentaires ! ^^’

Je veux tout savoir sur votre lecture ! Je vous re-remercie chaleureusement d'avoir tout lu ! emoji Sincèrement !


Henriette fut à bord de son navire lorsqu'elle observa disparaître le van dans les cieux. Le jour se leva sur la mer calme. Elle put entendre, au même instant, le cri de Clockwerk raisonner à l'horizon.



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